Tunisie : L’affaire Lotfi Naguedh fait des remous

Lotfi NaguedhLa justice a finalement prononcé un non-lieu dans l’affaire de la mort en 2012 de Lotfi Naguedh, responsable au sein du parti Nidaa Tounès, en marge d’affrontements à Tataouine. Le décès de Lotfi Naguedh, le 18 octobre 2012, avait suscité un tollé et avait été qualifié par Béji Caïd Essebsi d’assassinat politique.

Quatre hommes étaient détenus depuis 2012 et 2013 dans cette affaire. Deux étaient accusés d’homicide volontaire, les deux autres de complicité. Ils ont tous été blanchis de ces accusations lundi 14 novembre par le tribunal de première instance de Sousse.

Ils ont écopé de peines de prison ferme pour avoir participé à des violences mais ont été libérés, la période de détention provisoire couvrant le jugement.

« Une catastrophe »

Six autres accusés comparaissaient libres et ont été condamnés à des peines de prison allant de quatre mois à un an, notamment pour agression avec violence et port d’arme visible pendant un rassemblement. Mais ils ne seront pas non plus emprisonnés, ayant déjà passé du temps en détention.

L’avocat de la famille de Lotfi Naguedh, maître Mourad Dalech, a indiqué à Shems FM qu’il s’agit d’une « catastrophe » et que la décision du non-lieu n’était pas attendue de la part de la famille du défunt.

Selon lui, l’inculpation des ligues de la défense de la révolution était prouvée dans les dossiers présentés à la Justice, d’où une inculpation était attendue. L’un des accusés, Saïd Chebli, a de son côté salué « une victoire de la justice ».

« Les accusés n’imaginaient pas être acquittés »

Le non-lieu est « dépourvu de tout fondement juridique », a également estimé Hassine Zorgui, membre du collectif de défense des héritiers de Lotfi Naguedh.

Dans une déclaration, mardi, à l’agence TAP, Me Zorgui a affirmé que le collectif de défense « ne s’attendait pas à un tel verdict, au même titre que les accusés qui n’imaginaient pas être acquittés dans cette affaire », assurant que la défense en interjettera appel, demain mercredi, auprès de la cour d’appel de Sousse.

Le ministère public a décidé, quant à lui, de faire appel de ce verdict prononcé par le Tribunal de Sousse. Selon lui, l’inculpation de les Ligues de protection de la révolution était prouvée dans les dossiers présentés à la Justice, d’où une inculpation était attendue.

Réactions

Le Parti Al Massar a exprimé ce mardi 15 novembre, dans un communiqué son inquiétude face au verdict rendu dans cette affaire et la nonchalance de la justice pour dévoiler les assassins soutenus par les ligues de protection de la révolution.

De son côté, le mouvement Machrou Tounes s’est dit surpris par le verdict de première instance en soulignant que son « assassinat » n’était pas une simple affaire judiciaire mais un évènement politique. Machrou Tounes a dénoncé ce qu’il a qualifié d’un retour des Ligues de la protection de la révolution et des parties qui les soutiennent, ainsi que du discours extrémiste et d’exclusion.

Rappel

Lotfi Naguedh, coordinateur local de Nidaa Tounès, est mort en marge d’affrontements entre ses partisans et des membres de la Ligue de protection de la révolution. Selon Nidaa Tounès, il a été passé à tabac lors d’une attaque de ces manifestants contre le siège du syndicat qu’il dirigeait.

La manifestation avait été organisée par la Ligue de protection de la révolution et le ministère de l’Intérieur avait confirmé les violences mais assuré que la victime avait été terrassée par « une crise cardiaque ».

Les personnes acquittées étaient accusées d’avoir lynché à mort Lotfi Naguedh devant son bureau, lors d’une manifestation hostile à Nidaa Tounes.

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