Tavernes et cabarets dans le Tunis du 17e siècle : Et déjà la kémia à gogo !

sabaghine

Des documents historiques retrouvés par l’universitaire Ahmed Saadaoui révèlent qu’au début du dix-huitième siècle, les deux premiers beys husseinites, Hussein Ben Ali et Ali Pacha, ont fait détruire un nombre important de tavernes et de cabarets dans le Tunis de l’époque qui en regorgeait.

Haro sur « les lieux de débauche »

Ainsi apprenons-nous que Hussein Ben Ali a fait fermer trois tavernes dans le quartier des Teinturiers (Sabaghine) et deux autres dans le quartier des Selliers (Sarajinne). Quant à Ali Bey, il fit fermer deux tavernes dans le Quartier franc, près de Bab Bhar, et une troisième à la rue Dabdaba à la Kasbah.

Cette série de fermetures intervenue au début du dix-huitième siècle démontre le nombre de ces tavernes et cabarets et nous apprend aussi qu’à chaque fermeture, c’était un édifice à caractère religieux qui venait remplacer le « lieu de débauche ».

Taxes et pots de vin

Ces tavernes et cabarets de l’époque, devenus nombreux au dix-septième siècle, étaient surtout tenus par des captifs chrétiens, retenus dans des bagnes à Tunis et qui étaient autorisés à s’adonner à ce type de commerce.

Pour ce faire, ils devaient payer une taxe aux autorités et aussi donner une part de leur revenue à leur maître. Ne perdons pas de vue que ces captifs avaient un statut d’esclaves et attendaient d’être rachetés.

Toutes les communautés y étaient

Tous ces lieux de plaisir étaient disséminés dans la médina et surtout fréquentés par des membres des communautés chrétienne et juive quoique Saadaoui rapporte que « certains musulmans, dont notamment des princes et même des théologiens » comptaient parmi les clients. On y voyait aussi des corsaires ou des janissaires qui « bien que l’usage du vin leur soit expressément défendu » étaient des assidus.

Kémia d’autrefois

Anecdote savoureuse : dans le Tunis de l’époque, on servait déjà la kémia! C’est le récit de Jean Thevenot, voyageur français, qui nous l’apprend en ces termes: « La coutume est que si vous allez dans un cabaret et que vous demandez une chopine de vin, ils vous servent du pain et trois ou quatre plats de viande ou de poisson, avec salades et autres choses semblables, et quand vous sortez, on ne vous compte que le vin ».

A l’abri des remparts

Toutes ces tavernes, tous ces cabarets, se trouvaient intra muros à l’abri des remparts de la ville de Tunis dans les années 1660. On peut imaginer que les rixes étaient nombreuses mais l’ivresse tolérée dans l’enceinte d’une ville cosmopolite. A votre santé !

H.B.

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