Des photos pour exprimer le pardon : Victime et bourreau posent ensemble

Des photos pour exprimer le pardon : Victime et bourreau posent ensemble

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Bourreaux et victimes, réunis pour des clichés pleins d’humanité. Tel était le pari du photographe sud-africain Pieter Hugo. Au final : un travail qui exprime excellemment la politique de réconciliation menée au Rwanda, pays qui a connu, au milieu des années 90, l’un des génocides les plus meurtriers qu’ait connus l’humanité, avec 800.000 morts, essentiellement des Tutsis massacrés par l’ethnie Hutu.

Rwanda
Jean Pierre Karenzi, l’agresseur (à gauche), et Viviane Nyiramana, une rescapée du génocide rwandais (crédit photo : Pieter Hugo)

Prises au Rwanda, le mois dernier, ces photos, publiées par le journal américain New York Times, mettent en scène la victime, une Tutsi, avec son bourreau, un Hutu. Toutes ces personnes travaillent dans le cadre du programme d’aide élaboré par l’Association Modeste et Innocent (AMI), et qui doit se conclure par une demande de pardon formulée par l’agresseur. Si la victime accepte cette demande, le bourreau, accompagné de ses proches, lui apporte un panier d’offrandes, et le pardon accordé est fêté avec des chants et des danses.

D’après Pieter Hugo, le degré de pardon varie nettement, et c’est ce qui est visible dans les clichés. Ainsi, si certains acceptent uniquement de poser ensemble sans aller plus loin, d’autres s’assoient volontiers ensemble et entament des discussions au sujet des affaires de leur village. «Le pardon est un instinct de survie», a affirmé Pieter Hugo. C’est que les victimes, autant que leurs agresseurs, soutiennent qu’ils ont retrouvé une certaine paix depuis qu’ils ont participé à ce processus de réconciliation.

«Depuis que je lui ai accordé mon pardon, mon esprit est reposé», affirme Karorero, dont le frère a été tué durant la guerre civile rwandaise. «J’avais peur de lui. Maintenant, je lui ai accordé mon pardon […] et mes pensées sont plus claires», assure, également, Viviane Nyiramana, qui avait perdu son père et trois de ses frères, tués par un groupe auquel appartenait son bourreau, Jean Pierre Karenzi.

Ces photos seront exposées à partir de ce mois en grand format dans les rues de La Haye, ville qui accueille le siège de la Cour pénale internationale, avant, probablement, d’être affichées sur des monuments et des églises rwandais.

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