A Mohamed Zine El Abidine, nouveau ministre de la Culture : Que fait un ministre dans son bureau ?!

Mohamed Zine El AbidineTunis Hebdo | Les ministres de la Culture passent et finissent par se ressembler. En apparence du moins, puisque trois parmi les quatre derniers ministres appartiennent au monde de la musique.

On est loin du temps où la littérature était aux commandes de ce ministère, avec les Chedly Klibi, Mohamed Messaâdi, Béchir Ben Slama. C’est peut-être dans l’air du temps que la musique prenne le pas sur la littérature, à moins que ce ne soit le fruit d’un pur hasard.

Mais le problème n’est pas là, il faut bien l’avouer. Ecrivain ou musicien, un ministre de la Culture est un ministre de la Culture (excusez cette vérité de La Palisse !), dans le sens où il est appelé à gérer, sinon à concevoir, la politique de l’Etat dans sa dimension culturelle.

Et c’est de là, à noter avis, que devrait commencer la quête de tout ministre de la Culture qui prend les commandes de ce département : quelle(s) politique(s) culturelle(s) devra-t-il mettre en œuvre ?

C’est le Sahara !

De fil en aiguille, il va se rendre compte, s’il ne le sait pas déjà (puisque les ministres de la culture ne sont pas étrangers à la culture), qu’en matière de politique(s) culturelle(s) dans notre pays, c’est le Sahara !

Malheureusement, cette question de politique(s) )culturelle(s) ne semble pas avoir été le souci majeur de la grande majorité des ministres de la Culture ces dernières années, voire bien avant !

Une fois installés à La Kasbah, ils sont happés par la gestion quotidienne de la chose culturelle : budget, festivals, subventions, audiences, inaugurations, tâches bureautiques…

Les politiques culturelles ? Connais pas ! Où plutôt, on évite la question. Parce que ce n’est pas dans la tradition du pays de raisonner en termes de politiques, en matière de culture, comme d’ailleurs dans beaucoup d’autres domaines. Ce qui explique évidemment l’état d’improvisation généralisée où s’enlise notre pays.

Une autre raison : le ministre considère qu’il a d’autres chats à fouetter (et il y en a vraiment) que se pencher sur des considérations d’ordre prospectif, d’autant qu’il est appelé à des résultats immédiats et palpables dont dépend son avenir dans le poste, et sachant aussi que la longévité n’est pas la majeure caractéristique des gouvernements, ces derniers temps.

Bricolages et projets

Mais en principe, pourriez-vous objecter, les politiques culturelles d’un pays ne devraient pas être l’apanage d’un ministre, mais les politiques de l’Etat en général, et d’un gouvernement en particulier, lorsqu’il s’agit de la mise en œuvre de ces politiques, lesquelles devraient être définies par la «communauté nationale» : partis, organisations nationales, société civile, gens du métier…

Oui, c’est vrai ! Mais en l’absence de telles politiques (une utopie pour notre pays), n’est-ce pas du devoir d’un vrai ministre de la Culture de déclencher cette démarche ?

Personne n’a osé le faire et chaque ministre croit faire «sa» politique, alors qu’il ne s’agit généralement que d’un bricolage de décisions ponctuelles (souvent improvisées) et d’initiatives isolées qui risquent de tomber à l’eau, dès que débarque le ministre suivant.

Sonia M’barek, la ministre sortante de la Culture déclarait dernièrement qu’un ministre de la Culture doit «être porteur d’un projet, d’une vision». Encore une fois, un(e) ministre de la Culture ne parle pas de politiques culturelles, mais du «projet» et de la vision d’une personne !

Une synthèse harmonieuse

Mohamed Zine El Abidine, le nouveau ministre de la Culture, qui a la chance d’avoir, en plus de ses diplômes en musicologie, un doctorat en sociologie politique et culturelle, aurait-t-il le courage de s’attaquer à cette grave lacune dont souffre la Culture ou serait-il, comme ses prédécesseurs, happé par la machine de la gestion quotidienne et des tâches terre à terre d’une action culturelle sans fil directeur ?

Jetterait-il, au moins, un grand regard critique sur «l’état des lieux» de son ministère ou bien foncerait-il, tête baissée, dans les dossiers éternels (et paniers de crabes) du secteur culturel (festivals, foire du livre, subventions, etc) ?

Saurait-il, en universitaire doublé d’un homme de terrain, faire une synthèse harmonieuse entre un travail prospectif, qui fait défaut à son département, la gestion quotidienne de l’action culturelle, et une présence réelle sur le terrain ?

A propos de ce dernier point, je ne vous cache pas que je me suis parfois souvent demandé ce que pouvait faire un ministre de la Culture dans son confortable bureau à La Kasbah, alors que dans le vaste réseau de l’action culturelle dépendant de son ministère (maisons de la culture, bibliothèques, conservatoires, centres culturels, musées…), plusieurs institutions tournent à vide ou ronronnent paisiblement, si elles ne sont pas dans un état de délabrement général et presque sans public ?

Ces institutions, destinées à diffuser la Culture à travers tout le pays ont besoin d’une bouffée de contact avec le premier responsable de la Culture dans le pays, mais aussi avec ses adjoints, ces «directeurs éternels», bouffés, eux aussi, par la bureaucratie et la paresse intellectuelle.

Les paroles s’envolent…

Mohamed Zine El Abidine saurait-il être moins bureaucrate que ses prédécesseurs et bouger sur le terrain, non pas à la recherche de «coups de com.», mais pour observer de près la Culture qu’il est censé promouvoir en tant que ministre ?

Est-ce trop demander au nouveau ministre de la Culture ? C’est à lui de juger ! Mais nous attendons quand même des réponses… Des réponses sous forme d’actes, bien sûr ! Car les paroles s’envolent, n’est-ce pas Monsieur Le Ministre ?

Adel LAHMAR

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