Fatigués de naissance…

dormirTunis Hebdo | «Un bon croquis vaut mieux que mille discours », disait Napoléon Bonaparte. Le chiffre effrayant des journées de travail perdues au cours de l’année écoulée (2 millions 700 mille journées) se passe de tout commentaire.

Il en dit long sur le rapport peu amène qu’entretient le Tunisien avec son activité professionnelle et l’effort en général. Fatigué comme on dit, peu enclin à faire carburer le corps et la cervelle, il n’a qu’un souhait : mener une vie calme et paisible comme un long fleuve tranquille.

Le culte de l’effort qui, chez d’autres peuples, est érigé en système de comportement, fait, hélas, chez nous cruellement défaut. Le gain facile, fût-il illicite, a supplanté le dévouement pour le travail bien fait et la sueur du front.

Tout un ordre moral et civique semble évacuer nos murs et foutre le camp. En témoignent les conclusions peu reluisantes de plusieurs enquêtes internationales, menées ces dernières années sur notre pays, dont celle de l’institut «Gallup».

Selon celle-ci, qui a coiffé 142 pays, les Tunisiens sont «les plus désintéressés à leur travail par rapport aux pays du Moyen-Orient et du Nord de l’Afrique», avec «54% de Tunisiens qui détestent leur travail ».

Une telle déduction ne nous paraît nullement exagérée. Rien ne l’illustre mieux du reste que ce formidable gâchis et cette immense pagaille qui perturbent profondément depuis la «révolution» tous les secteurs d’activité et les empêchent de «tourner».

Les débrayages sauvages, les sit-in à répétition, les revendications intempestives, les sabotages voire les pillages d’un grand nombre d’entreprises ont profondément grevé une économie qui vivotait déjà et fait fuir, loin de nos rivages, les investisseurs étrangers.

Devant l’ampleur des dégâts, un grand nombre de nos opérateurs nationaux ont été contraints de geler leurs activités. D’autres ont délocalisé. D’autres ont fermé boutique et mis la clé sous le paillasson.

Nous mettons généralement la responsabilité de ce gâchis sur le dos du Pouvoir et de la Centrale patronale, «sourds» aux revendications «légitimes» des travailleurs. Mais nous nous gardons de mentionner notre propre responsabilité d’ouvriers par le bras ou le cerveau, tout aussi impliqués dans cette déconfiture économique.

Tous les travailleurs sans exception, y compris les plus hauts cadres de l’Etat dans tous les secteurs (médecins, ingénieurs, enseignants…) qui n’ont pas hésité à descendre dans l’arène et à hurler avec les loups.

D’autres pays ont vécu des crises politiques très longues, dépourvus de gouvernement (comme l’Italie et la Belgique), cela n’a pas empêché l’Etat de demeurer debout. Et le système de continuer à rouler. Chaque ouvrier, chaque employé, chaque responsable a continué à accomplir normalement son devoir, voire à redoubler d’effort.

Des nations sorties des décombres, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, à l’instar de l’Allemagne et du Japon, sont parvenues à accomplir des progrès fantastiques et à rejoindre le camp des superpuissances en moins de trois décennies.

Le secret de cette formidable percée réside dans la foi de ces peuples en le Travail en tant que Valeur libératrice et moteur de progrès. Pour reconstruire leurs pays réduit en cendres, l’Allemand comme le Japonais ont dû trimer dur en travaillant jusqu’à 14 heures par jour, 360 jours l’an, bannissant de leur lexique les termes de grève, manif, débrayage, sit-in et tout ce qui peut perturber cet effort, ou, pire, le bloquer.

Aujourd’hui encore, et malgré la fabuleuse avancée enregistrée dans pratiquement tous les domaines, ces deux pays ont supprimé nombre de jours fériés pour renforcer la cadence et le volume de production nationale. Enfoncés dans nos débrayages sans fin, nous croyons rêver !

C’est cette mentalité qui a manqué jusqu’ici aux Tunisiens, et qui leur manquera probablement encore longtemps. Dans les pays évolués, le Travail est perçu comme une Valeur et comme une Culture.

Chez nous, il n’est qu’une source de lucre pour assouvir nos besoins. Toute la différence est là. L’UGTT assume à cet égard une responsabilité particulière. En tant que structure d’encadrement et de mobilisation des travailleurs, et en tant que partenaire essentiel de l’action de développement, son devoir est d’aiguiser les ardeurs et de concourir à l’ancrage de la culture de l’effort dans les comportements et les mœurs.

Se confiner dans un rôle strictement revendicatif, comme elle le fait jusqu’ici, alors que le pays est sur les rotules, sied mal à une Organisation à la réputation nationaliste légendaire.

L’UGTT devrait être la première à dénoncer, voire à sanctionner ces abus d’absences arbitraires dans les différends secteurs, qui font perdre à la nation près de… 3 millions de journées de travail par an…

Tahar Selmi

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