Les jeunes et le sexe : interdire ou expliquer ?

Les jeunes et le sexe : interdire ou expliquer ?

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Scène du film Assrar al Banat
Scène du film Assrar al Banat

Cette semaine, la discussion de la loi intégrale de lutte contre les violences faites aux femmes et plus particulièrement des articles 227 et 227 bis du code pénal, a donné lieu à des débats sur la sexualité des mineurs.

Un mineur a-t-il droit à une vie sexuelle ?
A quel âge est-il prêt à avoir des relations sexuelles ?
Peut-il réellement consentir à des relations sexuelles ?
A quel âge fixer la majorité sexuelle ?
Voici quelques unes des questions qui ont été posées.

Les réponses ont été diverses et les avis très partagés. Ceux qui pensent que les mineurs ont droit à une vie sexuelle, ceux qui sont complètement contre, ceux qui l’interdisent juste aux filles, ceux qui sacralisent la virginité, ceux qui se réfèrent à la modernité et au progrès, ceux qui s’accrochent aux traditions et à la religion… Bref, il y avait tout et son contraire.

La loi a tranché. D’après le nouvel article 227 Bis du code pénal, les mineurs n’ont pas le droit d’avoir des rapports sexuels, ni avec des adultes, ni entre mineurs.

Si un mineur, fille ou garçon, a une relation sexuelle consentie avec un adulte, c’est un détournement de mineurs qui est passible de 5 ou 6 ans de prisons selon les cas, les peines pouvant être doublées pour certaines catégories d’adultes.

Si les mineurs ont, entre eux, des relations sexuelles consenties, ils sont déférés devant le juge des enfants conformément à l’article 59 du code de la protection des enfants.

Certains se sont réjouis. Pour eux, NON, les mineurs n’ont pas droit à une vie sexuelle.
Non, ce n’est pas dans nos traditions et c’est interdit par notre religion. Et puis les risques sont trop importants, ces mineurs ne pouvant pas assumer et faire face aux conséquences.

D’accord, les mineurs ne pourraient pas assumer et faire face aux conséquences. Mais est-ce en interdisant les relations sexuelles qu’on pourrait les aider ?

Est-ce en interdisant les relations sexuelles entre mineurs et en faisant comparaître ces jeunes devant un juge, qu’on serait capable de résoudre les problèmes qui pourraient se poser ?

Sûrement pas.

Il faut être réalistes. Une loi n’a jamais empêché des jeunes d’avoir des relations sexuelles. Jamais. Dans aucun pays et aucune société. Pas à ma connaissance du moins.

Peut-être que cette décision d’avoir des relations sexuelles entre mineurs, plutôt que d’être du ressort de la loi, devrait être du ressort des mineurs et de leurs parents ?!

Je le répète, il faut être réalistes: de plus en plus d’adolescents ont des relations sexuelles entre eux. Certains au vu et au su de leurs familles et d’autres en cachette. Certains en étant conscients de leurs actes, d’autres pas.

Et puis, est-ce qu’un mineur qui a décidé d’avoir une relation sexuelle va y renoncer juste parce que la loi l’interdit?

Sûrement pas !

Il ne respectera tout simplement pas cette interdiction légale, surtout si elle lui semble liberticide et injuste.

Alors au lieu d’interdire, pourquoi ne pas essayer d’inciter ces jeunes à faire les bons choix ? Pourquoi ne pas leur montrer la voie tout en leur apprenant à être responsables ? Pourquoi ne pas leur faire prendre conscience des conséquences et des risques liés à leurs décisions ? Pourquoi ne pas les armer pour qu’ils puissent assumer?

N’est-ce pas le rôle des parents et de l’école d’éduquer les enfants et leur apprendre la vie ?

Il est évident qu’une bonne éducation protège bien mieux qu’une loi!

Il faut qu’à la maison et à l’école, le sexe ne soit pas un sujet tabou. Il faut en parler, encore et encore, pour qu’il soit perçu comme un acte normal et naturel. Surtout pour faire un travail de prévention et éviter les problèmes qui pourraient découler de l’ignorance.

Expliquer aux jeunes les sentiments, l’amour, le sexe, les différences et les similitudes entre les filles et les garçons, la virginité, la reproduction, les risques d’une grossesse non désirée, les moyens de contraception, les IVG, les maladies sexuellement transmissibles, les dangers, les moyens de protection et même les règles de notre société, les tabous… tout en essayant autant que possible d’éviter les préjugés.

Affiche du film Assrar al Banat
Affiche du film Assrar al Banat

En lisant tous ces statuts et commentaires sur Internet, je me suis rappelé un film égyptien qui illustre parfaitement bien ces propos. Bien que, comble de l’ironie, ce film qui parle des jeunes adolescents et de leurs problèmes est interdit aux moins de 18 ans !

Il s’agit du film Asrar al Banat (Secrets de filles) écrit par Azza Shalaby et réalisé par Magdy Ahmed Aly en 2001.

