La Tunisie, un des acteurs clés de la lutte américaine contre Daech en Libye

Crédit photo : Reuters

Le 1er août 2016, les Etats-Unis ont dirigé, pour la première fois, des frappes aériennes sur la ville de Syrte, fief du groupe terroriste Daech en Libye. Une information confirmée par le chef du gouvernement Fayez al-Sarraj, qui avait annoncé la mort de plusieurs terroristes.

Les frappes américaines ne se sont pas arrêtées là. Le 18 janvier 2017, un responsable américain de la Défense sous couvert d’anonymat déclarait que les forces américaines ont bombardé deux camps du groupe terroriste Etat islamique en Libye, près de Syrte, causant la mort de “plusieurs dizaines” de combattants.

Mais à part les raids aériens, les Etats-Unis font appel à d’autres voies et stratégies plus indirectes, dans le but de mettre fin à l’expansion du groupe terroriste en Libye, notamment depuis 2015, année de prise de contrôle de Syrte par Daech.

Par exemple, et à travers l’Otan, Washington a soutenu le gouvernement de Tripoli, reconnu par l’ONU, via une aide « purement technique », contrairement à 2011, lorsqu’il y a eu une intervention directe, sur le terrain, en Libye. Cette intervention avait permis de limiter les « dégâts » terroristes et d’orienter les efforts vers une lutte anti-Daech plus concentrée.

Et la Tunisie dans tout ça ?

Vu son emplacement stratégique, mais aussi l’historique entre les deux pays remontant à des décennies, la Tunisie a toujours représenté (et représente d’ailleurs toujours), depuis le déclenchement de la révolution en 2011, une fenêtre et un acteur essentiel dans le retour à la stabilité en Libye post-Kadhafi.

En dépit d’être le pays le plus affecté par cette instabilité, la Tunisie a toujours soutenu une solution pacifique, rejetant toute intervention militaire étrangère sur le territoire libyen. Lutter contre les groupes armés terroristes peut se faire à travers une entente et un rapprochement entre les différentes parties libyennes impliquées, selon la logique tunisienne, et c’est dans ce sens que vient l’initiative présidentielle lancée par Beji Caïd Essebsi.

Le président de la République a donc cherché à réunir les trois pays nord-africains affectés par la situation en Libye, à savoir la Tunisie, l’Algérie et l’Egypte et à signer une annonce, dite annonce de Tunis, qui porte sur quatre points :

  • Inciter les Libyens au dialogue
  • Refuser toute intervention militaire qui risque de dégrader la situation en Libye
  • Réunir les Libyens autour de l’accord de Skhirat
  • Continuer à soutenir le rôle de l’ONU

Mais est-ce que le rôle de la Tunisie s’arrête ici ? Nos responsables disent oui, mais les Américains semblent avoir un autre point de vue.

Qui croire ?

En octobre dernier, le  Washington Post a annoncé que les Etats-Unis utilisent une base de drones en Tunisie pour espionner la Libye. Le journal américain explique que des drones « Reaper Air Force » ont commencé leur activité dans la base militaire en Tunisie à la fin de Juin 2016 et ont joué un rôle clé dans une offensive aérienne américaine contre l’organisation terroriste Daech en Libye. La source ajoute que cette base vient dans la cadre d’une stratégie sécuritaire dans la régions de l’Afrique du Nord.

Les réactions ont été rapides. L’Algérie a demandé des éclaircissements sur ce sujet, lors des travaux de la 13ème Conférence des ministres des Affaires étrangères du Dialogue en Méditerranée Occidentale (Dialogue 5+5), et les responsables tunisiens ont vite riposté.

Le ministre de la Défense nationale Farhat Horchani avait démenti l’installation d’une base militaire américaine sur le sol tunisien.

« La Tunisie n’a pas et ne peut servir de base aux Etats Unis pour frapper des cibles en Libye. De surcroit, Washington ne s’est jamais servi du sol tunisien pour frapper des cibles militaires en Libye “, avait-t-il assuré à l’issue de son audition par la Commission parlementaire des droits et libertés sur le budget du département.

De même, le général Rachid Ammar, ancien commandant en chef des armées, avait indiqué, lors de la commémoration du début de la lutte algérienne armée contre la colonisation française à l’ambassade d’Algérie à Tunis, qu’une telle démarche est impossible. Selon lui, la Tunisie n’autorisera jamais l’instauration d’une base militaire étrangère sur son sol.

Le démenti est également venu de la part du président de la République qui avait nié l’existence d’une base militaire américaine dans le pays. Cependant, Caïd Essebsi avait confirmé, qu’à la demande de la Tunisie, des drones de surveillance américains avaient survolé la frontière tuniso-libyenne dans le cadre de la lutte contre Daech.

Les Etats-Unis continuent d’opérer

Mais malgré toutes ces déclarations niant catégoriquement la présence d’une base militaire américaine en Tunisie, les médias américains continuent quand même de confirmer cette information.

Le général Thomas Waldhauser, commandant des forces américaines en Afrique, a déclaré lors d’un point presse au Pentagone, que les Etats-Unis continuent d’opérer, de façon limitée, en Libye, à travers le maintien d’un petit nombre de soldats des forces spéciales en Libye, qui « opèrent également des vols de drones de reconnaissance sur la Libye depuis une base aérienne tunisienne », rapporte l’AFP.

Directe ou indirecte, technique ou militaire, l’intervention américaine en Libye, dans le cadre de la lutte contre le groupe terroriste Etat Islamique, ne peut réussir qu’avec le soutien des pays voisins qui font face au même risque terroriste. La Tunisie, entre autres, représente un point focal et indispensable dans la réussite de cette mission, vu son étroite liaison historique et géopolitique avec la Libye.

I.B.

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