Kifolies, René et Gabin : A Belleville, les meilleurs restos juifs tunisiens

Dans de précédentes chroniques, je vous parlais de Nani et des bouchers casher, témoins du vécu des juifs tunisiens dans le quartier parisien de Belleville.

Aujourd’hui, c’est de restaurants que je voudrais vous entretenir. Ils ont encore quelques uns à entretenir la flamme en plein cœur de Belleville et je voudrais vous y emmener pour un petit plat bien de chez nous…

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Crédit photo : Hatem Bourial
« La Goulette » a baissé le rideau…

Comme on irait en pèlerinage, je reviens toujours à Belleville. Et dans ce quartier de Paris, je retrouve des lieux vivants et d’autres disparus mais qui, parfois, renaissent de leurs cendres.

« La Goulette » n’est plus là. Lors de mon dernier passage, ce restaurant cacher aux spécialités tunisiennes très appréciées était déjà fermé, en instance de changement imminent. Depuis, il a été remplacé par un café-bar à l’allure moderne.

Ils sont nombreux à avoir baissé le rideau ou changé de vocation dans cet îlot juif tunisien dont Benisti fut le premier à avoir ouvert un restaurant de référence.

De nos jours, ils ne sont plus que deux à maintenir cette tradition et le font de belle manière.

Aux Délices de Kifolie

Aux délices de Kifolie est le premier de ces restaurants. Au 112, boulevard de Belleville, il propose aussi ses services de traiteur et se définit comme le « rendez-vous des amis ».

On y vient de loin pour un simple snack ou pour un repas. Les bricks y sont à croquer et les fricassés toujours croustillants.

On trouve de tout chez Kifolie qui conjugue de manière bien tunisienne le désir d’un kif de folie. Ce kif peut prendre la forme d’un banatage ou bien celle d’une kefta de poisson. Et la minina est toujours « prima »!

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Crédit photo : Hatem Bourial
Chez René et Gabin, c’est magique!

A quelques pas, au 92 du boulevard de Belleville, c’est Chez René et Gabin que vous entrez.
Il s’agit d’une autre enseigne historique de la gastronomie populaire des juifs tunisiens. Ici aussi, on est traiteur et des chabbaths à emporter sont proposés y compris avec des livraisons à domicile.

La maison existe depuis 1988 et, comme sa voisine, ne désemplit pas. On y déguste le complet poisson dans toute sa splendeur, accompagné du traditionnel oeuf au plat et de la trilogie courgette-piment-poivron.

On y trouve aussi des merguez faits maison, des boulettes « mekbouba » et des délices fort nombreux à l’image de la mloukhiya mixte, avec viande et merguez, ou de l’incontournable bkaila aux épinards.

Royal, le casse-dalle!

Dans ces restaurants de tradition judéo-tunisienne, le casse-croûte est un pilier de la carte. Il se négocie à sept euros et ressemble à la plus belle des madeleines de Proust.

Avec un beau pain arrondi, de la méchouia, du citron cuit, des olives vertes et noires et le piquant de l’harissa, ce sandwich n’a son pareil nulle part ailleurs et certainement pas à… Tunis.

Sinon, le plat tunisien est bien présent tout comme le lablabi royal avec thon et câpres qui se vend ici à huit euros.

Akoud, Chakchouka et Sabayon

Les autres piliers des cartes des restaurants juifs tunisiens de Belleville sont des classiques revisités. Bien entendu, le akoud est là tout comme la chakchouka et la gnaouia.

Aussi bien la ratatouille de légumes au merguez que nous nommons chakchouka que les gombos en ragoût dits gnaouia sont affichés à quinze euros.

C’est le prix moyen pour un couscous, une hlalem merguez ou les nombreux ragoûts aux pommes de terre, aux haricots et aux oignons.

Incontournables, le sabayon (une glace aux oeufs et pistache) et la harissa d’amandes trônent au-dessus des desserts.

Comme le veut le slogan, c’est magique! Et les clients fleurent bon le pays, la nostalgie et les haras de toute la Tunisie.

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Crédit photo : Hatem Bourial
Bébert, Fabien, David et Aline…

Mes pas me mènent ensuite rue Ramponeau. D’abord, un regard sur La Cantine qui fut lle restaurant qui portait l’enseigne « Chez Bébert ». Il fut un temps, à l’époque de Jeannot Benisti, où les lieux drainaient tous les juifs tunisiens de Paris et d’ailleurs.

De nos jours, les deux salles accueillent une clientèle jeune à prix doux, avec une carte plutôt sympa.

Un peu plus loin, je me trouve au seuil du restaurant « Chez Fabien et David ». Fermé depuis un quart de siècle, ce restaurant est le lieu où je retrouve Aline.

Elle et Algérienne d’Oran et son mari était Tunisien. Ils ont tenu le restaurant pour un temps et aujourd’hui, elle en a fait son salon qui ressemble à une improbable boutique d’antiquaire installée dans une vaste salle à manger.

Délices et Soleil de Tunis

Un peu plus loin, rue Denoyez puis rue Lémon, je retrouve les traces encore vives de plusieurs restaurants qui ont eu leur heure de gloire avant de changer de gestionnaire ou bien sombrer dans un anonymat que contredisent les enseignes toujours présentes.

Je passe devant le Café des Délices et aussi face à la devanture taguée du Soleil de Tunis. Au coin de la rue, une autre enseigne annonce un « snak tunisien » avec la mention « casher » et égrène les spécialités comme le akoud ou la bissara. Les lettres sont tombées depuis longtemps mais personne ne fait plus vraiment attention…

Un inoubliable fumet de « kircha »…

Je continue cette promenade devenue un de mes rituels parisiens. Je croise une dame d’un certain âge. Elle se prénomme Fabienne, me raconte qu’elle est d’Oran et me montre le café qui fait le coin en me disant qu’un restaurant se trouvait en ce lieu et qu’elle y avait mangé une « kircha » inoubliable.

Je laisse Fabienne et Aline. Je passe devant la synagogue du quartier puis devant les bouchers Henrino et Jojo.

Je le sais: mes pas me mèneront au local de l’Association des Anciens de Tunis pour y retrouver quelques amis qui viennent ici taper le carton et jouer une chkoba. Promis, je vous raconterai Max, René, Hervé, Hattab et les autres…

HB

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