Tunisie : Il faut agir vite !

Tribune | Par Mohamed Habib Salamouna – professeur de français
Youssef Chahed
Youssef Chahed

Monsieur Youssef Chahed, en parlant de faillite, a rappelé aux Tunisiens une évidence : notre pays ne pourra bientôt plus honorer ses engagements à l’égard de ses citoyens et de l’extérieur. Et c’est très exactement le sens du mot « faillir » : être incapable de tenir ses engagements.

Chacun sait que la Tunisie est le pays arabe qui consacre le plus d’argent à ses dépenses publiques, sans les financer. Chacun sait que s’endetter est parfaitement rationnel si cela finance des investissements, mais que ce ne l’est plus quand on paie des dépenses courantes.

Il est normal de s’endetter pour construire des ponts ou même des universités, pas pour payer des salaires de fonctionnaires. Il est intolérable que l’impôt sur le revenu de nos enfants paie les bons d’essence des voitures administratives (le coût annuel de leur utilisation à des fins personnelles s’élève, selon l’Association Tunisienne de Lutte contre la Corruption, à 760 milliards !).

De plus, nous sommes en situation de quasi-faillite par nos déficits extérieurs : le dinar a subi une crise de change beaucoup plus grave que celle de 1986, qui fut pourtant la plus difficile de notre histoire. Aussi, ironiquement et contrairement à ce que laissent entendre tous ceux qui en critiquent encore l’existence, c’est grâce au FMI que nous pouvons traverser cette tempête.

Demain, que se passera-t-il ? Nous n’aurons plus les moyens de payer les salaires de nos professeurs et nos partenaires étrangers refuseront de payer nos importations. Là sera la faillite.

Tout cela est connu, depuis longtemps; mille rapports, livres, discours en parlent. Combien de temps faudra-t-il avant qu’on en tire les conclusions ? Faisons une priorité de réduire le taux du déficit budgétaire (pour l’établir à 5,5%, jusqu’à atteindre 3% en 2018) et de maîtriser le taux d’inflation et du glissement du dinar.

C’est vital. C’est possible. Pour y parvenir, il faut améliorer l’efficacité de l’Etat, travailler mieux, travailler plus, répartir plus justement le poids de l’impôt, libérer toutes les potentialités de croissance, en finir avec les compensations et les privilèges.

En faisant entendre aux derniers sourds le grondement de l’orage, le Premier ministre a rempli la première partie de son office. La seconde, plus compliquée, consistera à décider et faire voter démocratiquement ce qui doit l’être, et à s’y tenir.

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