Les Démocrates : « Avec les lois actuelles, en Tunisie, l’individu est emprisonné »

Hazar Jhinaoui
Hazar Jhinaoui
Le parti « Les Démocrates » a vu le jour en mars dernier. Avec ses membres actifs et leurs multiples meetings, le parti peut compter sur une dizaine de jeunes fervents, enthousiastes et optimistes pour un lendemain meilleur… en attendant le visa légal.
Hazar Jhinaoui, membre du bureau exécutif et porte-parole du parti, nous parle des Démocrates, de sa stratégie et de ce qui le diffère des autres partis…

Vous vous définissez comme un parti libéral, en quoi ça consiste concrètement ? Et qu’est-ce qui vous différencie des autres partis ?

Je vais commencer par vous dire qu’il n’y pas d’autre parti libéral en Tunisie à part les Démocrates. Et je veux insister sur la double appellation de notre parti « Les Démocrates » et « Al Hizb Al Dimocrati », c’est-à-dire qu’il y a la structure et les personnes qui y travaillent et l’un ne peut pas fonctionner sans l’autre. Ceci est crucial parce qu’il souligne l’importance et le rôle déterminant de chaque membre du parti. Donc pour répondre à votre question, nous sommes le seul parti libéral et c’est ce qui nous différencie.

Qu’est-ce que vous voulez dire par libéral ?

Ça veut dire qu’on va accorder une importance à l’individu. C’est l’individu qui prime. C’est-à-dire qu’on va essayer de donner plus d’initiatives à l’individu sur le plan économique, en défendant toutes les libertés sans exception : sa liberté d’opinion, d’agir, sa propriété, sa liberté d’échanger ou de ne pas échanger, d’être croyant ou pas.

En d’autres termes, nous optons pour une doctrine de Droit qui profère que toute personne a des droits naturels inaltérables ; nous défendrons ces droits tant qu’ils ne portent pas atteinte à ceux des autres.

Nous sommes un parti qui débute

L’âge des fondateurs du parti varie entre 19 et 38 ans. Est-ce un choix ?

Non ce n’est pas un choix. Nous étions un groupe d’amis et on a vu qu’on avait les mêmes idées, la même doctrine, donc on a décidé de fonder un parti. On trouve que la question d’âge est un bonus pour nous mais nous acceptons les gens de tout âge.

Nous sommes un groupe d’amis rassemblés autour d’une même vision de la vie, de la société et qui partagent les mêmes penchants politiques, avec quelques divergences bien-sûr. De ce fait et tout naturellement, nous avons cherché un cadre pour agir et être actifs et on a décidé de fonder un parti.

Où vous situez-vous dans le paysage politique actuel ?

Nous sommes un parti qui débute, nous pensons qu’on va donner un plus, qu’on va avoir beaucoup de sympathisants et d’adhérents parce qu’on forme un parti authentique, on dit les choses haut et fort. On est pour les libertés de l’individu telles qu’elles soient, pour le libre-échange et on est contre certaines lois qu’il faut changer. Nous estimons que la liberté d’expression n’est vraiment pas totale voir même absente.

On va organiser notre congrès en septembre-octobre pour faire des élections, on travaille avec les jeunes, ont fait des meetings, on discute, on fait des débats, et on avance !

Les libertés sont vraiment en danger

Par rapport aux gouvernements qui se sont succédés durant ces cinq dernières années, que pensez-vous du rendement ?

Nous les Démocrates pensons qu’il n’y a pas vraiment de rendement, que les libertés sont vraiment en danger. Beaucoup de gens se disent qu’on a gagné la liberté d’expression mais non ce n’est pas vrai parce que cette dernière est très limitée. On parle de sacré qu’on ne doit pas toucher, mais qu’est ce que ça veut dire « sacré » ? Donc la liberté d’expression n’est vraiment pas totale.

Chacun a le droit de dire haut et fort ce qu’il pense de la religion, de la politique, de l’économie, sans avoir peur d’être puni ou sanctionné.

démocrates

Pour la liberté d’expression concernant
la religion et les choix sexuels,
oui il y a un grand problème en Tunisie

Vous parlez ici plus précisément de la religion ?

Même pour l’économie, dès qu’on dit qu’il y a des problèmes, qu’on va arriver à un stade où tout va se bloquer, la réponse est non tout va bien on avance, qu’on a fait les bonnes stratégies, mais qu’on n’est pas d’accord, que tous les problèmes se règlent et que la progression est indéniable.

Ceci est grave, car la réalité est différente et exige d’autres alternatives . Notre parti propose et croit en une économie libérale. De même, il est ridicule d’affirmer que les Tunisiens, à l’heure qu’il est sont libres d’exprimer leurs opinions concernant la religion ou leurs choix sexuels.

