Festival de Carthage : Discorde et hypothèques sur le spectacle d’ouverture

Festival de Carthage : Discorde et hypothèques sur le spectacle d’ouverture

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OuleyaDoit-on penser que la direction du Festival international de Carthage a fait preuve d’amateurisme en programmant un spectacle d’ouverture sans s’assurer que tous les indicateurs étaient au vert ? Doit-on plutôt déplorer une énième tempête dans un verre d’eau due à des contrats mal négociés ?

Le fait est que des problèmes inattendus mais prévisibles viennent de surgir à propos du spectacle « Dhalamouni Habaibi », une opérette consacrée à la légendaire diva Oulaya, celle qui fut la célèbre « Fatat el Manar », avant de devenir la star la plus adulée des années 70.

Oulaya toujours dans nos cœurs

L’année 2015 coïncide avec le 25ème anniversaire de la disparition prématurée de Oulaya en 1990. De la sorte, le spectacle conçu par Abdelaziz Maherzi pour rendre hommage à cette grande artiste tombe à point. Mieux, cette célébration de Oulaya devrait se faire sur fond de festivités autour du 60ème anniversaire de la Troupe de la Ville de Tunis, productrice de ce spectacle.

Avec un casting de qualité, une intervention au niveau des arrangements musicaux de Lotfi Bouchnak et Mohsen Materi, ce spectacle qui devrait ouvrir Carthage 2015 promet monts, merveilles et communion. Seulement, dans l’effervescence et l’enthousiasme de la création en cours, il semble que les dispositions concernant les ayant-droits de Oulaya aient été prises à la légère.

Surpris, les héritiers de Oulaya déplorent…

En effet, les héritiers de la grande artiste tunisienne s’estiment lésés dans leurs droits par la production de ce spectacle et s’apprêtent à faire valoir ces droits en entamant des démarches légales auprès du producteur du spectacle et l’organisateur de la première représentation, en l’occurrence le Festival international de Carthage.

La pomme de discorde provient, selon la famille de Oulaya, de l’absence d’un contrat en bonne et due forme entre les ayant-droit de la chanteuse et le producteur du spectacle. En effet, selon notre source, les héritiers considèrent que leurs droits n’ont pas été préservés et qu’ils se considèrent surpris par la tournure prise par les événements.

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Un retour en arrière s’impose pour comprendre l’imbroglio actuel et les conséquences juridiques qui pourraient en découler.

C’est en 2009 que la famille de Oulaya a été, selon notre source, approchée par la comédienne Kaouther Bardi, agissant au nom de K.O Productions, afin de créer une œuvre en hommage à Oulaya. Le volet musical de cette œuvre devait alors être confié à Houcine Mahnouche.

Les héritiers de Oulaya, après avoir négocié leurs droits plutôt moraux que matériels, ont alors signé un contrat avec Bardi et sa société de production. Seulement, le spectacle ne sera jamais produit… Six ans plus tard, le dossier concernant cette création revient au devant de la scène, à la grande surprise des ayant-droit.

En effet, c’est sur la base du contrat antérieur, signé en 2009 sur des bases symboliques, que la production de ce spectacle Oulaya est maintenant envisagée. Ce à quoi les héritiers s’opposent, considérant que la nature du contrat les liant à Kaouther Bardi a radicalement changé.

Une convention de 2009 ne peut être opposable en 2015

En effet, les héritiers de Oulaya considérent que le contrat de 2009 ne les engage plus et que, de toutes les manières, il ne s’est jamais agi dans cette convention de troupe de la ville de Tunis ou de festival de Carthage.

De plus, de source juridique, l’utilisation en ces nouveaux termes du contrat cité pourrait s’apparenter à une manœuvre dolosive qui, dans tous les cas, lèse les héritiers de Oulaya, détenteurs légitimes et légaux du patrimoine de leur ascendante.

N’ayant jamais signé quoi que ce soit en faveur de la Troupe de la Ville de Tunis ou du Festival de Carthage, ils se considèrent en droit de demander des comptes à ces deux institutions, en allant jusqu’au bout des possibilités que leur donne la loi. De plus, la convention de 2009 serait selon eux caduque dans tous les cas de figure et, dans cette optique, Bardi ne peut nullement s’en prévaloir.

La fragilité des droits des auteurs

Ceci dit, la famille de Oulaya ne voudrait pas être poussée dans ses derniers retranchements. En effet, à l’unisson, les héritiers de la cantatrice affirment leur désir et leur honneur de voir ce spectacle intitulé « Dhalamouni Habaybi » prendre son essor.

D’ailleurs, l’une des petites filles de Oulaya figure au casting, ce qui souligne qu’il n’existe pas une opposition de principe mais une volonté de préserver les droits moraux et matériels de la famille de tout abus. En clair, c’est à une véritable convention actualisée en fonction du contexte que les héritiers de Oulaya donnent leur faveur.

Il s’agit donc bel et bien d’une question de considération et de respect. Et, il ne fait aucun doute que les artistes à l’origine de cette œuvre dont on dit le plus grand bien ont le soutien des héritiers de la diva disparue.

Alors que s’engagent des procédures juridiques, signe de discorde évident, il s’agit pour toutes les parties prenantes de clarifier leurs relations contractuelles afin que nul ne soit lésé et que le public puisse retrouver l’écho toujours vivant de Oulaya.

Le précédent de Mahmoud Messadi face au Théâtre national

Ce quiproquo souligne, par ailleurs, la fragilité des droits d’auteur en Tunisie et les difficultés qu’ont de nombreuses familles d’artistes à défendre le patrimoine moral de leurs parents, souvent peu considéré voire pillé sans vergogne.

Toutefois, dans ce domaine précis, il existe bel et bien une jurisprudence, établie par Mahmoud Messadi contre le Théâtre national tunisien. Il s’agit, rappellent nos sources juridiques, du conflit ayant opposé Messadi à Mohamed Driss, suite auquel l’écrivain était parvenu à arrêter la production d’un spectacle adapté de « Haddatha Abou Houraira ».

A l’époque, le spectacle avait finalement été produit sous le titre « Haddeth » et toute mention à l’œuvre de Messadi avait été supprimée par décision légale.

Dès lors, il importe de lever toutes les hypothèques qui pèsent sur le spectacle « Dhalamouni Habaibi » pour que nous ne nous retrouvions pas dans l’impasse.
Sans nul doute, la raison et le respect des droits de chacun finiront par prévaloir…

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