Polémique : Couvrez ce baiser que je ne saurais voir

Baiser sous haute surveillance ! | CP : Archives

L’incident survenu à Gammarth il y a quelques jours qui a entraîné la condamnation d’une fille et d’un jeune homme à de la prison ferme ranime les feux d’un débat vieux comme le monde dans nos contrées: un baiser public, serait-il immoral ?

Dans un pays où les messages de haine passent sans susciter d’indignation, où uriner ou cracher en public sont largement considérés comme des actes physiologiques impérieux très peu voire pas du tout condamnables, s’embrasser en public s’apparente à un trouble à l’ordre public, à un attentat à la pudeur, à un sacrilège moral, qu’on ne saurait aisément passer sous silence.

Devoir se cacher pour échanger un baiser, chuchoter pour se dire des mots d’amour, se terrer pour se bouffer des yeux dans une contrée où l’ostentation de la haine, de la violence, de l’injustice ne semblent incommoder personne.

Terrible constat. Celui de la honte, du tabou, de la peur farouche de la publicité d’aimer son prochain. Nous vivons dans une société qui assimile la noblesse de l’amour à de la pornographie, le doux spectacle d’un couple qui s’aime à un déshonneur national, un crime de lèse-majesté, la morale ou du moins son apparat, étant souveraine indétrônable, indiscutable.

Face à cet imaginaire collectif hostile à l’amour, en danger, mis à mal par un baiser, accourt tout un arsenal de lois liberticides toujours en vigueur au 21ème siècle. L’Etat, soucieux de préserver l’ordre moral, en fait sa priorité et y alloue temps, budget et personnel. Il faut faire vite !

C’est ainsi qu’un conte de fées qui débute par « il était une fois un couple qui s’aime sous un beau crépuscule d’automne » peut facilement être écourté par l’arrivée impromptue de la brigade des mœurs, devenir un thriller, un roman policier. Ils n’eurent pas d’enfants et ne vécurent pas heureux. Ici, on pourra conclure par « Il furent conduits au poste de police et firent de la prison. »

Que fait-on du romantisme ? Que fait-on des oiseaux qui gazouillent ? Que fait-on des vagues qui se brisent, des hauteurs de Gammarth et d’ailleurs, dans toute leur majesté ? Des yeux qui pétillent ? des promesses balbutiées ?

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