Néji Bghouri : «Certains médias sont financés par des parties impliquées dans le terrorisme»

Neji BghouriLes travaux du 3e congrès du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) qui se sont déroulées, les 19 et 20 avril derniers, se sont achevés par l’élection d’un nouveau bureau exécutif présidé par Néji Bghouri. Ce dernier revient, donc, à la présidence du SNJT, après une première expérience en 2008. Extraits…

Après une première expérience à la tête du SNJT, en 2008-2009, vous voilà de retour, cinq ans après, à cette même responsabilité. Quelle sera, à votre avis, la différence entre les deux expériences ?

La différence est, tout simplement, la suivante : avant la Révolution, le syndicat militait pour un seul objectif, à savoir la liberté d’expression. A l’époque, nous avons préparé des rapports sur l’état de la liberté de presse en Tunisie et essayé de résoudre la situation économique précaire de certains journalistes, notamment ceux qui travaillaient dans les établissements publics. Mais, malgré nos efforts, nous étions quasi certains que nous ne pouvions pas faire grand-chose, car le pouvoir de l’époque faisait tout pour entraver notre travail.
Aujourd’hui, après la Révolution, nous bénéficions, fort heureusement, d’une marge de manœuvre plus importante qui nous permet de défendre les droits et les intérêts des journalistes.

De ce fait, l’amélioration de la situation économique du journaliste sera l’une de nos priorités. Le journaliste doit, en effet, avoir un salaire respectable et compatible avec le rôle qu’il tient au sein de la société et de l’effort qu’il fournit.
Pour cela, nous allons lancer, bientôt, une campagne pour inciter les institutions médiatiques à respecter les lois en vigueur, à savoir la convention collective pour la presse écrite, par exemple, qui définit les salaires de la profession et exige la couverture sociale. La protection des journalistes économiquement est une question primordiale pour nous. (…)

«Nous allons œuvrer à ce que
les institutions médiatiques aient désormais
un financement clair et transparent…»

Quel regard portez-vous sur le paysage médiatique actuel ?

C’est un paysage diversifié et pluraliste. Et cela ne peut être que bénéfique pour la Tunisie.
Cependant, il existe, aujourd’hui, une concurrence déloyale entre les institutions médiatiques. En effet, tandis que certaines institutions reçoivent de l’argent sale de certains pays voisins et même de certaines parties impliquées dans le terrorisme, d’autres, notamment ceux de la presse écrite, vivent de grandes difficultés à cause de la hausse notamment du prix du papier et de l’impression.
Face à cette situation-là, nous allons œuvrer à ce que les institutions médiatiques aient désormais un financement clair et transparent, et ce, grâce à une distribution équitable des publicités publiques. Cette répartition équitable pourrait être la bouffée d’oxygène pour les dirigeants pour qu’ils travaillent dans de bonnes conditions.

L’annonce de la création d’un syndicat général chargé de l’information au sein de l’UGTT ne représente-t-il pas une menace pour le SNJT et pour l’union des journalistes en général ?

La création des syndicats est un droit constitutionnel et législatif. Personne ne peut, donc, empêcher les gens de pratiquer leurs droits.
Ceci dit, c’est aux journalistes de lutter, maintenant, pour leur union et contre leur division et leur dispersion. Car c’est de notre union qu’on tire notre force.
En ce qui concerne le Syndicat des journalistes, celui-ci est un syndicat militant qui a une Histoire. Il a lutté contre la tyrannie et la dictature et a subi les persécutions et les «putschs». Personne ne peut, donc, douter aujourd’hui de sa représentativité pour le secteur de la presse et des médias. (…)

«Il y a des menaces qui peuvent mettre en péril
la liberté de presse, notamment
les lobbies financiers et politiques…»

A l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, qui sera célébrée le 3 mai prochain, comment évaluez-vous la situation actuelle de la liberté de presse en Tunisie ?

La situation de la liberté de presse, en Tunisie aujourd’hui, n’a rien à voir avec celle qui prévalait avant la Révolution. La liberté de presse était un rêve pour nous. Aujourd’hui, c’est une réalité.
Ceci dit, il faut faire attention, car il y a des menaces qui peuvent mettre en péril cette liberté, notamment les lobbies financiers et politiques, qui veulent dominer le secteur. Sans oublier, bien évidemment, certaines parties religieuses qui veulent faire taire la presse. Rappelez-vous, en effet, de ces groupes extrémistes dans les mosquées, qui ont accusé les journalistes de mécréance et les ont menacés de mort.
Face à ces risques-là, j’estime que seule l’installation d’institutions constitutionnelles démocratiques et la présence d’une culture démocratique peuvent garantir à la liberté de presse de franchir le point de non-retour.

Slim MESTIRI

Commentaires: