Guerre de succession à Nidaa Tounes : La division est officielle

Guerre de succession à Nidaa Tounes : La division est officielle

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Conférence de presse du CC de Nidaa Tounes 13 mars 2015 Tunis |WEBDO.tn
Conférence de presse du CC de Nidaa Tounes 13 mars 2015 Tunis |WEBDO.tn

Alors que le conseil national de « l’aile de Hafedh Caid Essebsi » de Nidaa Tounes se déroule ce samedi 14 mars, celui du comité constitutif du parti est annoncé pour le 19 avril prochain. La division au sein de Nidaa Tounes est officielle.

Aujourd’hui, la question de la « légitimité » de l’un et de l’autre est plus que jamais sujet à polémique et signe d’une transformation dans ce parti hybride, constitué de « destouriens, de rcdistes, de gauchistes, de militants et d’un « fils de » l’ancien président de Nidaa Tounes.

Le conseil national de l’aile de Hafedh Caid Essebsi, jugé « illégal » par le comité constitutif

Ce vendredi 13 mars, le comité constitutif a publié un communiqué affirmant que la tenue de « ce qu’on désigne par conseil national ce samedi 14 mars est considérée « comme une activité parallèle hors de la décision légitime du parti et dangereux par rapport à l’unité du mouvement« .

Le comité a appelé les 89 députés de Nidaa Tounes, le bureau exécutif et les structures du parti « à refuser d’adhérer dans n’importe quelle chose qui puisse atteindre l’unité du parti, son intérêt, intimement lié à celui du pays« .

A un jour du conseil national annoncé par l’aile de la sédition menée par Hafedh Caid Essebsi, le comité constitutif de Nidaa Tounes a organisé une conférence de presse, ce vendredi 13 mars à Tunis, pour affirmer qu’il reste « la seule structure qui a « la responsabilité, le pouvoir et la légitimité » du parti.

Le conseil national aurait bénéficié d’un accord de plus d’un tiers des membres

Pour d’autres leaders de Nidaa Tounes, notamment ceux qui se sont retrouvés hors des dernières nominations, ce comité s’est érigé en « maitre des décisions » alors qu’il ne l’était pas, selon eux, avant les élections.

Abdelaziz Kotti, député de Nidaa Tounes, a riposté le lendemain de la conférence du comité constitutif, que ce conseil est bien « légal » contrairement aux déclarations du comité constitutif, puisqu’il « a bénéficié d’un accord de plus d’un tiers des membres ». Ce conseil est consacré à l’examen de la crise à Nidaa Tounes, a-t-il précisé.

Suite à la tenue du conseil national, Hafedh Caïd Essebsi, membre de l’instance législative à Nidaa Tounes et meneur de l’aile de la sédition contre le comité constitutif, a déclaré que « les résultats des travaux de l’assemblée seront envoyés à Mohamed Ennaceur », puisqu’il est le président par intérim du parti.

Bien qu’il y ait contestation des décisions de ce comité constitutif, le fait d’envoyer les résultats de ce conseil national à M. Ennaceur indique une reconnaissance, du moins partielle, de la structure constitutive de Nidaa Tounes.

Entre légalité et légitimité des deux camps à Nidaa Tounes

Toute réunion ou assemblée annoncée par un autre organe hormis celui du comité constitutif n’a « pas un aspect légal« , a insisté hier, vendredi 13 mars, lors de la conférence à Tunis, Mohamed Ennaceur, successeur provisoire de Béji Caid Essebsi à la tête de Nidaa Tounes, le temps d’organiser le premier Congrès national du parti.

Mohsen Marzouk, conseiller politique à la présidence de la République et membre du comité constitutif de Nidaa avait appelé, ce jeudi 12 mars, sur Al Hiwar Ettounsi « tous ceux qui ont été contactés à ne pas prendre part à la réunion annoncée pour le 14 mars 2015, car seul le comité constitutif est habilité à appeler à ce genre de réunions. 

Mohamed Ennaceur, également président du parlement, a indiqué que le comité constitutif  a « perpétué ses réunions d’une manière hebdomadaire et ses activités avec assiduité ».

Il a aussi évoqué le fait que malgré sa démission pour assumer ses responsabilités en tant que président de la République, Béji Caid Essebsi reste « le fondateur et la référence. »

« Le parti va organiser son congrès et se prépare au renouvellement de ses structures dans cette période transitoire », a-t-il poursuivi.

Cette conférence de presse du vendredi a été faite en avertissement au conseil national annoncé par l’aile de Hafedh Caid Essebsi (HCE) qui a lieu ce samedi 14 mars.

