Quelle est l’influence de l’Internet sur le cinéma ?

Quelle est l’influence de l’Internet sur le cinéma ?

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Les membres du jury Tayarah
Les membres du jury du concours organisé par Tayarah

 

Festival du Film d'El Gouna
Festival du Film d’El Gouna

Lors de la première édition du Festival du Film d’El Gouna, un concours a été organisé par la société Tayarah. Cette société, basée en Egypte, produit des vidéos, spots et publicités pour Internet. Avec ses courtes vidéos en ligne, son équipe vise à inspirer, éduquer et divertir. En organisant cette compétition, Tayarah a voulu offrir une aide et encourager de jeunes cinéastes.

Le jury composé de la superstar Hend Sabry, présidente de Tayarah, du jeune réalisateur Amr Salama, du scénariste Tamer Habib, du directeur général de Tayarah, Mohammed EL-Bassiouni et de Yousr Taher, responsable des produits et services de Vodafone Egypt, a sélectionné cinq scénaristes finalistes parmi plus de 700 candidats qui ont postulé en dix jours.

Chacun de ces cinq finalistes a présenté son projet devant le jury et le public. Trois prix ont été décernés : la production du film pour le projet vainqueur, un chèque de 10.000 livres égyptiennes pour le deuxième et un chèque de 5.000 livres égyptiennes pour le troisième.

C’est le jeune artiste et réalisateur Adam Abdel Ghaffar qui a remporté le premier prix avec son projet de court métrage Shouka We Sekina (Fourchette et Couteau), qui sera donc produit par Tayarah.

Adam Abdel Ghaffar, gagant du concours Tayarah, avec les membres du jury
Adam Abdel Ghaffar, gagnant du concours Tayarah, avec les membres du jury

La présentation des finalistes et la remise des prix avaient été précédées par une discussion ayant pour sujet l’influence de l’Internet sur le cinéma dans le monde arabe.

Il est évident qu’aujourd’hui, Internet  comme moyen de diffusion de médias a pris de plus en plus d’importance dans nos vies. Il a changé nos habitudes et permet de regarder les films, vidéos, séries et divers shows d’une façon différente.

Prenant la parole, Hend Sabry a expliqué que la première raison qui l’a poussée à s’intéresser au monde numérique est qu’il va prendre un très grand essor dans les dix prochaines années dans le monde arabe, surtout que dans cette région 70% de la population a moins de 35 ans.

La génération qui a entre 15 et 35 ans, qu’on appelle The Arab Digital Generation (la génération numérique arabe) dispose d’un certain pouvoir d’achat et a une façon de penser et de consommer particulière : elle refuse les contraintes de lieux et d’horaires et refuse également d’être importunée par la publicité.

D’après Tamer Habib, le succès d’Internet est justement dû au fait qu’il accorde une certaine liberté et permet à tout un chacun de regarder ce qu’il souhaite comme il le souhaite et à son propre rythme. Certains regarderont un feuilleton ou série en quatre jours, d’autres au contraire l’étaleront sur plusieurs semaines. En plus, sur Internet, il n’y a pas de coupures pour les publicités.

Yousr Taher a d’ailleurs confirmé qu’il y a une réelle demande pour voir les feuilletons sur Internet, surtout pendant le mois de ramadan. Or il n’existait pas en Egypte de service pour cela, un peu comme l’équivalent de Netflix. C’est ainsi que Vodafone avait pensé à créer une plateforme, Vodafone TV, en partenariat avec les professionnels, de façon à permettre aux spectateurs de regarder à leur aise les feuilletons qui leur plaisent tout en préservant les intérêts et droits des divers professionnels.

D’après Amr Salama, Internet connaitra un très grand essor dans le monde arabe parce que les jeunes pourront s’y exprimer librement ce que ne leur permettent pas les médias traditionnels officiels qui s’éloignent de plus en plus des citoyens et de leur réalité. Internet donne la parole aux gens ordinaires, aux gens de la rue et  permet aussi une meilleure découverte de dons et talents.

Quelles sont les limites d’Internet?

D’après Hend Sabry, il n’y a pas de limites à Internet, au contraire, c’est juste un produit qui permet d’augmenter l’offre : on ouvre une porte à côté d’une autre porte. On offre de nouvelles options aux spectateurs. Certains n’aimeront que ce produit Internet, d’autres aimeront les deux et d’autres resteront fidèles au cinéma et à la TV. Hend est persuadée que le monde de l’internet est vaste, qu’on le découvre encore et que les arabes sont un peu en retard dans ce secteur. Elle pense également que les arabes devront essayer d’améliorer leur rapport à Internet et ne se limitent plus au téléchargement.

