Un voisin indésirable (*)

Tunis Hebdo | Personne ne sait comment il a pris place dans notre immeuble, mais on l’a trouvé, un beau jour, occupant –à l’insu de notre gardien– un appartement où d’habitude vivait un paisible vieillard aimé par tout le monde.

Lui était, par contre, du genre voyou, cynique et sans scrupules. Avec son installation dans notre immeuble, commença une ère infernale pour tous les copropriétaires.

Tout d’abord, il y eut une longue guerre pour le déloger, mais ce type, rusé et diabolique, a fait valoir auprès des tribunaux une vague histoire d’héritage qui a semblé convaincre les juges, malgré plusieurs points d’ombre et des arguments peu solides.

Ensuite, vint la période des provocations. Fort de sa victoire juridique sur les habitants de l’immeuble, notre indésirable voisin se mit à les narguer et à user de tous les moyens pour leur empoisonner l’existence : tapage nocturne, menaces, agressions verbales et physiques… Il se permit même l’extension de son appartement au détriment de celui d’un voisin parti en vacances.

Certains copropriétaires se sont alors plaints auprès des autorités compétentes, mais aucune suite ne fut donnée à leurs plaintes, notre «voisin» ayant apparemment des liens plus que solides avec des fonctionnaires influents.

Les habitants de l’immeuble se résignèrent alors à vivre, malgré eux, avec ce voisin insupportable, tout en feignant de l’ignorer superbement. Le boycottage était de mise, mais cela n’empêchait pas l’éclatement, de temps à autre, d’escarmouches avec l’intrus, sans grands résultats du reste.

Face à cet isolement, il décida de changer de tactique. Il essaya alors de s’attirer la sympathie de certains voisins, et malheureusement pour nous, y réussit, semant par la même occasion, la zizanie entre les copropriétaires.

D’ores et déjà, une brèche était ouverte dans les rangs de ces derniers, et il lui suffisait donc de s’y faufiler.

Et notre voisin, tant haï, nous proposa un jour de devenir ses amis. Il nous invita même à prendre le café dans son appartement et proposa, en contrepartie, de nous rendre visite un à un.

En un premier temps, sa proposition me séduisit (je suis un homme pacifiste après tout), mais quelque chose de plus fort que moi m’empêcha de tendre la main à cet individu. Il est certes mon voisin, mais je ne peux pas devenir son ami. Ce n’est pas l’avis de plusieurs autres copropriétaires qui ont scellé avec lui une paix pas très honorable, parce que imposée par la force et la ruse.

Encouragé par ce recul, notre méchant voisin s’en prend aujourd’hui à ceux qui, dans l’immeuble, n’ont jamais voulu de lui, et il leur mène la vie dure, en montant les copropriétaires les uns contre les autres.

Mais quoi qu’il fasse, quoi qu’il manigance, il restera toujours dans notre immeuble une poignée d’irréductibles qui continueront à dire non à cet intrus indésirable.

Adel LAMHAR


 

(*) A l’occasion de la journée de la Terre (30 mars 2016).

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