Le rire rare

Lotfi Abdelli - photo Page FB Abdelli LotfiVous avez envie de rire ? Moi non plus ! Et même si j’en avais envie, qui pourrait encore me faire rire ? Les guignols de la politique ? Bof ! Ils ne sont plus amusants. A force de répéter les mêmes farces, ils ont fini par nous apitoyer sur leur ridicule qui, malheureusement, ne les tue pas.

A vrai dire, c’était un rire amer qui échappait de nos gorges à la vue de ces piètres acteurs de la vie politique. Et la tragi-comédie est loin d’être terminée. Pire, elle vire à la tragédie, avec morts d’hommes, comme il se doit dans les tragédies classiques.

Tournons-nous alors vers les acteurs professionnels ! Faisons comme beaucoup de nos concitoyens : allons au théâtre pour rire.

Mais où trouver le rire aujourd’hui, face à la rareté du produit hilarant ? Oui, le rire est rare (que c’est difficile à prononcer !) et rares sont ceux qui peuvent nous faire rire, malgré une inflation indescriptible en matière de one man show, de stand-up et autres genres similaires qui, soit dit en passant, ont donné le coup de grâce à un théâtre mourant chez nous, malgré un semblant de résurrection, à l’occasion des Journées théâtrales de Carthage, que nous célébrons actuellement.

Le rire serait-il alors en crise, comme tous les autres secteurs frappés par la guigne après la tragi-comédie de la révolution de décembre ? Pourquoi ? Et à qui la faute ?

Les pessimistes et les rabat-joie, qui sont autour de nous, et je pense qu’ils sont de plus en plus nombreux par les temps qui courent, vous avoueront, peut-être, que c’est de leur faute s’ils ne rient plus facilement.

Et ils vous dresseront une liste (noire ?) des mille et une raisons qui freinent en eux ce besoin humain par excellence : le stress de la vie quotidienne, l’insécurité dans tous ses sens, la crainte d’un avenir incertain, la cherté de la vie, les problèmes des enfants, les tensions avec les collègues et les voisins, la solitude pour certains et les insomnies pour d’autres…

Il faut avouer que tout cela ne pousse pas au rire, et il faudrait aux faiseurs de sketches et de one man show un talent fou pour arracher à ces galériens de la vie moderne, ne fût-ce qu’un sourire.

Quelle tâche ardue pour ces écrivains, acteurs et autres clowns (avec le cirque en moins) qui ont pour métier de nous faire rire ! Mais il faut dire qu’ils contribuent eux-mêmes à rendre le rire rare (essayez de le prononcer à haute voix !), avec un humour plat, parfois à la limite du vulgaire et tellement ressassé qu’il devient prévisible, alors que le propre de l’humour est d’étonner, de surprendre.

Avec des gags de la même teneur (faible en intelligence et en finesse) et des «mots d’esprit» recueillis dans la rue, ces manipulateurs d’un humour douteux et superficiel, rient de nous en faisant semblant de nous faire rire. Leur argument-massue quand vous les critiquez de la sorte : «le public est content et il rit de bon cœur, que voulez-vous de plus ? ».

Eh oui ! Malgré toutes les calamités qu’endurent les Tunisiens, il y a, parmi eux, des spectateurs prêts à rire à propos de n’importe quoi, et avec une facilité déconcertante.
Seraient-ils moins pessimistes que les autres ?

Je ne sais pas, mais ce dont je suis certain c’est qu’ils sont aussi stressés, et c’est pas le rire qu’ils ont choisi de chasser leur stress. Alors, ils se prêtent facilement au rire, d’autant plus qu’ils ont payé pour ça et en veulent pour leur argent.

Quelle aubaine pour des comédiens qui ne cherchent que cela : un public facile et de l’argent facile ! Rire rare ou pas rire rare, la comédie continue, et tout le monde est «heu-reux», comme disait Fernand Raynaud dans un de ses sketches. Pourquoi alors gâcher leur bonheur ?

Adel LAHMAR

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