A Sousse, ce mihrab vers lequel je reviens toujours…

A Sousse, ce mihrab vers lequel je reviens toujours…

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Crédit photo : Hatem Bourial

C’est toujours un bonheur et un moment de grâce. Il suffit de me retrouver devant le mihrab du Ribat de Sousse pour céder à cette émotion où la ferveur le dispute paisiblement à la jubilation.
C’est que ce mihrab est à nul autre pareil. Il est resté dans son état originel depuis plusieurs siècles et constitue un témoignage d’autant plus précieux qu’il est unique.

Soulignons que le mihrab est la niche qui, dans toute mosquée, oriente la prière. Construit avec des matériaux de remploi, celui du ribat de Sousse est le plus ancien de la ville.

En outre, le ribat de Sousse, datant de 821, est le plus ancien monument musulman de la ville. A l’étage de cet édifice se trouve un oratoire de taille modeste, avec deux travées parallèles au mur de la « qibla » où se trouve ce mihrab.

Le dépouillement du mihrab, sa couleur ocre qui fait rejaillir le souvenir antique, son isolement dans ce fort qui surplombe la mer font de ce lieu sacré l’un des plus emblématiques qui soient.
L’ayant visité des centaines de fois, il continue à exercer sur moi un mystérieux magnétisme, celui des monuments premiers et aussi celui de toute simplicité.

Ici point d’ornement ni de marbre. Rien que cette niche iconoclaste qui suggère la divinité par la grâce du vide qui devient aussi le plein. Rien que la nudité patinée de la pierre et une austérité certaine.

Je reviens toujours vers ce mihrab des premiers temps de l’islam tunisien, cet oratoire dans un fortin qui a garé sa configuration initiale après plus de douze siècles.

Immuable, mystique et impassible, il me renvoie au tout premier mihrab, sans doute celui de la mosquée de Médine qui lui est antérieur d’un siècle.

A Sousse, au cœur du Ribat, c’est en tous cas le seul mihrab qui n’a probablement connu aucune modification depuis sa construction. Cela en fait l’un des lieux les plus vénérables de Tunisie, du Maghreb, d’Afrique de l’ouest et d’Andalousie.

C’est probablement pour toutes ces raisons qu’il continue à m’aimanter et que je continue à m’y recueillir comme le ferait un sage soufi qui ne cède jamais à l’ostentatoire et répond aux appels de son coeur dès qu’il se trouve confronté à ce jeu subtil de la pierre et de la foi…

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