Des rappeurs tunisiens évoquent leurs difficultés : « Les droits d’auteurs ça n’existe...

Des rappeurs tunisiens évoquent leurs difficultés : « Les droits d’auteurs ça n’existe pas »

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Vipa et le « Bike Sound system »| WEBDO.tn | Elodie Potente
Pas de droits d’auteur, une diffusion qui passe principalement par internet et les réseaux sociaux, la vie des rappeurs tunisiens n’est pas toujours facile. Pourtant ces jeunes passionnés tentent de faire vivre leur musique.

DEBO c’est un collectif d’artistes tunisiens regroupant rappeurs, mixeurs, réalisateurs, cadreurs, Bboys, ingénieurs du son ou compositeurs. Créé il y a deux ans, le collectif met tout en œuvre pour que l’art puisse vivre et émerger, comme rapporte Kaïs alias Vipa, rappeur au sein de DEBO :

Aujourd’hui on arrive à faire des enregistrements, à acheter du matériel. On a fait une tournée dans toute la Tunisie, on est allé au Danemark. On est en train de préparer le nouvel album, on essaie d’être actifs au maximum. Parfois ça ne rapporte pas beaucoup d’argent mais ça rapporte beaucoup d’énergie. Quand tu fais ton travail et que tu vois que les gens apprécient, qu’ils veulent voir une suite, c’est de l’énergie , ça permet de produire plus.

Pas de droits d’auteur

Le rappeur de 24 ans est tombé dans le rap tout petit et a décidé, comme deux de ses frères, de passer derrière le micro il y a quelques années. Ses clips sont vus des milliers de fois sur internet, ses chansons diffusées à la radio, pourtant il n’a jamais eu de droits d’auteurs pour la diffusion de ses productions :

«Les droits d’auteurs, c’est très important. Il faut protéger les artistes.  En tant que citoyen je télécharge mais quand ma musique est touchée je cherche une solution. Mon clip passe à la télévision, sans qu’ils me consultent, à la radio, ils utilisent l’excuse de la promotion, mais ils ne demandent jamais. Par exemple il y a un gros mot dans ton morceau, ils mettent un « bip » de censure sans communiquer avant avec le studio. » confie-t-il.

Son acolyte de toujours, le rappeur Massi évoque la difficulté d’enregistrer, lorsqu’il a commencé la musique en 2005 :

Avant c’étaient des conditions défavorables, j’avais un casque, un micro et un petit ordinateur. Je travaille avec Vipa depuis longtemps, c’était une bonne expérience mais c’est très difficile d’aimer quelque chose et de ne pas savoir comment la faire aboutir. On n’avait pas internet au début, alors c’était le bouche à oreille qui primait.

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Massi, rappeur du collectif DEBO
« Je m’impose »

Medusa Boutheina a commencé son ascension dans le hip-hop par le break dance. Elle a voulu faire de la musique à force d’en écouter et de danser dessus. D’abord en français, puis en arabe et même en anglais, ses textes parlent de tout ce qui la touche. Mais pas facile de pouvoir enregistrer des titres en Tunisie :

C’est difficile, les studios coûtent chers, ça peut aller jusqu’à 250 dinars pour une chanson. Quand j’ai commencé, j’étais étudiante, donc je payai avec mes économies.

Pas évident non plus d’être une femme parmi tant d’hommes : « Je suis acceptée car je m’impose » déclare la jeune femme. En Tunisie, le nombre de rappeuses ne dépasse pas 10 : « C’est vraiment dur, le milieu est très macho. Quand j’ai travaillé en Allemagne j’ai vu que c’était différent. »

Medusa Boutheina, une des rares rappeuse en Tunisie
Medusa Boutheina, une des rares rappeuse en Tunisie
Diffusion et téléchargement

DEBO a un concept de diffusion très original. Ils ont créé ce qu’ils appellent le ‘Bike Sound System’. C’est un vélo haut en couleurs avec un caisson de basse : « La dernière mixtape de DEBO prête, on a pris le Bike Sound System et on est sortis dans la rue, les gens écoutaient, ils pouvaient acheter l’album directement. »

L’autre moyen de diffuser reste internet et ce malgré le téléchargement illégal comme l’explique Vipa : 

Il y a seulement quatre ans que Youtube a ouvert en Tunisie. Les jeunes doivent apprendre, laissez-les télécharger.

« Je suis très conscient de la façon dont cela fonctionne en Tunisie, déclare Massi, donc je ne m’énerve pas. Je sais très bien que pour qu’un produit prenne sa valeur il faut qu’il soit téléchargé gratuitement. Il doit être facile à consommer. Parce que la culture du téléchargement payant n’existe pas. Aujourd’hui je ne vis pas du rap. »

Medusa, quant à elle, a arrêté de mettre ses titres gratuitement sur internet : « avant je mettais ma musique mais j’ai arrêté, c’est difficile car ça demande beaucoup de travail et au final tu n’as rien. Maintenant je vis de concerts, j’ai fait beaucoup de collaboration en Europe notamment en Suède et en Allemagne ».


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Elodie Potente

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