Tyrant, la fiction qui s’inspire de la réalité tunisienne

Tyrant, la fiction qui s’inspire de la réalité tunisienne

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TYRANT

Le 6 juillet dernier a été diffusé le premier épisode de la saison 3 de la série américaine Tyrant (Tyran).

Cette série est supposée se dérouler dans un pays arabe imaginaire Abuddin.
Un pays à la merci d’un dictateur capricieux et sanguinaire, un peuple qui souffre, qui réclame plus de libertés et qui commence à se révolter. Et enfin une occupation par des terroristes islamistes extrémistes appelés «Caliphat», et qui sont la copie conforme de Daech.

Ce dictateur Jamel (Ashraf Barhom) a un frère, Bassam (Adam Rayner) qui a vécu 20 ans aux USA et y a fondé une famille. La première saison commence d’ailleurs par le retour de Bassam à Abuddin.

Un événement qui rappelle étrangement
ce qui s’est passé avec Mohamed Bouazizi

Lors des deux premières saisons, les faits relatés empruntent beaucoup à l’actualité et à la situation de divers pays arabes. En fait, c’est un mélange de faits survenus dans plusieurs pays, par exemple dans l’un des épisodes on a même parlé d’un événement qui rappelle étrangement ce qui s’est passé avec Mohamed Bouazizi en Tunisie.

La deuxième saison s’achève avec la victoire des résistants, menés par Bassam, sur les «Caliphat». Ces résistants, avec l’aide de l’armée avaient pu se débarrasser de ces extrémistes et libérer leur pays. Ce qui a donné les moyens à Bassam d’exiger l’abdication de son frère.

Il était prévu que ce dernier annonce cela au peuple lors d’une allocution télévisée, mais bien-sûr il n’a pas tenu parole. Mais lors de cette émission télévisée, on tirera sur Jamel.

La même feuille de route que la Tunisie

Débute la saison 3, Jamel est à l’hôpital. Même s’il s’en sortait vivant, il garderait des séquelles qui ne lui permettront plus de gouverner. Avec l’aide des Américains et de l’armée, Bassam est désigné Président par intérim, le temps de préparer des élections. Commence donc une période de transition démocratique. Ce premier épisode ressemble étrangement à ce qui s’est passé en Tunisie.

Bassam va décider de fixer les élections dans un délai de 6 mois. Il décide aussi de libérer tous les opposants qui se trouvaient en prison, y compris les islamistes, il annonce qu’il prévoit une amnistie générale, il associe les divers anciens opposants au nouveau gouvernement et annonce qu’il ne se présentera pas aux prochaines élections. En fait, presque la même feuille de route que la Tunisie en 2011.

Une Instance de la Vérité et de la Dignité

Bassam va aussi créer un Comité des Elections auquel prendront part tous les courants : islamistes, sécularistes, proches et opposants de l’ancien régime et du dictateur Jamel. Ce comité des élections sera-t-il une sorte d’Instance Supérieure Indépendante pour les élections (ISIE) ou une sorte de Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique ? Les prochains épisodes nous le diront.

Bassam va aussi créer une Instance de la Vérité et de la Dignité. Oui, oui, elle s’appelle vraiment ainsi dans la série. Exactement comme en Tunisie. Bassam le dit d’ailleurs clairement, c’est en étudiant le cas de la Tunisie qu’il a pris cette décision.

Bassam pense qu’il faut mettre fin au cycle des vengeances. Cette instance traitera des dossiers de tous les méfaits et injustices commis lors de la période de la dictature, y compris la période de règne du père. D’après lui, connaitre la vérité permettra de comprendre et ensuite de pardonner. La réconciliation est meilleure que la vengeance, a-t-il dit !

Khaled Abol Naga Hussein Al-Qadi
Khaled Abol Naga dans le rôle de Hussein Al-Qadi
Une femme à la tête de l’IVD

Cette instance sera présidée par une ancienne militante, Dalyah (Melia Kreiling), la « mère de la révolution ». Encore une coïncidence? Une femme à la tête de cette instance?

La nouveauté de cette nouvelle saison est l’apparition d’un islamiste modéré. Cet islamiste, Sheikh Hussein Al-Qadi, (Khaled Abol Naga), est annoncé comme étant un personnage qui va représenter le vrai islam pacifique et miséricordieux.

Islamisme modéré. Terme cher aux occidentaux. Existe-t-il un islamisme modéré? Cet islamisme supposé modéré sera-t-il à l’image du parti tunisien Ennahdha? Ou est-ce que tout simplement les auteurs de la série ont voulu répondre aux diverses critiques et polémiques qui déplorent la mauvaise image que renvoient les islamistes du «Caliphat» et qu’ils ont voulu montrer un autre islam à l’opposé de l’islam violent et stéréotypé que connaissent les spectateurs américains?

Une parodie des pays arabes?

Ce Sheikh Hussein Al Qadi est-il vraiment modéré? Dès ce premier épisode, on le voit critiquer la démocratie et déplorer qu’Abuddin se soit éloignée de la loi de Dieu pour obéir à celle de l’homme, et ironiser en disant que certains appellent cela le progrès!

Il y a eu polémique au sujet de cette série. Certains lui ont reproché d’être une parodie des pays arabes, une caricature forcée et raciste. Possible, oui. Mais pas évident. Parfois, nous arabes, devrions nous regarder un peu dans un miroir. Nous y découvririons des choses qui ne nous plairaient surement pas.

Le rôle de l’Amérique

Un autre sujet polémique concerne le rôle de l’Amérique. Bassam, l’arabe américanisé est celui qui va essayer de sauver le pays. C’est dommage. La série aurait été plus crédible sans cela. Il n’y avait aucun besoin que Bassam ait vécu 20 ans aux USA pour qu’il soit «démocrate» et patriote !

L’Amérique est très présente à Abuddin. Ce sont les américains qui soutiennent Bassam, qui lui ont conseillé d’assurer l’intérim avant que d’autres puissent s’accaparer le pouvoir laissé vaquant par l’attentat contre Jamel, l’aident…

Ce premier épisode s’achève d’ailleurs avec l’arrivée du Général William Cogswel (Chris Noth) qui sera le conseiller de Bassam. Les Américains vont-ils vraiment aider à instaurer la démocratie et à faire valoir la volonté du peuple quelle qu’elle soit ou vont-ils supporter l’islamise «modéré»?

Comment est-ce que la série va évoluer? S’inspirera-t-elle encore de la Tunisie ou prendra-t-elle un chemin différent?

Neila Driss

 

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