Censure 2.0 : L’inondation médiatique

Du temps des années de plomb de la dictature, pour contrôler l’information, les politiques bâillonnaient les journalistes, étouffaient la liberté d’expression et condamnaient les articles qui dépassaient les lignes rouges à un « 404 not found » sans appel.

Une révolution et une nouvelle constitution plus tard, il est devenu inconcevable d’ôter le droit inaliénable des citoyens d’exprimer leurs idées en toute liberté, de façon aussi abrupte, aussi brutale. Il est devenu techniquement impossible de censurer un site ou un lien sans passer par une décision de justice.

Cependant, la censure a la peau dure et si sa forme classique est devenue techniquement inapplicable, cela ne l’a pas empêché de muer, de tisser de nouveaux rouages, de se liquéfier en de nouveaux procédés, insidieux, beaucoup plus pernicieux.

En effet, dans le brouhaha de l’immense flux d’informations que draine désormais le net tunisien, propulsé par le climat libertaire post-révolution, il est de plus en plus pénible de démêler le vrai du faux, l’info de la rumeur, le fait du hoax et les idées du bruit assourdissant.

La censure 2.0, celle qui sied le mieux au nouveau contexte local, consiste à inonder l’actualité par de la désinformation et des futilités au point qu’il devient inévitable d’occulter l’information, la vraie, l’importante, celle qui doit porter à réfléchir, à s’indigner voire à se révolter.

Que s’est-il passé la semaine dernière ? Ce que retient la foule, c’est qu’une blonde peroxydée serait prête à acheter des tomates à son chien peu importe le prix, qu’une animatrice radio a renvoyé sèchement une invité libanaise, qu’un auditeur de si Ala a de graves problèmes de couple.

Quid de la loi de finances ? De la loi de l’amnistie ? Des mouvements sociaux ça et là ? Des problèmes de fond du pays ? De la santé publique ? De l’éducation ? De l’économie ? Des élections législatives partielles ? Des prochaines échéances électorales ?

On ne sait vraiment pas. On était trop occupé à se faire spammer. Un des plus grands challenges médiatiques actuels est de chercher le buzz à tout prix, que les journalistes fassent du vrai journalisme et ne soient plus hantés uniquement par les ventes et le nombre de clics. Il est salutaire de se battre pour revaloriser l’information.

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