Laissez Madame la ministre Amel Karboul travailler !

En pleins préparatifs de la saison touristique, la ministre du Tourisme, Amel Karboul et le ministre chargé du dossier sécuritaire, Ridha Sfar, sont au centre d’une tourmente politique en rapport avec l’entrée sur le territoire tunisien de touristes israéliens.

Amel Karboul

Une pétition demandant l’audition d’Amel Karboul, et de Ridha Sfar, ont même été signées par près de 80 députés à l’ANC en réaction à l’arrivée d’Israéliens en Tunisie dans le cadre du pèlerinage annuel juif de la Ghriba, prévu prochainement.

Cela a eu pour effet de provoquer un tollé général notamment dans les sphères politiques où l’on parle d’ores et déjà de normalisation avec l’entité sioniste. Des voix se sont élevées pour dénoncer ce fait sans pour autant affirmer catégoriquement que des Israéliens sont bien entrés en Tunisie.

Azed Badi, député Wafa, est monté sur ses grands chevaux pour annoncer que les deux pétitions pour le retrait de confiance aux deux ministres étaient sur le point d’être déposées. Il précise en outre qu’il ne s’agit nullement d’entraver la marche du gouvernement, mais plutôt de surveiller (ses faits et gestes).

La fronde anti-Karboul n’a pas débuté avec cette pétition dans la mesure où la ministre, qu’on a «attaquée» bien avant sa nomination en tant que première responsable du tourisme pour une visite qu’elle aurait effectuée en Israël par le passé, est depuis, dans le collimateur de ses détracteurs.

Probablement depuis qu’elle a déclaré que «les touristes israéliens pouvaient entrer en Tunisie munis d’un laissez-passer» à la suite de l’affaire des 14 touristes israéliens à bord du bateau «Norwegian Jade», et qui avaient été empêchés de débarquer, lors d’une escale à La Goulette, le 9 mars dernier.

La cause palestinienne étant indiscutable, l’amalgame qui peut être fait est dangereux pour la Tunisie d’aujourd’hui, celle qui est bord du gouffre économique et qui s’apprête à engager une saison touristique lourde de conséquences sachant qu’avec une telle affaire, la Tunisie peut facilement se mettre à dos les TO et autres agences.

Pourtant, Amel Karboul, qui se démène depuis bientôt 3 mois pour redorer l’image de la Tunisie à l’étranger n’a rien inventé. La célébration du pèlerinage de la Ghriba existe depuis toujours, que ce soit sous Bourguiba ou Ben Ali. Annulé en 2011 pour cause de révolution, il est depuis, organisé sous haute sécurité pour accueillir les quelque 1500 juifs dont beaucoup viennent d’Europe.

De là, à parler d’«invasion», c’est aller vite en besogne. Des informations ont fait, en effet, état de l’arrivée récente de 61 touristes israéliens qui ont débarqué au port de la Goulette pour ensuite se rendre à Djerba. Faycel Jadlaoui, député indépendant à l’ANC, n’a pas laissé passer l’occasion de s’illustrer en annonçant non sans une certaine hésitation «qu’il vient d’être informé que des touristes israéliens seraient entrés sur le territoire tunisien ce matin, 23 avril 2014».

Idem pour Samia Abbou qui écorche Mehdi Jomaa à propos de cette affaire et pour l’Ordre des Avocats qui a dénoncé, à son tour, les mesures ministérielles ayant permis à des touristes israéliens d’accéder au sol tunisien les considérant comme une normalisation avec Israël.

Veut-on saboter la marche de ce gouvernement de compétences indépendantes ? Ceux qui font ressurgir le débat sur la criminalisation de la normalisation avec Israël veulent sans aucun doute bloquer le processus gouvernemental à près de 100 jours de sa prise de fonction.

Mehdi Jomaa l’a bien compris et salué, hier, l’initiative des députés d’auditionner ses ministres sur la visite de touristes israéliens en Tunisie, mais il a aussi invité les députés à ne pas parler de normalisation avec Israël, faisant savoir qu’il n’acceptera pas l’ingérence de son gouvernement dans les tiraillements actuellement en cours entre les partis politiques.

Même son de cloche pour le gouverneur de la Banque centrale, Chedly Ayari qui a appelé, en référence à l’entrée d’Israéliens en Tunisie, à «la non-politisation du secteur touristique, car il s’agit d’un secteur qui sauvera l’économie tunisienne de la crise actuelle». Il estime que «le tourisme est universel et qu’il ne faut pas interdire à des touristes de franchir le territoire national pour ne pas avoir des réactions désagréables».

Ne s’agit-il pas de surenchère et de manipulation politique de la part d’une frange de l’ANC ? Ces derniers appartenant à des partis ayant pourtant rejeté l’inscription de la criminalisation de la normalisation avec Israël dans le texte de la Constitution s’indignent aujourd’hui. L’entrée de touristes israéliens à Djerba sous Jebali et Laarayedh était pourtant passée inaperçue !

C’est d’ailleurs ce qu’a confirmé Perez Trabelsi, président de la communauté juive à Djerba. «Du temps d’Ennahdha, ils venaient en Tunisie et personne n’avait protesté. Pourquoi tout le monde proteste aujourd’hui ?», a-t-il déclaré à Assabah News.

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