A Zarzis, le cimetière des réfugiés inconnus et oubliés de la Méditerranée

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« Parfois on frappe à ma porte la nuit quand un nouveau corps est retrouvé », dit Chemseddine Marzoug. « L’automne et l’hiver, quand les vents sont plus forts, c’est là que la plupart des cadavres sont rejetés par la mer ».

Marzoug, 51 ans, a aidé à enterrer des réfugiés inconnus à Zarzis en tant que volontaire pour le Croissant-Rouge durant les deux dernières décennies. Ce père de cinq enfants, qui gagne sa vie en tant que pêcheur et parfois comme chauffeur de taxi, s’est confié aux journalistes d’Al Jazeera, pour parler du cimetière « des réfugiés inconnus de la Méditerranée ».

Rien n’indique qu’il s’agit d’un cimetière où des centaines de personnes ont été enterrées après la noyade en essayant de traverser la mer Méditerranée de la Libye vers l’Italie. Une des dernières victimes, une trentenaire africaine, a été retrouvée sur la plage de Zarzis sans aucun document après avoir flotté dans la mer pendant environ un mois.

Plus de 4400 personnes sont mortes ou ont disparu cette année en essayant de traverser la Méditerranée, selon l’Organisation internationale de la migration. La plupart des corps ne sont jamais trouvés, mais le plus grand nombre est rejeté par la mer en Libye ou en Italie et y est enterré.

Personne ne sait combien de personnes ont été enterrées ici exactement, bien que Marzoug estime qu’il y a eu au moins 200 au cours des six dernières années.

Les municipalités ont attribué des lieux d’inhumation spéciaux pour ces corps : un ancien site de dépôt de détritus au sud de Zarzis et un terrain à Port el-Ketf en dehors de Ben Guerdane. Comme les courants marins tendent à amener la plupart des corps à la côte près de Zarzis, la majorité des corps y sont enterrés.

Chaque fois qu’un nouveau corps est trouvé sur les rives de Zarzis, la Garde Nationale ou la municipalité appelle Marzoug et un médecin volontaire du Croissant Rouge, qui doit confirmer que la personne est décédée. «Dans de nombreux cas, ils ont été dans la mer pendant des mois, alors c’est juste un squelette sans chair», dit Marzoug.

Au cours des dernières années, un certain nombre de Syriens sont venus à Zarzis pour poser des questions au sujet de leurs proches, indique Mongi Slim, le collègue du Croissant-Rouge de Marzoug. Mais dans les circonstances actuelles, aucun des corps ne peut être identifié. Le mois dernier, Slim a rappelé avoir reçu un coup de téléphone d’un Syrien qui avait été sauvé en Italie et qui cherchait sa femme et sa fille.

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