Pour Tamer Habib, Internet permet une plus grande liberté aux créateurs. Et c’est tant mieux pour toute cette jeunesse qui veut s’exprimer. Aucune limite ni censure ni autre.

Ce que confirme Amr Salama pour qui Internet fait reculer la censure. En effet, il trouve très étonnant que de plus en plus dans nos pays arabes, les gens soient devenus plus sévères que les commissions de censure. En Egypte, parfois dans la rue certains demandent comment on laisse passer certaines scènes dans les films ? Les sociétés arabes actuelles sont devenues plus conservatrices qu’il y a quelques dizaines d’années. Pour lui, Internet va à l’encontre de ces gens conservateurs, qui n’auront pas d’autre choix que de laisser faire.

Demain personne ne pourra plus exercer aucune censure sur rien, chacun sera libre de regarder ce dont il aura envie. On peut essayer de censurer et interdire, mais cela ne servira à rien. De nos jours, même des gamins de douze ans peuvent se servir des proxys.

En fait, Internet permet de regarder librement et de s’exprimer librement.

Internet offre également d’énormes possibilités et surtout une extraordinaire interactivité avec les spectateurs, ce qui leur permet de se croire partie d’un travail.  Par exemple, on peut créer des liens avec les spectateurs, on peut ouvrir des comptes dans les réseaux sociaux à des personnages fictifs de films….

Hend Sabry, Présidente de la société Tayarah
Hend Sabry, Présidente de la société Tayarah, avec le scénariste Tamer Habib et le réalisateur Amr Salama

Est-ce que les choix et les comportements des usagers vont influer sur les producteurs quant au contenu? 

D’après Amr Salama, globalement, le contenu sera toujours le même. Comme il y a eu à travers les âges une invention Théâtre, et ensuite des inventions Radio, Cinéma et TV, il y a aujourd’hui une invention Internet. Au fil du temps, le principe n’a pas changé, il s’agit toujours d’un story telling : on raconte une histoire.

Ce qui change, c’est la forme et la façon de raconter. Cette forme qui à chaque fois évolue et s’adapte.

Par exemple, avant, un épisode d’un feuilleton était obligatoirement d’une durée de 45/50 mn pour la TV, et un album comportait toujours environ 13 chansons. Aujourd’hui ces contraintes n’existent plus sur Internet.

Comment est-ce qu’un film fait pour Internet, par exemple pour You Tube ou Face book, pourrait il faire rentrer de l’argent? Comment mettre des annonces? 

Pour Yousr Taher, il ne sera plus nécessaire de mettre des spots publicitaires, ou alors on peut laisser la possibilité aux spectateurs de choisir. Mais le plus important est qu’en étudiant le comportement des clients et leurs interactions, on peut avoir de meilleures statistiques et donc un meilleur placement produit.

Ce que confirme Amr Salama qui dit avoir remarqué qu’aux USA les professionnels s’intéressent surtout au support utilisé : sur quel support les téléspectateurs regardent-il un produit ? Par exemple, celui qui regarde un film sur sa TV, ne veut que regarder sans interagir. Par contre, celui qui regarde un même film sur une tablette ou sur un téléphone mobile interagit bien plus. Il pense qu’il faut développer des produits plus interactifs, ce qui permettra d’ailleurs un placement de produit de plus en plus intelligent. En étudiant les comportements des utilisateurs, on peut faire des offres de plus en plus dirigées et ciblées. En fait des offres personnalisées. Pour lui, là réside l’avenir.

Aujourd’hui nous voulons produire et gagner de suite. Or est-ce qu’un producteur serait tenté de produire pour Internet et attendre longtemps d’en tirer bénéfice?

Pour Yousr Taher, tout comme les annonceurs qui avaient remarqué que les gens sont de plus en plus  sur leurs mobiles et tablettes, avaient été obligés de s’intéresser à ce secteur et produisent de nos jours des spots pour Internet, les producteurs de TV et cinéma, en voyant que les spectateurs partent vers Internet, seront obligés de prendre le même chemin.

Pour Hend Sabry, il n’y a pas de craintes à avoir, Internet va au contraire aider le cinéma, par exemple avant, il était pratiquement impossible de voir un court métrage ou un film indépendant en dehors des festivals ou lors de rares distributions au cinéma, aujourd’hui on arrive à les voir sur des plateformes comme Shahid. Donc finalement cela ouvre de nouveaux horizons aux producteurs, surtout pour les documentaires et les courts métrages.

Neïla Driss

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