Subir les remarques misogynes dans la rue : « Mon quotidien de femme...

Subir les remarques misogynes dans la rue : « Mon quotidien de femme à Tunis »

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TRIBUNE | Par Najma Kousri Labidi

Tunis

Tunis | Ce soir, je descends du taxi. Je presse le pas pour rejoindre mes amis. La rue est vide. Soudain, un cri. Un jeune homme ouvre la porte de sa voiture et hurle: (pute !) يا قحبة ! Je me retourne.

– « تحكي معايا؟ » (Vous vous adressez à moi ? )
– « لا نحكي مع صاحبي. » (Non à mon ami )
– « سمعتك. تراه عودها ! قولهالي في عيني كانك رجل » (Je vous ai entendu, répètez ce que vous venez de dire, les yeux dans les yeux, si t’es un homme.)
– » أي! يا قحبة.  » (Oui, pute !)


Très vite puisqu’il n’assume pas, il se barricade dans sa voiture. Je frappe à la fenêtre de toutes mes forces… je casse presque la vitre en lui disant de descendre pour aller au poste de police.

Son ami descend et commence à me présenter des excuses alors que je prenais le numéro de sa plaque d’immatriculation. Oui quelque part dans ma tête, je crois qu’on vit vraiment dans un Etat de Droit.
Entre temps, le monsieur redit les mêmes propos.


-Moi : » ماكش راجل.. يا قليل التربية !  » (Vous n’êtes pas pas un homme, vous êtes impoli !)
Oui je n’arrive pas encore à me convaincre d’utiliser des gros mots, apparemment c’est une question d’éducation…

Face à tant de misogyne, je me jette sur lui, je le bouscule en essayant de le frapper mais ses amis m’en empêchent. Mais quelle mauviette il est!

Les flics de l’ambassade d’à côté arrivent. Evidemment, le mâle clairement saoul à côté de moi ne les intéresse pas. C’est tellement plus virile de s’adresser à « la pute » qui crie avec un air autoritaire:
– « شبيك تصيح؟ »  (Pourquoi criez-vous ?)
– « Ce monsieur m’a agressée verbalement. J’allais laisser tomber les poursuites parce que ses amis ont été courtois mais puisqu’il continue, je souhaiterais porter plainte. Pourriez-vous intervenir?  »
– « Non ! Si tu veux porter plainte vas au poste en taxi. »
Juste à côté, un agent fume une cigarette avec côté de l’homme qui m’a harcelée en rigolant.
– « Ah ok ! Donc en faite pourquoi vous êtes venus? » مش الشرطة في خدمة الشعب؟ (N’êtes-vous pas au service du peuple ?)
La prise de tête continue avec les flics pendant que ses amis m’implorent de laisser tomber.
En fin de compte, je règle l’histoire avec ses amis.

Tout ça pour dire que je suis triste de constater que je ne ressens plus rien. Je ne suis presque pas en colère. J’ai fini par voir mes amis comme si rien ne s’était passé. J’aurais aimé être indignée, choquée, outrée mais non c’est ma vie, ma vie au quotidien et la vie de six millions de tunisiennes ou du moins de celles qui ne sont pas des putes et osent encore protester.

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