Alliances électorales : quatre pôles possibles et des incertitudes ! – par Lotfi Larguet

TRIBUNE – Le Dialogue national n’arrive pas à déboucher sur l’issue quant à la manière d’organiser les prochaines échéances électorales, le point de discorde en suspens, consistant dans la détermination de la nature du scrutin qui devrait précéder l’autre, la présidentielle ou les législatives, les différents partis politiques s’activent sur leurs stratégies respectives et réfléchissent sur leur démarche avec pour principale préoccupation la mise en place d’alliances dont l’objectif exclusif demeure la volonté de se présenter en rangs serrés à ce rendez-vous électoral décisif pour l’avenir de la Tunisie.

Ghannouchi-BCE-Hammami-Marzouki

Car, et malgré le retard, devenu très important et difficile à gérer, pour l’organisation de ces élections par l’ISIE conformément aux standards internationaux avant la fin de 2014 comme l’a prévu la nouvelle Constitution du pays, tous les acteurs de la scène politique souhaitent ne pas dépasser cette date.

Si cet aspect devrait être bientôt résolu, peut-être dès ce mercredi, avec la nouvelle réunion des participants au Dialogue national, le jeu des alliances se poursuit d’une façon soutenue avec des négociations qui n’en finissent pas entre les différentes formations politiques.
Schématiquement, on peut, aujourd’hui, esquisser quatre grandes tendances qui semblent se former en vue de ces élections.

En premier lieu, on évoquera les Islamistes, qui semblent vouloir se présenter aux élections législatives d’une manière isolée, sans aucune alliance avec aucun autre parti, sinon, peut-être, avec quelques satellites proches partageant avec eux leur vision idéologique.
Reste pour Ennahdha de déterminer sa vision à propos du scrutin présidentiel. Sur ce plan, le mouvement islamiste a deux options : soit présenter son propre candidat qui pourrait être Hamadi Jebali, lequel, et malgré sa «démission», reste le favori dans cette course interne entre les prétendants, à l’instar d’Ali Laârayedh, notamment. Soit opter pour le soutien à un candidat «laïc» qui pourrait être Mustapha Ben Jaafar ou Ahmed Néjib Chebbi, et à un degré bien moindre Moncef Marzouki.

En second lieu, Nidaa Tounès où le débat sur cette question des alliances pourrait aller dans deux sens. Le parti de Béji Caid Essebsi, bâti autour de sa rupture avec les Islamistes, peut vouloir faire cavalier seul sous la pression de ses membres, d’autant plus que les sondages actuels lui permettent de songer sérieusement à cette éventualité. Soit se présenter avec ses alliés actuels dans ce qu’on avait appelé l’Union pour la Tunisie qui semble avoir du plomb dans l’aile, les petites formations gravitant autour de Nidaa Tounès refusant de s’y fondre et de perdre leur spécificité.

En revanche, et en ce qui concerne la présidentielle, Béji Caid Essebsi, alors même qu’il n’a pas encore proclamé clairement sa volonté de se présenter à cette échéance, serait incontestablement le favori, non seulement de son propre parti mais aussi de ses alliés, même si ces derniers réfléchissent à présenter leurs propres candidats, tout en sachant d’avance qu’ils n’ont aucune chance.

En troisième lieu, il y a les forces «centristes» qui entendent se frayer une place dans le paysage politique sous la forme d’une alliance ayant un caractère social et démocratique. C’est l’initiative née suite à la réunion du FDTL de Mustapha Ben Jaafar, du parti du courant démocratique, du parti du travail tunisien et du mouvement de l’unité populaire, annoncée récemment. L’objectif de cette initiative, qui reste ouverte à tous ceux qui souhaiteraient la rejoindre, est de parvenir à former une alliance en vue des prochains rendez-vous électoraux. Cependant, ces formations n’en continuent pas moins d’être relativement peu importantes et n’ayant qu’un impact limité sur l’opinion publique.

Enfin, le quatrième pôle est le Front Populaire qui entend jouer ses propres cartes tant aux législatives qu’à la présidentielle avec cette certitude, du moins telle qu’elle se dégage des intentions de vote des Tunisiens, de ne récolter que quelques sièges au sein de la future assemblée populaire, et aucune chance à son candidat aux présidentielles et cela malgré l’image assez positive de Hamma Hammami.

Autrement dit, le camp démocratique perdrait énormément en se présentant en rangs dispersés, surtout à la présidentielle là où il pourrait, en cas d’un accord minimal, remporter le scrutin dès le premier tour. Pour les législatives, il pourrait réaliser un score intéressant s’il se présentait, là aussi, en une liste unique. Mais, ici ou là, les ambitions personnelles et les « attentes » des membres des diverses formations sont trop fortes pour permettre cette éventualité. Car, si on peut s’accorder sur un programme minimal, partir avec des listes uniques est nettement plus complexe, voire impossible dans l’état actuel des choses !

Lotfi LARGUET

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