Sonia M’Barek : « Il faut construire un nouveau projet culturel pour la Tunisie »

P8 Interview SoniaTunis Hebdo | En attendant le vote de confiance au nouveau gouvernent, Sonia M’Barek, ministre de la Culture sortante, dresse son bilan à la tête du ministère, avant de céder sa place –officiellement– à Mohamed Zine El Abidine.

Comment évaluez-vous votre passage à la tête du ministère de la Culture ?

C’est difficile de faire le bilan d’un passage qui n’a duré que sept mois [NDLR : elle a été nommée ministre en janvier dernier]. On ne peut pas évaluer le travail d’un ministre sur une si courte période.

J’étais, bien évidemment, très honorée d’avoir occupé ce poste. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Durant mon mandat, j’ai œuvré pour que la place de la culture soit fortement renforcée, et pour que la culture intègre efficacement le cycle de l’économie et du développement. Maintenant, nous avons plusieurs autres défis qu’il faudra relever, notamment la construction d’un nouveau projet culturel pour la Tunisie.

« J’espère que mon successeur continuera les projets que j’ai entamés

Quels seraient les traits de ce nouveau projet culturel ?

Ce qui importe dans ce projet est qu’il soit, d’abord, mis au jour en collaboration avec la société civile et les professionnels du secteur. Il n’est plus question de faire parachuter des décisions et des initiatives.

Personnellement, j’ai ouvert un certain nombre de chantiers au sein du ministère, notamment d’ordre législatif. Les législations culturelles n’étant plus adaptées à la réalité du terrain. Parmi les projets de loi initiés, je cite celui relatif à l’artiste et aux métiers artistiques. Ce projet vise, en effet, à régler le statut juridique de l’artiste et à organiser les métiers artistiques.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet de loi ?

C’est un projet de loi révolutionnaire qui définit la politique générale relative à l’artiste et aux professions artistiques, et ce, en garantissant une rémunération à l’artiste en contrepartie de l’exploitation de sa créativité, en œuvrant à soutenir la situation de l’artiste et en préservant sa dignité.

« Le projet de loi relatif à l’artiste et aux métiers artistiques est révolutionnaire »

L’artiste, en tant qu’employé dans le secteur culturel, doit, en effet, bénéficier de tous ses droits et des privilèges dont jouissent les employés dans les autres secteurs (protection sociale et autres). Sans oublier, bien sûr, la reconnaissance de la situation juridique et sociale de l’artiste et du créateur.

Ces principes sont mentionnés dans les législations internationales. Pourquoi ne nous les appliquerons-on pas en Tunisie ? De plus, la reconnaissance de l’artiste boosterait davantage ce dernier, et l’inciterait à être plus créatif et plus productif.

Etes-vous déçue de devoir quitter votre ministère si vite ?

Pourquoi serais-je déçue ? Quand mon pays a eu besoin de moi, j’ai répondu présente. Il faut comprendre que ce n’est pas la personne qui compte, mais la patrie. De plus, il y a le principe de la continuité de l’Etat. D’ailleurs, j’espère dans ce cadre que mon successeur continuera les projets que j’ai entamés, et que je n’ai pas pu achever, faute de temps.

Heureusement qu’aujourd’hui, la situation du pays est en train de s’améliorer. J’estime que la Culture représente l’une des clés principales pour davantage rayonnement de notre pays.

Quel est le profil idéal d’un ministre de la Culture ?

Le plus important pour un ministre de la Culture est qu’il soit patriote et qu’il ne soit pas égocentrique. Il faut aussi qu’il soit porteur d’un projet, d’une vision. Il doit également être un grand bosseur pour arriver à concrétiser ses promesses. Personnellement, je ne parle pas beaucoup. Je travaille plus que je ne communique.

Propos recueillis par Slim MESTIRI

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