« Le conflit est libyen, laissons les Libyens gérer leur bordel » dixit Néji Jalloul lors d’un débat sur le terrorisme

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David Thomson, Jack Lang, Radhi Meddeb et Néji Jalloul

Au cours des Journées de Tunis organisées par le magazine français l’Obs, ces lundi 15 et mardi 16 juin au Palais des Congrès, divers débats ont été animés.

La question du terrorisme a été abordée dans un débat nommé « La Tunisie et ses voisins : menaces et soutiens », modéré par le cofondateur du pure-player français Rue89, Pierre Haski, en présence du ministre de l’Education, Néji Jalloul, l’ancien ministre de la Défense français, Hervé Morin, le président de l’IPEMED (Institut de prospective économique du monde), Radhi Meddeb et le journaliste reporter français de RFI, David Thomson.

Algérie et Libye : menace ou soutien ?

La situation actuelle de la Tunisie face au terrorisme a longuement été abordée au cours de ce débat. Divers avis ont divergé sur la question. Comme l’intitulé du débat l’indique, les menaces terroristes ont été mentionnées ainsi que les divers soutiens qui peuvent être apportés par différents pays voisins.

Les avis divergent concernant l’Algérie et la Libye, voisins frontaliers de la Tunisie ; en effet, certains les suggèrent comme un soutien et d’autres comme une menace.

[quote_box_center]Béji Caïd Essebsi, dans la plupart de ses interviews, pointe la responsabilité de la Libye dans la situation instable au niveau de la sécurité en Tunisie, mais comme avec l’Algérie on peut se dire que la Tunisie est une menace pour la Libye au même titre que la Libye est une menace pour la Tunisie, a souligné le reporter français David Thomson.[/quote_box_center]

En effet, ce dernier a rappelé que le premier contingent du corps étranger en Libye n’est autre que la Tunisie, en indiquant que tous les attentats-suicides depuis la création de la branche libyenne en novembre dernier sont perpétrés par des Tunisiens. Rappelons que ces derniers mois, entre 10 et 15 attentats-suicides ont été commis par des Tunisiens en Libye.

[quote_box_center]On parle beaucoup de la Libye comme un facteur de déstabilisation, mais la Tunisie est un facteur de déstabilisation pour la Libye aussi, a-t-il ajouté.[/quote_box_center]

La Libye malmenée et l’Europe défendue

Le président de l’IPEMED, Radhi Meddeb, insiste quant à lui sur le cercle de voisinage de la Tunisie, important dans cette lutte contre le terrorisme. « Le voisinage pour nous en Tunisie ne se limite pas à nos premiers voisins géographiques, on ne choisit pas la géographie, on l’a subit. »

En effet, l’Algérie et la Libye ne sont pas les seuls voisins de la Tunisie, et le pays peut compter sur le soutien de l’Europe. Selon Radhi Meddeb, l’Europe est un soutien essentiel à la Tunisie.

[quote_box_center]Notre destin est amarré au destin européen. Le destin de la Tunisie et de l’Europe est commun. Toutefois, la stabilité de l’Algérie c’est notre stabilité et la paix en Tunisie est directement liée à la paix et la sécurité de l’Algérie, a indiqué Radhi Meddeb.[/quote_box_center]

Nombreux lors du débat s’accordent sur le fait que la véritable menace vient de la frontière Est de la Tunisie, à cause d’une émergence de milices organisées. « La grande menace pour la Tunisie vient essentiellement de la Libye », a insisté Néji Jalloul.

Par ailleurs, des craintes sont mentionnées concernant le soutien de l’Europe par l’ancien ministre de la Défense, Hervé Morin. Ce dernier est convaincu que de nombreuses puissances européennes ne seront pas impliquées avec la Tunisie dans la lutte contre le terrorisme.

[quote_box_center]Ce que je crains pour la Tunisie, comme dans tous les lieux de crise, c’est que l’Europe ne soit pas capable de construire une réponse. Il y a des pays pour lesquels traverser la Méditerranée c’est du domaine de l’impossible, je pense en premier lieu aux allemands. Le risque que nous avons, c’est que la France soit seule face à des Européens qui n’ont pas la volonté de construire une réponse politique et militaire.[/quote_box_center]

« Il faut regarder en face la réalité de la Tunisie aujourd’hui, il y a une forme de déni ici »

Lors du débat, une opposition a été très rapidement marquée entre le ministre de l’Education, Néji Jalloul et le journaliste français, David Thomson. L’un pense que les forces sécuritaires tunisiennes ne sont pas capables de faire face à un tel enjeu et que la Tunisie est dans le déni, l’autre considère plutôt qu’elles ont fortement avancé et démontré leur capacité à lutter contre le terrorisme.

[quote_box_center]Il me paraît clair aujourd’hui que les forces de sécurité tunisiennes ne sont pas capables de faire face à l’enjeu. On est au début de ce phénomène terroriste puisqu’on a plusieurs milliers de combattants formés, aguerris qui sont à des postes très importants de l’Etat islamique, qui sont aujourd’hui à l’étranger, en Syrie, en Irak, en Libye et même au Mali, et qui vont revenir [en Tunisie], a constaté David Thomson.[/quote_box_center]

[quote_box_center]Je pense qu’on est en période de vaincre le terrorisme, tous les ingrédients montrent que la Tunisie est en train de vaincre le terrorisme, mais ça va durer des années. Je pense que la menace terroriste est derrière nous, a remarqué Néji Jalloul.[/quote_box_center]

Pour soutenir ses propos, David Thomson a rappelé les pertes tunisiennes lors d’affrontements avec les terroristes depuis l’apparition du maquis djihadiste à la frontière algérienne en novembre 2012.

« Aujourd’hui, pas un mois ne se passe sans que des forces de sécurité tunisiennes soient tuées sur le sol tunisien avec des accrochages djihadistes. »

Pour le ministre de l’Education, la Libye est le réel problème de la Tunisie, et pour que le pays s’en sorte, il ne faut pas qu’il s’immisce dans le conflit libyen. Il a par ailleurs employé des termes marquants pour insister sur la responsabilité libyenne.

[quote_box_center]La Tunisie n’a pas les moyens d’intervenir en Libye. Laissons les Libyens gérer leur bordel. Dans la lutte contre le terrorisme, l’armée est en train de contre-attaquer les groupes djihadistes, à condition qu’on ne s’enfonce pas dans le conflit libyen, a souligné le ministre de l’Education.[/quote_box_center]

Laure-Hélène Bonenfant

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