Ce que nous enseigne le scandale de Sousse…

Ce que nous enseigne le scandale de Sousse…

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enfants mendiantsTunis Hebdo | L’image insouciante et joyeuse que nous nous faisons de l’enfance tunisienne occulte souvent la réalité. Une bonne partie de ces êtres fragiles et sans défense vivent des drames intérieurs, lourds à supporter. L’ignoble et retentissant scandale qui vient de secouer la ville de Sousse, «émeraude du Sahel», voire toute la Tunisie, donne une idée assez claire du destin cruel que ces enfants endurent par milliers.

Miséreuse, livrée à elle-même, écumant les rues en quête de quelques sous pour se nourrir et subsister, cette catégorie de notre société représente une proie facile à tous les abus. Y compris, et peut-être même en premier lieu, l’abus sexuel ; un crime horrible qui détruit la personnalité de la victime et la ravale à la pire condition de l’humiliation. De nombreux zigotos sans foi ni loi en profitent pour tirer le maximum de ces jeunes créatures qui n’osent ni rouspéter ni résister.

Des monstres comme celui de Sousse, il en existe en pagaille dans notre cher pays. Il suffit de parcourir, régulièrement, ne serait-ce qu’à vol d’oiseau la presse nationale pour s’en convaincre. Mais le phénomène peut être encore plus grave quand ce genre de forfait se métamorphose en une véritable «industrie» du sexe, avec boss, comptoirs et démarcheurs autochtones, s’il vous plaît !

Une récente étude de l’UNESCO a dévoilé l’existence de réseaux clandestins, très organisés, parfois même agissant à ciel ouvert sous un masque humanitaire, opérant dans les pays du Sud –Afrique du Nord comprise–, souvent avec la complicité de certaines agences de voyage. Nous ne disposons pas d’informations fiables sur cet aspect de la question, mais qui peut affirmer, sans être démenti, que bon nombre de nos enfants ne figurent pas parmi les «esclaves» de ces réseaux de la honte.

Il existe bien des lois dissuasives dans le Droit international et les différentes législatives nationales dont celle de la Tunisie, qui condamnent «sévèrement» la prostitution des enfants. Mais elles sont loin d’être appliquées. Les responsables de certains Etats du Sud, pour sauvegarder «l’image de marque» de leur pays, nient l’existence de l’exploitation sexuelle des enfants.

Les fonctionnaires qui sont chargés de respecter le règlement ferment les yeux sur les violations, souligne l’étude de l’UNESCO. Quant aux enquêteurs, ils sont, eux, constamment en butte aux menaces de ceux qui participent à ce crime organisé ; car ces derniers ont peur que ce commerce, si rentable, leur échappe. Les gouvernements, qui ont un besoin pressant de devises et cherchent à encourager le tourisme (national), ne pipent mot, non plus.

La prostitution enfantine n’est pas le seul danger auquel sont confrontés les enfants de la rue. Il y a un autre péril auquel nous ne prêtons pas encore suffisamment attention, mais qui risque d’être aussi néfaste, voire : le risque de servir de cobaye dans d’autres filières planétaires.

Des réseaux tissés par des mafias rapaces à travers le monde et spécialisés dans la vente d’organes humains, s’activent discrètement dans tous les pays du tiers-monde sans exception, où ils raflent à l’aide de suppôts locaux, cette enfance abandonnée. Les enquêtes levant le voile sur cette pratique sont légion. Il suffit de consulter Dame Internet pour se convaincre de l’essor fantastique enregistré par ce commerce, dont le Sud est le principal fournisseur.

A l’instar de leurs aînés adolescents, qui sont partis, nombreux, combattre au Moyen-Orient, il faut craindre que nos jeunes, en bas âge, ne soient enrôlés, à leur tour, de gré ou de force, dans les expéditions jihadistes. Pauvres, faméliques, séparés de leurs familles, déplacés, orphelins, physiquement vulnérables, faciles à intimider, ils obtempèrent et ne peuvent rien refuser, quitte à être jetés dans les brasiers militaires.

L’Etat tunisien est-il conscient de ces dangers qui le menacent dans ce qu’il a de plus précieux : son enfance, garante de sa pérennité et de son invulnérabilité ? –Difficile à dire. Quand on sait, aujourd’hui, que notre «petit» pays est le plus «grand» fournisseur de Jihadistes dans le monde, que la drogue circule de nos jours (presque) librement dans les écoles, que les consommateurs de «ZATLA» écument les prisons et que la jeunesse instruite bat le pavé, on ne peut qu’être pessimiste face aux discours les plus grandiloquents…

Tahar Selmi

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