Tunisie : « Effacer les traces d’un passé qu’on n’assume pas ? » par la députée Selma Mabrouk

Tribune | Par la députée Selma Mabrouk 

Selma MabroukA la veille des élections, tous les moyens semblent bons pour tromper l’opinion publique, et surtout faire oublier des prises de positions indéfendables.

Et quel meilleur moyen qu’effacer tout simplement les traces de ses mauvais choix ou de ses « retournements de veste » vis à vis de la trop fameuse promesse électorale de ne pas s’allier à Ennahdha et de défendre un état civil et démocratique ainsi qu’un programme social démocrate ? Quel meilleur moyen pour gommer d’un trait les centaines d’heures perdues à délibérer de la grande Fitna qu’on voulait instituer au sein du peuple tunisien en s’appropriant l’Islam, ou encore du statut « complémentaire » de la femme et autres aberrations?

Comment masquer aux yeux des citoyens les choix désastreux des différentes lois de finances votées avec arrogance par la majorité sans prendre en compte un seul des amendements proposés par l’opposition ? Comment faire oublier les propos lors des évènements de Seliana de l’ex-ministre de l’intérieur de la troïka 1 promu ensuite en chef du gouvernement accusant feu Chokri Belaid ou encore niant les agressions et abus de pouvoir lors des évènements du 9 avril 2012 ?

La solution est simple, pourtant. Il fallait juste avoir le culot d’y penser….Et de le faire !

Il fallait juste retirer du site officiel de l’assemblée nationale constituante toutes les vidéos des séances plénières de 2011 à 2013, ainsi que la liste des projets de lois présentés au vote.

Attention ! …la direction vous dira certainement que ces documents sont à disposition au moyen d’un formulaire de recherche prévu sur ce même site…Mais essayez donc de rechercher quoique ce soit, les détails à fournir sont tellement complexes que, quelque soit le soin que vous mettrez à remplir les cases demandées, le résultat est invariablement une polie « fin de non recevoir » …

Telle une violation d’un bien public, la mémoire de cette courte période de l’Histoire de la Tunisie a été effacée, « enterrée » dans la discrétion la plus totale, déjouant la vigilance de la société civile occupée à garantir au mieux sur la transparence des élections…

Cette mémoire collective qui appartient aux citoyens, qui est un bien public a t elle été violée, piétinée, reniée pour que certains puissent se représenter aux élections immaculés telles des « vierges recousues », à l’instar de l’escroquerie bien connue à laquelle  ont recours bien de malheureuses promises pour pouvoir convoler en justes noces ?

Veut on faire oublier aux tunisiennes et aux tunisiens ceux qui ont décidé de prolonger leur mandat en ne votant pas sa limitation dans le temps, ou ceux qui ont voté pour une quasi absence  de prérogatives pour le président de la république, déséquilibrant dangereusement l’équilibre entre les pouvoirs, ou encore ceux qui ne voulaient pas d’un haut conseil de la magistrature indépendant et qui ont fait la sourde oreille sur la justice transitionnelle pendant deux longues années ?

Veut-on nous faire oublier ce fameux article voté en 2012 qui permet à tout un chacun de déposer sur un compte bancaire autant d’argent qu’il le désire sans qu’on lui demande l’origine de ses gains sous prétexte d’encourager l’investissement ? veux t on faire  oublier que dès lors, nous avions alerté sur le risque d’encouragement du blanchiment d’argent qui en découlerait ? Veux t on nous faire oublier qui a usé -en vain- de tous les stratagèmes possibles et imaginables pour augmenter la prime des députés ?

Veut on faire oublier les propos faisant l’apologie du terrorisme et celle de la violence ou encore du Takfir, l’endettement à bride abattue de l’état, les indemnisations partisanes, l’hégémonie de la troïka, l’ingérence dans la justice, le harcèlement des médias ?

Veut on faire oublier l’épisode de falsification de la constitution qui donnât naissance à la « meilleure constitution du monde » comme l’avait qualifiée alors son « père spirituel » ? Veux t on nous faire oublier que le projet qui en est né, le fameux projet du 1er juin, a fait l’objet d’un chantage grotesque sur la personne du président de la république en programmant à point nommé la motion de censure portée contre lui des mois auparavant ? Veut on enfin nous faire oublier la déconfiture de la troïka lors de la séance de présentation de ce projet le 1er juillet  ?

Veut on nous faire oublier la mascarade des séances tenues par les députés qui ne se sont pas retirés pour rejoindre  E3tissam Errahil et qui ont continué à légiférer en douce pour continuer à profiter au maximum d’une « légitimité » reniée par des centaines de milliers de citoyens ?

En un mot, veut on brouiller la vue aux électeurs et électrices pour qu’ils ne fassent plus la différence entre ceux qui ont su tenir parole en défendant, bec et ongles et malgré leur petit nombre, le pacte qu’ils ont signé avec les citoyens et ceux qui ont préféré l’opportunisme et la compromission ?

 

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