Pour la liberté d’expression concernant la religion et les choix sexuels, oui il y a un grand problème.

Si, selon vous, les anciens gouvernements n’ont pas eu de rendement, qu’est-ce que vous proposez comme solutions pour les grands volets qui préoccupent vraiment le Tunisien (terrorisme, économie, chômage…)

Vous avez remarqué qu’il a beaucoup de tentatives de suicide, c’est un signe que les jeunes sont vraiment désespérés parce qu’ils ne trouvent pas de travail, parce qu’ils ne peuvent pas choisir la vie qu’ils aimeraient mener et parce qu’il ne voient pas d’espoir.

Donc notre objectif c’est de créer cet espoir en donnant plus d’importance à l’individu, c’est-à-dire donner à l’individu la possibilité d’être ce qu’il veut être dans ses opinions, dans ses démarches économiques.

Notre doctrine, comme celle de tout parti libéral c’est que l’individu aura toute la possibilité de faire vraiment ce qu’il veut sans atteindre la liberté de l’autre, c’est la seule limite.

Avec les lois actuelles, l’individu est emprisonné

Donc selon vous la solution radicale réside en l’individu ?

Oui, en l’initiative de l’individu. Parce qu’avec des commandements politiques imposés d’en haut, dans un schéma de pyramide, ne peuvent qu’accabler l’individu. Je pense que l’Etat doit avoir des commandements de conduite, des lois de conduite générales et ne pas imposer des choses à l’individu pour qu’il puisse avancer parce qu’avec les lois actuelles, il est emprisonné.

Avez-vous une stratégie à long terme ?

Bien sûr. Notre stratégie est tout d’abord politique parce qu’on veut et on va participer aux prochaines élections, avoir plus d’adhérents, nous faire entendre plus. De plus nous avons beaucoup de compétences dans le parti, des gens qui ont une conviction, qui sont authentiques, qui ne sont pas là juste pour avoir un poste politique, ils veulent vraiment changer la donne, le schéma politique et social.

Le nouveau gouvernement ne va pas changer grand-chose
parce qu’on garde les mêmes personnes

Quelle est la position des Démocrates par rapport à l’initiative présidentielle du gouvernement d’union nationale ?

On pense que Habib Essid n’a pas vraiment rempli sa mission et il était devenu nécessaire de former un nouveau gouvernement mais on pense aussi que même ce nouveau gouvernement ne va pas changer grand-chose parce qu’on garde les mêmes personnes, les mêmes partis qui gouvernement avec la même doctrine et la même vision des choses.

Qu’est ce qui pourrait bien améliorer la scène politique ?

Nous, les Démocrates ! Un parti qui propose vraiment quelque chose de nouveau et qui reflète les espoirs de beaucoup de jeunes d’une bonne partie de la population tunisienne mais qui est surtout sincère.

Parce qu’il y a des problèmes sur lesquels on doit mettre le doigt : pauvreté, chômage… Si on ne change pas les outils de travail, les résultats seront forcément les mêmes.

Nous sommes pour la dépénalisation de l’homosexualité en Tunisie

Votre position par rapport à la dépénalisation de l’homosexualité en Tunisie ?

Nous sommes pour la dépénalisation de l’homosexualité en Tunisie parce que nous sommes un parti libéral qui le clame haut et fort . Le libéralisme n’est pas qu’une philosophie économique, elle est surtout humaine. Donc la vie personnelle de gens ne concerne que ces gens-là. Chacun est libre de faire de sa vie ce qu’il veut, de choisir son partenaire.

Et la loi 52 ?

Nous pensons qu’il faut travailler plus cette loi parce que la condamnation faite aux jeunes ne changera pas grand-chose, au contraire elle fait beaucoup de dégâts. Beaucoup de jeunes sortent plus cassés, plus désespérés, donc on ne pense pas que cette loi est la meilleure solution. Nous les Démocrates nous sommes pour la légalisation du cannabis.

Nous avons des réserves concernant la loi 74
qui dit que le président de la République doit être musulman

Vous qui êtes un nouveau parti qui n’a pas encore eu son visa, avez-vous des réserves par rapport à la Constitution ?

Oui nous avons des réserves mais nous respectons cette Constitutions votée et approuvée. Nos réserves concernent essentiellement la loi 74 qui dit que le président de la République doit être musulman.

Concernant la femme, il a encore beaucoup de lois rétrogrades, par exemple pour l’héritage c’est discriminatoire et injuste. Nous œuvrerons pour que justice et égalité règnent.

Propos recueillis par Imene Boudali

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