Tunisie : Les 100 jours de Youssef Chahed !

Youssef Chahed

Tunis Hebdo | L’évaluation du rendement d’un gouvernement, notamment dans les démocraties occidentales, commence dès le 100ème jour à partir de la date de son investiture. Tout au long de cette période, les observateurs, les analystes, les partis politiques, les syndicats et l’ensemble de l’opinion publique scrutent les premiers pas et les premières décisions de la nouvelle équipe gouvernementale.

On considère cela comme étant une période suffisante pour détecter, au moins, les intentions et la capacité de gouverner du nouveau leader de l’exécutif et de ses collaborateurs. Cent jours après, ou un peu plus, le gouvernement Chahed ayant bénéficié de la confiance de l’Assemblée des Représentants du Peuple le 26 août dernier, que peut-on dire des premiers pas de ce second Chef du gouvernement ?

Pour que l’évaluation soit la plus objective possible, il convient de revenir aux réalisations déjà faites ou en voie de l’être dans le futur. Auparavant, il faut reconnaître une réalité : le pays est au-devant de multiples exigences, parfois même contradictoires : les demandes et les revendications des citoyens, toutes catégories confondues, sont autant nombreuses que variées, et souvent très complexes, l’imbrication des intérêts et leur complexité rendent très compliquées la mise en place de politiques publiques à même de répondre positivement à toutes ces sollicitations.

Nous commencerons, en premier lieu, par écarter les succès des forces sécuritaires à contenir la menace terroriste. Le mérite de cette réussite n’est pas à mettre au crédit du gouvernement sachant que ce domaine est tenu par des professionnels, dans la police, la garde nationale ou l’armée, qui agissent loin des considérations politiques.

Nous allons donc partir de la méthodologie du Chef de gouvernement et de son approche dans la manière de gérer ses dossiers. Sur ce plan, il est clair qu’il aurait pu s’éviter bien des difficultés s’il avait su user du dialogue, sur lequel il semble pourtant vouloir fonder sa manière de gouverner, avant de prendre quelques décisions et quelques initiatives sur lesquels il a dû finalement revenir.

Là, nous visons les mesures se rapportant au report des majorations des salaires dans le secteur public ou aux diverses mesures fiscales touchant les professions libérales, notamment les avocats qui ont été inscrites au projet de loi de finances. A ce propos, le dialogue aurait dû être préalable à toutes ces décisions d’autant plus qu’il était aussi lié par le Pacte de Carthage.

Cette démarche aurait pu aussi éviter au pays des tensions inutiles, dont il n’avait pas besoin en ce contexte particulièrement délicat d’autant plus qu’il intervenait pratiquement en même temps que la fameuse Conférence internationale de l’investissement.

Ensuite, et en ce qui concerne les actions entreprises et leur évolution, on remarque que les promesses de lutte contre la corruption, l’économie parallèle et les différents trafics, la contrebande ou le respect de la loi n’ont fait l’objet que de quelques actions spectaculaires sans plus ! On a certes démoli, parfois en méconnaissance du droit, des devantures de cafés ou de commerces y compris dans les quartiers chic de la capitale, ou, des constructions anarchiques ; on a « découvert » des dépôts de produits de contrebande, on a empêché des marchands ambulants d’envahir les rues de la capitale, mais ce ne fut que de la poudre aux yeux.

Ces mesures ont été sans résultats palpables. Allez voir du côté de la rue Charles de Gaulle, par exemple, les opérations se sont limitées aux petits détaillants qui figurent au bout des réseaux de contrebande. Quant à la corruption qui sévit un peu partout dans tous les domaines et à tous les étages, le gouvernement semble impuissant de lutter contre ce phénomène de manière efficace.

Enfin, la loi de finances 2017, qui était le cheval de bataille et servait de base à la politique du gouvernement pour l’année prochaine, elle a été pratiquement vidée de son sens, Youssef Chahed et son équipe n’obtenant que quelques miettes telle la levée du secret bancaire ou la révision des taux d’imposition des revenus alors que l’identifiant fiscal que l’on va appliquer sur les professions libérales existe déjà et ne constitue pas une innovation.

La révision de la politique fiscale vers davantage d’équité et de justice entre les différentes catégories de citoyens, nécessaire pour instaurer un véritable Etat de droit, passe par le perfectionnement des mécanismes de la collecte des impôts en s’appuyant sur une administration plus efficiente sur tous les plans (transparence des procédures, probité des agents, respect de la législation et des droits du contribuable etc..) et par un profond amendement des principes et des techniques.

Autrement dit, le « bilan » de Youssef Chahed et de son équipe n’est pas très brillant. Il aurait pu l’être davantage si jamais la volonté du changement était plus marquée et s’il existait un véritable discours rassurant tout en étant capable de motiver un peuple encore bien loin d’être optimiste dans un pays où le mariage des contraires est devenu la seule démarche possible.

Or ce compromis fallacieux sur lequel on est en train de « bâtir » le pays risque un jour de se dérober sous nos pieds et de se transformer en sables mouvants qui nous engloutiraient et enterrerait à jamais la démocratie dont on rêvait…

L.L.

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