Carnets parisiens – Tous les chemins mènent au Bataclan…

paris2Paris – Le temps semble avoir suspendu son vol et tous les chemins mener au Bataclan… Par une pluvieuse journée d’automne, j’ai retrouvé Paris que j’ai arpenté de la Bastille à Belleville, à la recherche d’un frémissement français qui conjurerait la violence aveugle qui s’est abattue sur la ville-lumière, ma capitale de cœur et de raison…

Golgotha virtuel et sanglant chemin de Damas

La veille, j’appréhendais mon arrivée, redoutais des contrôles musclés à l’aéroport, me demandais si je serais victime d’un quelconque délit de faciès ou autre dérapage. Rien de tout cela. Dans la douleur, la France sait rester digne, plurielle, fraternelle, même si les extrêmes de tous bords grondent de plus en plus fort.

Dans mon esprit, il fallait que je suive une sorte de Golgotha virtuel, un sanglant chemin de Damas, à la mémoire de ceux qui sont tombés sous les balles et les bombes de l’ennemi commun, de ce fascisme entre noir et vert qui jonche de cadavres sa descente aux enfers et souille l’islam et l’humanité de son innommable violence.

paris3Je suis arrivé le jour d’après, alors qu’à Saint-Denis, des scènes de guerre donnaient la réplique à ce que j’ai ressenti, dès les premiers instants, comme un Pearl Harbor français, à cause de la lâcheté des agresseurs et leur dérisoire triomphe.

A ma descente d’avion, quelqu’un me donne une tape amicale sur l’épaule, je me retourne: c’est le visage ami de Azza Filali que je reconnais. Le hasard nous a mené au même moment, vers la même ville. Je ne sais si j’avais trouvé les mots qu’il fallait pour lui dire ma détresse, ma quête, mon chemin vers la rédemption…

La peur et le vacillant royaume

Après Roissy, le bus me mène vers Montparnasse… Il y a exactement huit passagers. On me dira plus tard que les Parisiens avaient préféré leur propre voiture aux transports en commun, pour conjurer la peur et puis comme on dit, on ne sait jamais.

paris-noir-blancMe voici en ville, enfin. Je me précipite vers un bus, direction Châtelet. Encore une fois, peu de passagers par rapport à d’habitude. De la fenêtre, j’observe les trottoirs. Vides ou presque, avec de temps à autre, des patrouilles de soldats armés qui avancent par groupes de trois.

La ville m’ouvre enfin les bras, je débarque à Saint-Paul et me presse à mon rendez-vous. L’idée, c’était d’aller écouter le clarinettiste David Crakauer à la Cigale. Mais il fallut vite déchanter, le concert avait été reporté. comme un grand nombre de représentations artistiques à Paris.

Tentant de nous rabattre, avec mes amis, sur l’Auditorium de la Villette, nous trouverons, comme un peu partout, des portes closes.

Le deuil, l’espoir et la résistance

La ville était en deuil, mais un deuil de joie mystique, un deuil sans deuil comme les soufis mangent du pain sans pain. Les Parisiens meurtris cherchaient des raisons de croire, enfilaient des armures de résistance, comptaient morts et blessés dans une litanie macabre. Qu’auraient dit Prévert, Trénet ou Gainsbourg s’ils avaient été là?

metropolitainJe me le demande tout en marchant de lieu en lieu, arrivant enfin près du Bataclan, quelques fleurs, une bougie et un livre d’Hemingway à la main. Comme pour une Toussaint tardive, je dépose mes offrandes au milieu d’un autel multicolore.

Puis, je me recueille à la mémoire de celles et ceux qui auraient pu être mes propres enfants et que l’internationale de la terreur a cueilli au printemps de leurs vies.

Comme dit la chanson, les fleurs mortes se ramassent à la pelle, ainsi que ma douleur et ma peine, faut-il que je m’en souvienne… (A suivre)

H.B.

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