Néji Jalloul, réveille-toi !

Tribune | Mohamed Habib Salamouna – professeur de français à Tunis

Enseignant - credit huffpostC’est une pandémie qui frappe l’école primaire. Celle de l’illettrisme, qui touche à des degrés divers 40% des enfants arrivant en 7e année de base. Les nouveaux collégiens, dans leur écrasante majorité, ne savent pas lire, écrire, calculer. Ou si mal. Ils avancent dans leurs études à tâtons. En aveugle. A reculons.

Une condamnation à l’échec. Il serait injuste de s’en prendre aux instituteurs qui, dans l’indifférence générale, font un travail difficile avec passion. Eux aussi sont victimes d’un système qui titube. Sans parler des réformes qui se suivent et se ressemblent (le dialogue national sur la réforme de l’éducation s’est terminé en queue de poisson).

Dire qu’elles sont sans suite ou presque ! Le pilotage des directeurs à l’école ? A peu près inexistant. Le rôle des inspecteurs ? De plus en plus aléatoire. La formation des maîtres ? Déconnectée des besoins. Le recours aux instituteurs suppléants ? Ça continue de plus belle.

Or ces derniers protestent depuis le mois d’août : ils en ont marre d’être des bouche-trous ! Et les écoles privées ? De plus en plus sollicitées. Leur nombre a même quadruplé en moins de quatre ans, et pour cause ! Les parents ne font plus confiance à l’enseignement public.

Ces faillites en cascade sapent, dans l’omerta, le socle même de notre République. Là où l’Etat exerce une mission régalienne. Là où se joue la compétition du pays dans une «société de la connaissance».

Défaite d’autant plus étrange que l’excuse de la massification avancée pour expliquer la crise des collèges ne vaut pas pour le primaire : depuis l’Indépendance, l’école publique a toujours accueilli tous les élèves de toutes les catégories sociales.

Par pitié, oublions les vieilles discussions byzantines entre les adeptes de la méthode globale et ceux de la méthode syllabique. Les deux ont raison. Ouvrons plutôt les fenêtres sur les pays d’Asie (ayant dépassé les autres nations dans le classement de la dernière enquête Pisa de l’Ocde sur l’état de l’éducation dans le monde) qui ont réduit le taux d’échec de leurs écoliers à 5%.

«L’éducation pour tous», c’est notre fierté. Mais en échouant sur les apprentissages fondamentaux, en laissant sur le chemin 40% des enfants, les plus fragiles, c’est Bourguiba que l’on trahit.

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