Contrastes dans la médina : Le mannequin et l’herboriste

Contrastes dans la médina : Le mannequin et l’herboriste

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Drôle d’impression de traverser le souk des herboristes parmi une haie de mannequins… | Crédit photo : Hatem Bourial

Parfois, les promenades dans la médina de Tunis vous mettent face à de drôles de télescopages.

Ainsi, du côté de souk el Blat, les nombreux herboristes cohabitent désormais avec des échoppes qui vendent des fringues et de la camelote en provenance de Turquie et de Chine.
Ce dialogue silencieux entre une tradition séculaire et une dynamique nouvelle est passionnant à observer.

De plus en plus, nos souks, s’ils ont gardé leurs dénominations anciennes, n’en abritent pas moins de nouvelles activités. Ainsi, là où se trouvaient des tailleurs se sont installées des gargotes et là où travaillaient les parfumeurs sont apparus des bijoutiers.

Ce sont par ailleurs les bijoutiers qui ont le vent en poupe dans les souks. Quittant leur « berka » ancestrale, ils investissent tous les lieux et installent leurs ateliers partout. De fait, ce sont les seuls capables de racheter des fonds en mal de commerce traditionnel, au point où nos souks finiront bientôt par ressembler à une vaste bijouterie avec quelques commerces tournés vers le tourisme.

Ceci dit, notre photo nous montre un herboriste qui semble pensif. Dans la pénombre de sa boutique, il semble scruter le passage du temps et s’avouer éberlué par les nouvelles dialectiques qui régissent les corporations jadis toutes puissantes.

Cet herboriste a sous les yeux le changement de paradigme que vivent actuellement souks, médina et faubourgs de Tunis. Et il est certain qu’il a vu fermer beaucoup de collègues, même si le retour aux médecines douces est de mise.

Quant au mannequin, sans visage et à la mode merchandising, il est actuellement triomphant. Drôle d’impression de traverser le souk des herboristes parmi une haie de mannequins…
Ce sont ces hiatus qui donnent du sel à une ville qui a le tournis et ne sait plus à quels métiers se vouer.

Et puis, c’est cela la vie, une dialectique permanente entre ce qui se meurt et ce qui surgit et s’impose. A l’image de ce mannequin qui ne se pose pas de questions. Et à l’image de cet herboriste que ne désavouerait pas Rodin.

Plongé dans ses pensées, il semble se demander ce que sont les siècles pour la mer et peut-être même quel onguent nécessiterait ce mannequin pour naître à la vie…

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