Le comité constitutif, seule structure légitime affirme Ennaceur

« Dans les médias, ce n’est plus des voix qui appellent à la participation (au travail du parti), comme un droit, c’est « devenu des critiques à l’égard du comité constitutif et une remise en doute de sa légitimité », a estimé M. Ennaceur en parlant des nombreuses attaques de « l’aile de la sédition » au sein de Nidaa Tounes, menée par Hafedh Caid Essebsi.

« En réalité, le comité constitutif est la seule structure qui a une légitimité, c’est la seule structure qui a une légitimité, » a-t-il répété en haussant sa voix et en relevant ses doigts entrelacés, « parce que la loi organique a donné la légitimité et la responsabilité pour mener le parti au prochain congrès et ceci est une réalité concrète et écrite et enregistrée et un point d’accord entre tout le monde ». a-t-il défendu vendredi lors de la conférence.

 

Le président provisoire de Nidaa Tounes a indiqué également que des députés ont demandé à participer aux activités du parti parce qu’ils « considèrent leur élection comme un honneur mais aussi une responsabilité puisque élus au nom du parti, » mais aussi les membres du bureau exécutif et les responsables régionaux, estimant cela légitime.

Après avoir affirmé l’intention d’ouverture des structures et du comité constitutif à ceux qui le demandent,  M. Ennaceur a prévenu que « toute scission ne se répercute pas seulement sur Nidaa Tounes mais également sur la Tunisie ».

L’aile de Hafedh Caid Essebsi appelle à la dissolution du comité constitutif de Nidaa Tounes

Par ailleurs, le député de Nidaa Tounes et son ancien porte-parole Khemais Ksila, l’un de ceux qui mènent également la sédition, a appelé dimanche soir, 8 mars, à la dissolution du comité constitutif,  sur la chaine Nessma TV, dirigée par Nabil Karoui (et qui soutient aussi HCE).

Selon lui, cette structure est devenue « incapable d’assumer ses responsabilité, sauver et remettre le parti sur la bonne route ».

Les députés se sont réunis et il y a eu un accord général du bloc parlementaire pour que le comité constitutif soit dissous, que ses prérogatives soit transférées et pour mettre en place le bureau politique. 

64 députés, sur les 86 élus de Nidaa Tounes, 60 membres du bureau exécutif ainsi que 24 coordinateurs régionaux et les deux ministres Saïd El Aydi et Naji Jalloul, contestent aussi la légitimité du comité constitutif, selon Khemais Ksila.

Le manque de représentativité de Nidaa Tounes dans le gouvernement Essid a provoqué « un séisme » dans le parti, selon Kotti

Toujours sur Nessma TV, le député Abdelaziz Kotti est revenu ce dimanche sur la crise dans le parti.

« Cette crise était annoncée depuis la fin des élections, et après la prise de fonction de Béji Caid Essebsi à la présidence de la République. Nous avons commencé à vivre une situation de perturbation… Après les élections, c’est devenu une période de stagnation et d’ambiguïté. Il y a eu une rupture après les élections entre le parti, entre sa base, ses militants et ses électeurs. Le parti est en panne car il y a absence d’institution… Le comité constitutif ne se réunissait pas avant les élections et il n’avait ni le pouvoir de décision ni aucun rôle. Après les élections, ce comité s’est érigé en affirmant être le maitre des décisions au sein du parti. »

M. Kotti a déclaré que dès le premier jour de la mise en place du gouvernement de Habib Essid, « la première mouture  n’a pu passer puis il y a eu la deuxième« . Il a ajouté que « plusieurs voix se sont levées au sein de Nidaa Tounes, des leaders et autres, au niveau central et au niveau régional ».

Les gens étaient étonnés de voir la représentation de leur parti dans ce gouvernement de la sorte. Les élections du 26 octobre sont des élections pour le pouvoir, sachant que durant les trois dernières années et les crises en Tunisie, les gens sont allés voter et le vote utile qui en a découlé a donné la priorité à Nidaa Tounes afin de diriger le pays, mais ce fut la surprise. Un séisme dans les bases du parti, les questions, l’ambiguïté et il n’y avait même pas de réponse à ces questions. 

Plusieurs militants de Nidaa Tounes ont vu dans la composition du gouvernement Habib Essid, une sorte « d’arnaque », puisque sur 45 de ses membres, à peine une dizaine sont de Nidaa Tounes. 

