« Qu’est-ce que l’amour ? », de Ryad Boussetta : une anthologie de définitions, avec mode d’emploi !

Couverture Livre P4Tunis Hebdo | Les anthologies ont ceci de bon qu’elles vous permettent de faire le tour d’un auteur, d’un courant littéraire ou d’un thème, sans que vous ne preniez la peine de lire des livres et des livres.

Un spécialiste ou un amateur passionné le fait à votre place, et vous voilà, aux moindres frais, maître (plus ou moins) d’un sujet. Ceci pour les paresseux ! Car pour d’autres, une anthologie est une invite à la lecture, et Claude Ray disait à ce propos que «la fonction même d’une anthologie, c’est de donner envie d’y aller voir soi-même».

Rigueur et originalité

Supposons donc que je sois parmi les paresseux ! Dans ce cas, le livre de Ryad Boussetta, «Qu’est-ce que l’amour ? Anthologie de définitions» me convient bien, car en 78 pages, l’auteur fait le tour d’une question chère au cœur de tout le monde, puisqu’il s’agit de l’amour.

Soixante-dix huit pages seulement pour un thème aussi attachant, Non, il ne faut pas se tromper ! D’abord le livre n’est qu’une partie d’une anthologie plus vaste, comme l’indique Ryad Boussetta dans l’introduction. Une anthologie thématique intitulée «L’amour en fragments» qui comprendra 1700 citations, 8 chapitres, 87 rubriques et 720 auteurs de toutes époques et de toutes origines.

Et puis, une bonne partie du livre (42 pages sur 150) est consacrée à une introduction et une présentation fort édifiantes, puisqu’elles permettent au lecteur tout d’abord de se familiariser avec les «formes brèves», ce «genre littéraire très ancien » qui, comme l’explique l’auteur, englobe les maximes, les aphorismes, les fragments, etc, et où les chasseurs de citations trouvent leur matière, outre ce qu’offrent la littérature, la philosophie et les essais de tous genres à la discrétion de ces chasseurs, ainsi que la presse et même les slogans publicitaires.

Mais ce n’est pas tout ! Ryad Boussetta expose également dans ces deux textes introductifs la méthodologie de son travail anthologique : le choix et l’extraction des textes, les sources : auteurs et textes, le classement des définitions… Et là, on se rend compte de toute la rigueur scientifique de l’auteur et son souci de faire les choses dans les règles de l’art.

Mais là où Ryad Boussetta fait œuvre d’originalité, c’est lorsqu’il propose à ses lecteurs un «mode d’emploi» pour parcourir son livre. En fait, il leur offre «deux possibles manières de lire», l’une «active», où le lecteur suit le cours du livre, chapitre par chapitre et rubrique par rubrique, et l’autre «ludique», au cours de laquelle «le lecteur butine, picore, papillonne au gré de ces envies». Ici, on sent le psychologue clinicien qu’est Ryad Boussetta pointer du nez, avec un mode d’emploi souple et sans prescription des choses de lecture, dans un cas comme dans l’autre.

De Achard à Zorn

Muni de ce mode d’emploi à double option, le lecteur peut alors partir, comme il l’entend, à la découverte du monde de l’amour, à travers les 370 citations de 240 auteurs, de Marcel Achard, auteur dramatique français à Fritz Zorn, écrivain suisse d’expression allemande.

Entre le «A» de Achard et le «Z» de Zorn, que de monde ! Des romanciers, des poètes, des cinéastes, des philosophes, des journalistes, des essayistes, des sociologues, des psychanalystes, des universitaires, des religieux, des juristes, des hommes politiques et même un prince qui n’est autre que Charles d’Angleterre.

Quoi de plus normal que cette variété de profils ! L’amour n’épargne personne, et il «intéresse les mystiques, les psychologues, les démographes, les juristes, les acupuncteurs, les alpinistes, les internautes, les animaux errants… », comme l’affirme Girl Delannoi, cité par l’auteur.

Et quel foisonnement de nationalités ! Des Français (la grande majorité), des Américains, des Russes, des Allemands, des Suédois, des Canadiens, des Anglais, des Algériens, des Roumains, des Belges, des Suisses, des Syriens, des Autrichiens, des Libanais, des Tchèques, des Indiens, des Italiens, des Irlandais et, bien sûr des Tunisiens.

Ryad Boussetta n’a pas oublié les siens : Fethi Ben Slama (psychanaliste), Ali Dimassi (juriste et écrivain), Aymen Hacen (poète, écrivain et universitaire), Mohamed Talbi (historien et islamologue) et notre ami et confrère Tahar Fazaâ (chroniqueur et écrivain).

Mais quoi de plus banal que cette mosaïque de nationalités ! L’amour n’est-il pas la chose la mieux partagée entre l’humanité ?

Absences et déséquilibres

On pourrait, cependant, s’étonner de quelques absences. Celle d’Ibn Hazm, l’auteur du «Collier de la Colombe», un livre entièrement dédié au thème de l’amour, est la plus frappante, alors que son alter-ego européen, Stendhal, l’auteur du célèbre «De l’amour», est cité quatre fois dans l’ouvrage de Ryad Boussetta. Espérons quand même qu’Ibn Hazm retrouvera sa place dans la grande anthologie sur l’amour, promise par l’auteur.

De toutes les manières, l’approche thématique de Ryad Boussetta laisse passer au second plan les auteurs des citations. Car on est plutôt dans une ambiance, selon que l’on passe, au premier chapitre, d’une rubrique à une autre : l’amour est tantôt un mot, tantôt une passion, tantôt une maladie est tantôt du sexe. Et les citations prennent alors la coloration et le souffle du sous-thème traité à l’intérieur de chaque rubrique.

Au deuxième chapitre, nettement moins volumineux que le premier (9 pages contre 69), on passe, sans raison convaincante, et malgré les arguments présentés par l’auteur, d’une forme nominale (De l’amour : définition) à une forme verbale (Aimer : ce que veut dire le verbe aimer), alors que le fond thématique et resté le même. Cela a donné un déséquilibre flagrant ente les deux chapitres et une scission inutile que rien ne motivait, à part une différence formelle.

L’amour toujours gagnant

Cependant, le travail de Ryad Boussetta reste d’une indéniable qualité, au niveau de l’excellence et de la variété des citations choisies, mais également au niveau de la rigueur méthodologique de l’auteur et de son effort d’originalité. Son grand projet, «L’amour au fragments», auquel nous souhaitons un vif succès, lui permettra certainement de réviser certaines choses. Avec l’amour, on part toujours gagnant !

Adel LAHMAR

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