Le 27 janvier 2014, la Tunisie a promulgué la Constitution la plus progressiste du monde arabe !

constitution (photo - actiontunisienne)Il y a déjà trois ans, Mustapha Ben Jaâfar, alors Président de l’Assemblée Nationale Constituante, a paraphé au Palais de Bardo la Constitution la plus progressiste du monde arabe. Une nouvelle Constitution est née et avec elle une nouvelle nation.

Ce n’est pas tous les jours que l’on écrit une Constitution. L’histoire nous apprend que les Américains n’ont connu qu’une seule Constitution et ses amendements se comptent sur les doigts d’une main. Les Français, eux, en avaient produit jusque-là cinq. Un nombre assez élevé, mais qui reflète l’histoire très mouvementée de ce peuple voisin.

La Constitution tunisienne du 27 janvier 2014 n’est pas la deuxième, contrairement à ce que certains pourraient penser, mais plutôt la troisième de notre histoire politique moderne.

Une petite histoire des Constitutions en Tunisie

C’est le 26 avril 1861 que la Tunisie a vu naître sa toute première Constitution. Le premier document du genre dans un monde Arabe qui n’avait alors connu que des tyrans au-dessus de toute loi.

Au souvenir de cette Constitution s’attachera toujours le nom de celui qui l’a octroyée, Mohammed Sadok Bey : Un souverain pour qui la culture européenne suscitait un engouement considérable.

Le destin a voulu que cette Constitution soit suspendue en 1864 suite à la fameuse insurrection d’Ali Ben Ghedhahem. Une insurrection qui a été finalement réprimée par le Palais.

Cette première Constitution n’aura réellement vécu que trois ans. Quelques décennies plus tard, elle donnera son nom au parti d’Abdelaziz Thâalbi baptisé « Destour » ; le mot en Arabe pour dire Constitution.

Le 1er juin 1959 verra naître une deuxième Constitution qui durera plus longtemps que la première. Symbole de la Tunisie indépendante, elle proclamera la fin du règne des Beys qui avait, pourtant, survécu au régime colonial français. Elle sera pour les Tunisiens l’acte de naissance de la première République.

Cette Constitution de 1959 alors paraphée par le « Combattant suprême » Habib Bourguiba, n’a rendu l’âme qu’en 2011 suite à un soulèvement populaire contre la dictature de Ben Ali en place depuis 1987.

La difficile naissance de la Constitution du 27 janvier 2014

Le 23 octobre 2011, une Assemblée Nationale Constituante était élue pour rédiger une Constitution. Toutefois, les électeurs ne savaient pas combien de temps fallait-il pour en finir. Les élus non plus paraît-il.

C’est pour cela, d’ailleurs, qu’on leur avait demandé d’en finir le plus vite possible. Un an suffira disaient-ils. Et finalement ils l’ont rédigée en un peu plus de deux ans.

Pour résumer, s’il était facile de s’accorder sur la date de démarrage de l’écriture de la Constitution, ce n’était pas le cas pour son achèvement. Car en écriture comme en amour, on commence quand on veut et on finit quand on peut.

La Constitution la plus progressiste du monde Arabe

Quoi qu’il en soit, c’est d’une Constitution imprégnée d’idées remarquablement progressistes dont a finalement accouché notre Assemblée Nationale Constituante.

Son « péché originel » sera alors expié, d’autant plus qu’elle a définitivement tourné le dos à la Charia et proclamé l’Etat civil. Une telle victoire a certainement de quoi donner un doux sentiment d’admiration à toute âme assoiffée de liberté.

Mieux encore, l’article 6 de la Constitution garantit désormais la liberté de conscience et de croyance. Reconnaissons-le, rien de pareil n’existe encore dans les autres Constitutions qui, en plus de la langue de bois commune à toute les Constitutions, parlent aussi la langue arabe.

Pour ne rajouter qu’un exemple, l’article 45 reconnaît définitivement l’égalité entre homme et femme. Inutile de rappeler que c’est la première fois qu’une Constitution arabe reconnait clairement l’égalité des sexes.

Un optimisme tempéré de sagesse

C’est vrai que ce n’est pas tout d’écrire une Constitution. C’est vrai aussi que, comme tout texte humain, la Constitution que nous avons sous la main comporte des lacunes, et non des moindres. Ses ambiguïtés sont innombrables. Elles sont le résultat de compromis tissés pour épargner la Tunisie d’une guerre civile à l’égyptienne ou à la libyenne. Mais comme dans tout compromis, la côte est parfois mal taillée.

Toutefois, il y aurait de l’injustice à condamner la Constitution du 27 janvier avant qu’elle ne prenne corps. Il nous reste encore un long chemin à parcourir pour lui assurer la bonne application qu’elle mérite. Mais, à ce stade, elle n’est encore que des mots. Et comme le dit Pierre Dumarchais dans Le mémoire du petit jour : « Le pittoresque de l’avenir est composé de mots anticipés ».

AA

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