Hafedh Caid Essebsi et Ennaceur discutent des affaires du parti au parlement

Pour trouver un compromis, Hafedh Caid Essebsi s’est rendu, jeudi 12 mars, au parlement, au Bardo, auprès de Mohamed Ennaceur pour présenter une série de propositions et amender l’article 43 de la loi de base du parti de Nidaa Tounes. Ses « propositions » :

  1. Que les membres du bloc parlementaire de Nidaa Tounes soient considérés comme membres du bureau exécutif du parti ;
  2. Que les coordinateurs régionaux du mouvement en Tunisie ou à l’étranger soient considérés comme membres du bureau exécutif, jusqu’à la tenue du premier congrès ;
  3. Que les prérogatives du comité constitutif soient transférées au bureau politique, composé de ses membres et de 30 autres qui soient choisis par élection et suite à un consensus entre les membres du bureau exécutif ;
  4. Qu’aucun membre ayant une mission gouvernementale ou présidentielle n’ait le droit d’avoir une responsabilité partisane au sein du bureau politique ;
  5. Que la tenue du Bureau politique soit « élargie » avec la participation des coordinateurs régionaux, les membres du gouvernement relevant de Nidaa Tounes, sous forme de réunions régulières ;
  6. Que le président du parti préside les travaux du bureau politique et décide de la tenue de ses réunions qui soient initiées par le président ou par les 2/3 des membres du bureau politique et que les décisions soient prises à la majorité absolue ;
  7. Et que le bureau politique supervise les affaires administratives, organisationnelles et administratives du parti et met en place les visions stratégiques.

Néanmoins, le quatrième point a été fortement contesté lors de la conférence de presse d’aujourd’hui, notamment par Mohsen Marzouk, conseiller politique à la Présidence de la République, est aussi membre du comité constitutif.

Pour argumenter et contester cette demande, Marzouk a donné l’exemple de Hamadi Jebali et Yassine Brahim qui assument (ou ont assumé) à la fois leurs fonctions partisanes et gouvernementales, ajoutant que cette demande de Caid Essebsi est illogique.

Deux camps dans un seul parti

Après le report des élections du bureau politique de Nidaa Tounes, prévues le 8 mars, le parti annonce enfin, le mardi 10 mars, que la tenue de ces élections est fixée pour le 22 mars.

Dimanche dernier, Lazher Akermi, chargé des Relations avec l’Assemblée des représentants du peuple, avait attaqué Hafedh Caid Essebsi en l’accusant de vouloir s’accaparer le parti, en devenant le successeur de son père à Nidaa Tounes.

Nous avons convenu que les élections se fassent ce dimanche (8 mars), … ; cependant, Monsieur successeur ( « Al Sayed al warith » pour désigner le fils de Béji Caid Essebsi qui se voit comme l’héritier du pouvoir de son père d’après Akermi), qui s’appelle Hafedh Caid Essebsi, n’a pas eu la majorité des voix. Il a fait ses comptes et il a menace de ramener des bus et de perturber les élections.

Le lendemain, des députés du parti, des membres du bureau exécutif, des coordinateurs régionaux et plusieurs leaders de Nidaa Tounes, notamment Khemais Ksila et le fils de Béji Caid Essebsi, se sont réunis le lundi 9 mars pour annoncer la tenue du Conseil nationale samedi 14 mars, chose qui aurait précipité le comité à se décider pour la mise en place du bureau politique le 22 mars.

La guerre de succession au sein de Nidaa Tounes et les guerres intestines peuvent se répercuter sur la stabilité du pays a fait entendre M. Ennaceur lors de la conférence.

Lors de cette même conférence, outre les journalistes, plusieurs leaders de Nidaa Tounes étaient présents, notamment l’homme d’affaires Faouzi Elloumi.

Rappelons que le 19 août 2014, bien avant les élections législatives et présidentielles, M. Elloumi avait révélé que Hafedh Caid Essebsi avait été parachuté à la tête de liste de la circonscription de Tunis 1, pour les  législatives,  et ce avec le soutien de son père Béji Caïd Essebsi, président du parti, devenu aujourd’hui président de la République.

La guerre des clans entre le comité constitutif et le fils de Caid Essebsi, soutenu notamment par Nabil Karoui (bien qu’il n’en ait pas le droit puisqu’il a une chaine de télévision), par Khemais Ksila, El Kotti et autres leaders de Nidaa Tounes, risque de durer.

Encore sur Nesma TV, le 14 mars, Khemais Ksila a affirmé que huit membres du comité constitutif de Nidaa Tounes ont fini par signer un accord pour qu’il intègre cette structure fondatrice du parti car  » c’est dans ses bureaux que Nidaa Tounes  est née, » a-t-il révélé.


Comité constitutif de Nidaa Tounes : Lazhar Karoui Chebbi, Taieb Baccouche, Ridha Belhaj, Lazhar Akremi, Slim Chaker(absent), Boujemaâ Rmili, Mohsen Marzouk, Anis Ghdira, Salma Elloumi Rkik (absente), Sameh Damak et Wafa Makhlouf (absente)

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