Quand Lassaad Yaacoubi punit les élèves du lycée de Radès

Quand Lassaad Yaacoubi punit les élèves du lycée de Radès

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Lassad Yaacoubi Webdo - HB
Crédit photo : Hatem Bourial

C’est une professeure de lettres éplorée, choquée par une incompréhensible violence verbale et des menaces d’agression qui m’a contacté hier.

Faten Ben Aissa est une de ces enseignantes qui prennent leur travail à cœur et tentent de toujours mieux faire au bénéfice de leurs élèves.

Pour cela, elle mène à bien son cours tout en expérimentant des méthodes alternatives pour dynamiser ses élèves et consolider leurs apprentissages.

C’est ainsi qu’elle a confié à l’une de ses classes le soin de réaliser des exposés sur la France afin de mieux connaitre ce pays et pouvoir partager sa langue et sa culture.

Les élèves se sont plongés dans ce voyage virtuel et ont réuni une masse impressionnante d’informations s’inscrivant ainsi dans la stratégie de recherche préconisée par leur professeure.
Cerise sur le gâteau, ces exposés, ils devaient les prononcer en présence de l’ambassadeur de France en Tunisie, invité par leur prof au nom de toute la classe.

Un bel événement en somme pour lequel Faten Ben Aissa a tout fait dans les règles de l’art, suivant les procédures administratives et espérant pour ses élèves un grand moment. Ce n’est pas tous les jours qu’un ambassadeur visite une classe !

Il y avait donc un parfum de fête ce mardi 7 février au lycée Farhat Hached de Radès dont les élèves se réjouissaient de rencontrer le très médiatique Olivier Poivre d’Arvor, un homme de culture et de proximité.

Seulement, le syndicat de l’enseignement secondaire et son secrétaire général Lassaad Yaacoubi ne l’entendaient pas de cette oreille. Et d’une, un communiqué à l’accent martial est publié qualifiant la visite du diplomate « d’atteinte à la souveraineté nationale ». Et de deux, des menaces d’atteinte à l’intégrité physique des organisateurs de cette classe-découverte sont proférées, selon le témoignage de la professeure.

Très vite, les médias s’emparent de l’affaire et lui donnent des proportions exagérées sans d’ailleurs se soucier des élèves, de leurs attentes frustrées et de leur travail compromis.
Voici un syndicaliste qui, sur des motifs fallacieux et exorbitants, menace, tempête, fulmine et lance des anathèmes aussi populistes que trompeurs.

Noyé dans sa démagogie et sa propension à l’excès, Yaacoubi donne une piètre image de l’UGTT et du syndicalisme qui dans le cas qui nous intéresse ici est envisagé dans un mode primaire et franchement abject.

Par raccourci, je le sais, on peut affirmer que la grande UGTT punit une nouvelle fois des élèves méritants et une enseignante dont le seul tort est de bien faire, une enseignante que le déchaînement de la honte et du ressentiment qualifierait presque d’espionne à la solde d’une fantasmatique nostalgie.

Mais où vivons-nous donc ? Et où vivrons-nous désormais si des apprentis sorciers font usage de termes guerriers et mensongers tout en s’emparant de thèmes identitaires pour maquiller leurs forfaits ?

Honte à vous monsieur Yaacoubi ! Je vous le dis haut et fort car, vous le savez, ayant toujours été personnellement aux côtés des enseignants mis à l’index par des propagandes toxiques, je ne peux être soupçonné de compter parmi les anti-syndicalistes.

Pourquoi punir ces élèves et comment osez-vous tenir – par communiqué ! – ces propos surréalistes qui sont indignes d’un responsable syndical et siéraient mieux à un fanatique manipulateur ?

Serait-ce pour caresser dans le sens du poil les plus intégristes parmi vos adhérents ? Serait-ce parce que votre haine de la France ne pouvait être canalisée au nom d’une « sainte » colère ? Serait-ce parce que, à votre tour, quand vous entendez le mot « culture », vous sortez l’artillerie lourde de vos préjugés.

Décidément, surfer sur l’ignorance, l’intolérance et la brutalité sont devenues les mamelles de notre vie politique et syndicale. Et il est dramatique pour nous tous qu’un homme de gauche comme vous se vautre dans cette fange et invoque la souveraineté nationale pour punir une prof et ses élèves.

Vous pourrez toujours rétorquer que je suis un ami de la France et que je défends « nos ancêtres les Gaulois ». Je le sais, c’est ce que vous ferez !

Toutefois, je vous rétorquerai qu’il est vrai que j’écris ces lignes au nom d’une amitié digne et durable et parce que je trouve pitoyable de toujours se défausser sur une France fantasmée qui nous voudrait du mal.

J’écris aussi ces lignes au nom de ces élèves tout en espérant que vos agissements irraisonnés contribueront à leur apprendre ce que sont la compréhension et la tolérance véritables. Car, in fine, ce sont eux vos victimes, les victimes désignées de jeux et manigances d’adultes, les boucs émissaires de toutes nos dérives.

Et en fin de compte, n’est-ce pas la Tunisie que vous ridiculisez avec votre peu glorieux communiqué que j’hésite à traduire mot à mot tant il me fait honte. Et dire que vous représentez aussi le bon grain de cette famille enseignante qui ne saurait se reconnaître dans vos mots anachroniques.

Et dire que toutes ces gesticulations sont probablement – dans votre esprit amoindri – une manière de crucifier votre ministre, lui-même un fieffé roublard qui a ouvert la porte à toutes les démagogies.

Pauvres enfants, ils sont tombés entre des mains qui ne servent pas toujours leur éducation ni les grands principes de notre république.

Pauvres enfants, pauvres parents, pauvre éducation nationale, tous pris en otage dans un combat de coqs, des légitimités de poulailler et un débat de basse-cour…

HB

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