Asrar al Banat raconte l’histoire d’une jeune lycéenne, Yasmine, qui va se retrouver enceinte sans même avoir compris ce qu’il lui arrivait, ne sachant pas que ce qu’elle avait fait avec son ami est une relation sexuelle. 

Yasmine est la fille unique d’un gentil couple qui a fait tout son possible pour l’entourer d’amour et bien l’éduquer. Elle est bonne élève et sérieuse. Seulement ce couple est conservateur et est très pudique. A la maison, on ne parle pas sexe, on ne se touche pas, on ne s’embrasse pas…

Yasmine vit dans ce doux cocon familial, avec maman et papa qui font tout ce qu’ils peuvent pour la protéger de l’extérieur. Ils ont même décidé de ne pas installer la parabole pour la préserver, elle si jeune et si innocente. Et lorsqu’elle pose des questions sur la vie, sur la religion, sur Dieu, sur la manière dont ont fait les enfants, ses parents lui répondent qu’elle saura plus tard, lorsqu’elle sera adulte.

Yasmine a donc grandit dans ce milieu très aimant, mais si prude.

Tellement prude, que lorsqu’elle a eu ses règles, elle a eu peur. Elle ne savait presque pas ce qu’étaient les menstruations.

«Lorsque j’ai eu mes règles pour la première fois, j’ai eu honte, comme si j’avais fait une bêtise et qu’il fallait que je me cache, comme si j’étais la seule fille au monde à laquelle cela arrivait.
J’avais entendu dire que les mères parlaient à leurs filles et leur expliquaient, mais maman m’en a dit le strict minimum, et comme je n’avais pas l’habitude de discuter avec elle, j’avais peur. Je voulais que cela s’arrête rapidement pour pouvoir m’enfermer dans ma chambre ou dans la salle de bain. J’étais morte de honte».

Yasmine fréquente un lycée pour jeunes filles. Loin des garcons et des tentations.

Mais….  il y a Shady le petit voisin.
Les deux adolescents se rencontrent dans la rue, vont à pieds ensemble à leurs lycées.

Et un jour, alors que les parents étaient absents, Shady rend visite à sa petite voisine. Les adolescents discutent, sont ensembles, ils sont bien…. Et sans le faire exprès, sans rien décider, sans réfléchir, sans réaliser….

Lorsque Yasmine prend conscience qu’elle est enceinte, elle est étonnée, elle ne comprend pas, comment était-elle enceinte, elle n’avait rien fait ?!

Personne ne lui avait jamais expliqué. Ni à la maison, ni à l’école. Il est vrai que le professeur avait essayé de leur faire un cours sur la reproduction humaine et animale, mais il bafouillait et était tellement embarrassé qu’il n’avait pas achevé la leçon…

Lorsque Yasmine s’était enfin confiée à Shady, il avait été aussi perdu qu’elle. Lui non plus ne savait pas quoi faire !

«Au bout de 3 mois, nous avions compris et avions essayé de nous en débarrasser mais nous n’avions pas su. C’était un cauchemar duquel nous n’avions pas pu nous réveiller. Je voulais fermer les yeux et les ouvrir et me rendre compte que tout cela n’était pas réel».

Ils avaient consulté un gynécologue qui leur avait conseillé une IVG, mais le prix était tellement élevé pour eux qu’ils avaient du laisser tomber.

Pendant plusieurs mois, Yasmine avait caché sa grossesse, s’était bandé le ventre, avait porté des vêtements amples…. Et une nuit, elle avait accouché, seule, dans une salle de bain. Et avait eu une hémorragie…

Les parents étaient atterrés. Ils étaient eux-mêmes dépassés par les événements.

Je ne vous raconterais pas la fin du film, je préfère que vous le regardiez, il est sur Internet et je vais le partager en bas de cet article.

La tante de Yasmine dans le film a mis le doigt sur le problème : «peut-être que nous n’avons pas su te protéger ?» avait-elle dit à sa nièce. Et elle avait totalement raison.

Ni les parents, ni l’école, ni la société n’avaient su protéger Yasmine. Ni Shady non plus d’ailleurs.

Lorsqu’on sépare les filles et les garçons, lorsqu’on considère que le sexe est un sujet tabou, lorsqu’on refuse de répondre aux questions des jeunes, lorsqu’on ne les met pas en confiance, lorsqu’on ne leur explique rien, lorsqu’on ne leur montre pas, lorsqu’en censure leurs lectures, leurs films, leurs loisirs… on ne protège pas les enfants. Bien au contraire, on les livre à eux-mêmes. Et c’est là qu’ils risquent de trébucher et tomber. Et les conséquences peuvent être tragiques.

Ce n’est pas la loi et l’interdiction des relations sexuelles qui vont préserver les enfants. Au contraire c’est grâce à l’éducation sexuelle qu’on pourra prévenir les grossesses non désirées, les enfants abandonnés, les infanticides, les maladies, les mariages forcés des jeunes….

Asrar al Banat est un très beau film à voir et revoir. Il pourrait parfaitement bien servir comme support pour des discussions et débats avec les jeunes. Pourquoi ne pas le programmer dans les lycées et divers clubs?

Neïla Driss

 

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