Tunisie : La république en danger !?

Tunisie : La république en danger !?

Par -

Révolution (photo - france-culture)La Tunisie a fêté hier le 59ème anniversaire de la République. Celle-ci était venue mettre fin à un régime beylical déclinant et sans véritable ancrage au sein d’une population qui lui déniait toute légitimité surtout après la disparition de Moncef Bey, le seul Bey reconnu pour ses élans et ses convictions nationalistes.

La république rime avec régime démocratique où les institutions politiques tirent leur légitimité du corps électoral qui attribue la mission de gérer les affaires de la République à des élus porteurs d’un projet socio-économique déterminé qui a emporté l’adhésion populaire.

Or et durant une bonne cinquantaine d’années, la Tunisie n’a connu la démocratie que par intermittence, lors de moments historiques délicats où le régime devait lâcher du lest pour assurer son maintien.

Mis à part le coup d’Etat avorté de 1962 qui avait débouché sur un régime de parti unique, les autres crises vécues en Tunisie ont suscité l’espoir de voir notre pays s’engouffrer dans la démocratie.

L’obscurantisme et la crise de valeurs publiques

Malheureusement, celle-ci ne fut qu’une démocratie factice, de façade, et il a fallu attendre l’après 14 janvier 2011 pour voir s’y instaurer les prémices. La tenue d’élections libres à trois reprises ainsi que le développement de l’exercice des libertés publiques à l’instar de la liberté d’expression, d’association ou de réunion marque une évolution incontestable sur le chemin de la concrétisation de l’idéal démocratique dans notre pays.

Mais la république n’est guère encore à l’abri de retournements qui pourraient tout balayer et nous replonger dans l’enfer du monolithisme. Deux dangers réels guettent aujourd’hui la Tunisie : l’obscurantisme et la crise de valeurs publiques.

L’obscurantisme n’est point une illusion de l’esprit. Aujourd’hui, une large frange de la population, conditionnée depuis le 14 janvier par des campagnes religieuses menées par les partis religieux ou les associations qui leur sont liées organiquement ou spirituellement, s’est imprégnée des idées rétrogrades.

Le « compromis » sur le caractère civil de l’Etat n’est pas vraiment une conviction partagée entre toutes les composantes politiques du pays. Cela n’est, en fait, que provisoire et tactique pour les partis idéologiquement ancrés dans la religion. Leur politique par étapes de contrôler tous les rouages de l’Etat et de la société ne vise que l’instauration d’un régime de type islamique, aux antipodes de la démocratie.

La corruption, un sport national

Le second danger qui menace la république est l’état de délabrement avancé auquel est parvenu aujourd’hui la Tunisie. La république signifie le règne de la loi synonyme de bonne gouvernance, d’égalité et de justice entre tous les citoyens. Aujourd’hui, la Tunisie vit une crise sans précédent à ce niveau où les valeurs républicaines sont entrain de se perdre.

Plusieurs observateurs n’hésitent plus à la décrire comme une république bananière, où la corruption est devenue un sport national, le clientélisme un mode de fonctionnement, et le népotisme un comportement habituel avec la montée au créneau dans tous les domaines, politiques ou surtout économiques, des proches des hommes politiques, toutes tendances confondues !

C’est cette image que présente la Tunisie aujourd’hui. Un sursaut national qui vise à la redresser et à instaurer les véritables valeurs démocratiques est plus que jamais nécessaire. Mais, on semble tellement loin du compte que les nuages risquent d’assombrir encore davantage le paysage…

L.L.

Commentaires:

Lisez Aussi Sur Webdo