Jonas Lüscher et les yuppies devenus barbares à Matmata…

jonas-luscherVoici un roman singulier ! « Le Printemps des Barbares » est la première œuvre du Suisse alémanique Jonas Lüscher qui, pour un coup d’essai, s’est trouvé rapidement propulsé dans le cercle des maîtres ès littérature.

« Le Printemps des Barbares », une première œuvre

En effet, son roman obtenait à sa sortie le prix Franz Hessel, conjointement avec le Français Frédéric Ciriez, comme le veut la tradition de ce prix institué au bénéfice d’écrivains francophones et germanophones toujours récompensés ensemble.

Paru en 2013, « Le Printemps des Barbares » portait le titre original de « Fruhling der Barbaren » et avait immédiatement été traduit en langue française par les soins de Tatiana Marwinski pour les éditions Autrement.

Eros, Thanatos et Civilisation

Ensuite, ce livre a été traduit en arabe par Ala Adel et continue son brillant parcours vers de nouvelles langues qui devraient adopter ce conte philosophique qui combine finesse, humour et cynisme.

J’ai pour ma part lu cet ouvrage lors de sa sortie française à la fin de l’année 2015 alors que Paris et Tunis étaient secoués par les attentats terroristes de sinistre mémoire.

L’argument de ce roman est d’une clarté limpide: il suffirait de peu pour que nos instincts les plus grégaires se réveillent, que nos atavismes effacent notre vernis de civilisation et que la violence l’emporte.

Quelque part, dans les monts de Matmata, un hôtel de luxe…

Selon la maxime bien connue, l’homme est un loup pour l’homme et c’est ce que tente de nous restituer ce roman dont l’action se déroule dans l’oasis imaginaire de Tchoub, dans les parages de Matmata, dans le sud tunisien.

C’est Preising, un homme d’affaires interné en hôpital psychiatrique qui raconte au narrateur, lui aussi interné, sa mésaventure. Preising raconte comment un voyage d’affaires en Tunisie s’est transformé en cauchemar lorsqu’à l’invitation de ses partenaires tunisiens, il s’est retrouvé dans un hôtel de luxe qui se préparait à recevoir un mariage à 250.000 livres.

La noce allait être belle et prometteuse et Preising, catapulté au milieu des traders anglais venus célébrer le mariage, allait s’entendre comme larron en foire avec les parents du futur époux.

Une satire implacable et une meute en folie

Coup de théâtre ! Au réveil, le lendemain matin, la Bourse de Londres s’effondre et tous les yuppies en vacances se retrouvent sur le carreau. Ruinés, en faillite, sans plus un seul sou vaillant, ils sombrent dans la violence, se transforment en horde barbare et détruisent tout ce qui les entoure.

Plus de jobs, plus de bulle protectrice, plus de comportement civilisé ! La folie destructrice l’emporte alors et le lecteur se retrouve face à un conte moral qui est une satire implacable de notre époque et de tous les veaux d’or de la création.

La meute en folie qui, quelques instants auparavant, brillait de mille feux va alors entrer dans une spirale délirante, une crise de nerfs dans un désert métaphorique, une sorte de panique des faillis.

En filigrane, Rousseau, Esope, Marcuse…

Bien entendu, ne serait-ce que parce que l’auteur a choisi de situer son histoire en Tunisie, ce livre retient notre attention.

Seulement, il y a bien plus car cette œuvre nous renvoie à l’état actuel d’inhumanité qui s’empare d’un monde en dérive, sous l’emprise de la violence, de la vitesse et de l’argent.

Conte moral qui en filigrane évoque Rousseau, Marcuse ou Esope, « Le Printemps des Barbares » est une œuvre puissante sur la crise. A la manière d’un David Lodge, l’auteur décrypte nos façades trompeuses et démontre qu’Eros combat toujours Thanatos et que, comme dans le mythe du Phédre, le cheval noir peut l’emporter sur le cheval blanc et envoyer l’attelage dans le décor.

Jonas Lüscher en tournée de conférences

A linvitation de l’ambassade de Suisse en Tunisie et avec le concours de Pro Helvetia, Jonas Lüscher est actuellement en visite en Tunisie pour une tournée de conférences à Tunis et Gabès.

Il rencontrera le public universitaire à la Faculté des Lettres de la Manouba (6 décembre à 9h30), l’Institut supérieur des Langues (7 décembre à 9h30), au Café Journal de Gabès (7 décembre à 18h), à l’Institut supérieur des Langues de Gabès (8 décembre à 8h30) et à la librairie Fahrenheit (9 décembre à 18h).

Un livre à lire en arabe, allemand ou anglais! Un auteur à rencontrer pour parler de sa vision de la littérature et de ses projets futurs !

HB

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