Ennahdha entre au gouvernement Essid : Nidaa Tounes a-t-elle trahi ses électeurs ?

BCE Ghannouchi

[dropcap]T[/dropcap]unis | Le 28 octobre 2014, Mohsen Marzouk, leader de Nidaa Tounes déclarait  « Le mouvement Ennahdha n’est pas, pour l’instant, un parti avec lequel il est possible de nous allier ».

Au mois de septembre 2014 également, Taieb Baacouche, secrétaire général du parti affirmait, que « les alliances se font en fonction des programmes, en fonction de la vision qu’on a de la société, » « donc on ne peut s’allier qu’avec ceux avec qui on partage les mêmes idéaux, les mêmes programmes, » expliquait-il pour balayer une possible coopération au sein d’un même gouvernement avec Ennahdha.
Après sa victoire aux législatives, ensuite aux présidentielles, avec Béji Caid Essebsi, Nidaa Tounes intégre, trois mois plus tard, Ennahdha dans le gouvernement. La majorité même de ses députés, au nombre de 79/86, votent pour cette coalition politique.
Les rares députés qui ont gardé le même discours de la campagne électorale et qui se sont opposé, lors du vote de confiance, à un gouvernement où Ennahdha en ferait partie, sont aujourd’hui assimilés à des rebelles menant une « insurrection » terme utilisé par la commission constitutive de Nidaa Tounes.
 « Un coup d’Etat contre les électeurs « , accuse Redissi

« Pendant des mois, le chef de Nidaa martelait que Nidaa et Ennahdha étaient « deux droites parallèles », l’un impatient de « faire rentrer la Tunisie dans le XXIe siècle », l’autre rebroussant chemin « vers le VIIIe siècle » (l’islam premier). » rappelle Hamadi Redissi l’axe argumentatif anti-Nahdha de Nidaa Tounes, dans son article publié ce samedi 7 février sur leaders.

Hamadi Redissi, politologue et fervent défenseur de Nidaa Tounes et de Béji Caid Essebsi, dénonce, dans cet article, un « coup d’Etat contre le peuple électeur ». Il y répond, essentiellement, à la tribune d’une autre intellectuelle, Hélé Béji, qui avance la théorie du compromis avec les islamistes dans un autre article : « Tunisie : oui à un gouvernement avec Ennahda. Notre pays a besoin d’esprit de compromis ».

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« Mais bon sang ! De quoi et de qui parle-t-on ? C’est nous les laïcs invétérés, les « Je suis secrètement Charlie » qui sommes les proscrits, les parias et les moins que rien. Ennahdha a imposé l’ordre moral. Il a exercé le pouvoir plus de deux ans et le parti est représenté aujourd’hui au Parlement, à hauteur de 30%, » déplore avec amertume M. Redissi en taxant la politique de Nidaa Tounes de « schizophrène ».

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Après réflexion, M. Redissi fait son constat : Pour lui, Nidaa Tounes a « tourné » le dos à son engagement électoral de chasser Ennahdha du pouvoir ».

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« On peut s’en moquer : qu’est-ce qu’un politique – mais il s’agirait du politicien  – sinon un opportuniste né (sur le modèle du criminel né), une girouette « immobile » disait Edgard Faure ne faisant que suivre le sens du vent ! », se résigne le politologue aux acceptions figurées du terme. 

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D’après Redissi, « le compromis a même été imposé au bureau politique de Nidaa et à son groupe parlementaire qui se sont publiquement prononcés contre la participation d’Ennahdha la veille et l’avant-veille de la proclamation du gouvernement. Leur chef les a désavoués le lendemain. C’est ce que Tocqueville appelle « la démocratie tutélaire ».

[quote_box_left]Pourtant

  • 79 députés de Nidaa Tounes ont voté pour ce gouvernement (avec 4 Abstentions, 1 Contre et 2 n’ont pas voté)
  • Quant à Ennahdha, qui a toujours voulu être au pouvoir et non dans l’opposition, 58 de ses députés (sur 69) ont voté pour le gouvernement Essid aussi (avec 3 Abstentions, 0 Contre et 8 qui n’ont pas voté).

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Pour s’en disculper, le « chef », évoqué par Redissi, supposé être Béji Caid Essebsi, s’est défendu lors de la passation de pouvoirs, le 6 février, affirmant qu’il « n’a nullement intervenu dans ce gouvernement », prenant le chef du gouvernement Habib Essid pour témoin …
Ennahdha exclue puis intégrée au gouvernement Essid …
« Jamais, disent les dirigeants de Nidaa, nous nous gouvernerons avec Ennahdha ! » rappelle avec ironie encore Hamadi Redissi.
Néanmoins, le parti islamiste, pourtant deuxième bloc au parlement, avec 69 sièges, a été exclu lors de la première mouture gouvernementale du 23 janvier.
Suite aux difficultés d’avoir une majorité absolue à l’ARP, la composition du gouvernement a été revue et corrigée pour intégrer, finalement, Ennahdha.
[quote_box_right]Dans la nouvelle version, bien qu’Ennahdha ait 69 sièges, elle obtient un seul ministère, celui de la Formation professionnelle et de l’emploi, avec « en prime » l’éviction de Khadija Cherif, jugée anti-islamiste ; alors qu’Afek Tounes, avec 8 sièges seulement, en obtient trois : Le ministère du Développement régional, de l’investissement et de la coopération internationale, ministère des Technologies, des télécommunications et de l’économie numérique et ministère de la Femme, de la famille et de l’enfance.[/quote_box_right]
Lors de la mise en place du parlement, Abdelfatah Mourou a été aussi élu vice-président de l’ARP, avec le soutien des députés Nidaa tounes.
Contrairement aux discours électoraux, dans les faits Nidaa Tounes n’est indéniablement pas contre la participation d’Ennahdha au pouvoir. Pour certains, l’intégration du parti islamiste dans le gouvernement Essid est une « trahison », pour d’autres, cela constitue un compromis naturel.

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