Tunisie : Flottement sécuritaire !

MinistereInterieurTunisie_Oct2014Tunis Hebdo | Lorsqu’on avait tenté une évaluation du rendement du gouvernement Chahed, nous avions écarté de notre analyse les forces de sécurité dans la mesure où elles agissaient d’une manière professionnelle même si l’on savait que le ministère de l’intérieur, notamment, souffraient de graves dysfonctionnements depuis l’après 14 janvier.

En effet, on se rappelle à l‘époque l’œuvre de destruction systématique qui a touché plusieurs de ses services, principalement les services de renseignement, sous l’influence d’individus ou de formations politiques dont l’objectif n’était autre que le démantèlement des services de l’Etat.

On aborde aujourd’hui le problème sécuritaire après l’assassinat, perpétré à Sfax, du citoyen tunisien, Mohamed Zouari, par des exécuteurs professionnels. La version, pas encore officielle ni encore confirmée, malgré les lourdes présomptions qui pèsent sur les services de renseignements sionistes, et dont l’histoire est tâchée d’assassinats et d’actes terroristes depuis leur naissance, renvoie la responsabilité de cette exécution politique sur l’Etat hébreu.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que la Tunisie a été dans le collimateur de l’entité sioniste. La première opération fut le bombardement du quartier général de l’OLP le 1er octobre 1985, à Hammam Chatt, suivie par les lâches assassinats perpétrés contre Abou Jihad, le 12 avril 1988, et contre Abou Iyad le 14 janvier 1991.

Si auparavant notre force militaire n’avait pas les moyens de s’interposer aux agresseurs sionistes, et si nos sécuritaires furent pris de court dans les deux assassinats contre les leaders palestiniens, cette fois, les critiques ont frappé de plein fouet l’institution du ministère de l’Intérieur mettant en doute sa capacité à assurer la sécurité des ressortissants nationaux.

Actuellement, plusieurs partis politiques ainsi que des personnalités, dont certains manquent cruellement de crédibilité à l’instar du Président de la République provisoire au temps de la Troïka, Moncef Marzouki, exigent même la tête du ministre de l’Intérieur et son départ. Une sollicitation à laquelle le Chef du gouvernement Youssef Chahed s’est fait, en partie, l’écho puisqu’il a limogé la plus haute instance administrative du gouvernorat de Sfax et quelques hauts cadres sécuritaires de la région, et bien d’autres suivront bientôt dit-on !

Sans dire que ces fonctionnaires ont été sacrifiés comme des boucs émissaires sur l’autel de la raison d’Etat et des excentricités populistes qui fleurissent dans notre pays, il est évident qu’un malaise semble traverser le ministère de l’Intérieur, la démission du Directeur Général de la Sûreté Nationale, Abderrahman Hadj Ali, semble le démontrer.

Sur ce plan, il est indéniable que les forces sécuritaires ont doublement fait preuve de carence. La première est liée à leur méconnaissance totale, réelle ou apparente, de la personnalité de Mohamed Zouari. La seconde est liée au passage à l’acte des assassins quoique sur ce plan, aucun service de renseignement au monde n’est à l’abri d’une telle défaillance. Aucun d’entre eux ne peut se targuer d’un 100% de réussite et les prendre en défaut n’est pas impossible.

Autrement dit, il convient d’évaluer les performances des divers services du genre au sein de nos diverses forces sécuritaires avant de prendre les mesures de restructuration nécessaires sans précipitation ni légèreté. Ainsi, l’annonce de la création d’une Centrale de renseignements ne signifie pas qu’elle soit la solution idoine.

Sur un deuxième plan, le ministère de l’Intérieur, tout comme l’ensemble des structures de l’Etat, doit obéir à une vision précise et appliquer une politique et des orientations claires. Indépendamment des moyens mis à leurs dispositions, les forces sécuritaires ne savent pas toujours sur quel « pied danser » !

A titre d’exemple, la question du retour des terroristes, aussi cruciale qu’elle peut l’être pour la sécurité et l’avenir du pays, ne parait pas encore avoir fait l’objet d’une position franche et tranchée. Nos sécuritaires savent-ils aujourd’hui comment procéder et que faire, sachant que l’autorité politique demeure étrangement discrète sur ce problème ?

Si on ajoute les tiraillements idéologiques et les luttes politiques touchant tout l’appareil de l’Etat et notamment les institutions sécuritaires que personne ne veut républicaines, mais inféodées à un parti ou à une idéologie, l’on peut craindre que ce flottement sécuritaire ne puisse s’éterniser dans un contexte qui exige, au contraire, une vigilance de tous les instants et une réactivité à même d’assurer la sûreté du pays et de garantir la vie et la sérénité des citoyens…

L.L.

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