Putsch, un coup banal dans la République des bananes

Marzouki - MansarHier soir, les téléspectateurs tunisiens ont humé l’air de la campagne électorale. Sur deux chaînes, deux émissions, à intervalle minime, étaient réservées à la présidence de la République.

Sur Wataniya 1, était diffusée une interview du président provisoire de la République, Moncef Marzouki. Sur Attounissia, Adnène Mansar, porte-parole de la présidence de la République était l’invité de l’émission «A celui qui ose seulement».

Pour donner plus d’intérêt à son passage, et démontrer que le président et tout son cabinet sont aux aguets pour garantir la stabilité de l’Etat, Mansar n’a pas trouvé mieux que de parler de tentatives de coups d’Etat que la présidence a réussi à faire capoter.

Certes la perche lui a été tendue par l’animateur de l’émission, Samir Ouafi, mais Mansar y a sauté dessus sans réserves, au moins partiellement. En effet, le porte-parole de la présidence de la République a confirmé que des coups d’Etat militaires, sécuritaires et politiques ont été avortés grâce à la vigilance de l’institution dont il porte la parole.

Pour ne pas se mettre à dos les Forces armées nationales, il rectifie et explique que ce n’est pas l’institution militaire qui a tenté un putsch mais des militaires prêts à utiliser les moyens de l’Armée pour répondre à l’appel putschiste de certains politiques.

Après cette annonce, Mansar use de son droit de réserve et ne donne plus de détails. Les téléspectateurs resteront sur leur faim et se rappelleront que Moncef Marzouki a tenu tête à tant de putschistes (militaires, sécuritaires et politiques) et a épargné à la Tunisie un scénario à l’égyptienne, avec tout le bain de sang qui a suivi le coup d’Etat mené par le Général Abdelfattah Al Sissi.

Sur l’autre chaîne notre même président affirmait qu’il occupera son poste jusqu’au dernier instant, et ce, en réponse à ceux qui appellent à sa démission pour respecter l’esprit du Dialogue national. Le timing était bon.

Cependant, il importe que nos politiques sachent que le spectre du coup d’Etat est à exploiter avec modération. In fine, c’est la crédibilité des institutions de l’Etat et de ses responsables qui en pâtissent.

Mansar a annoncé l’avortement de plusieurs tentatives de coups d’Etat sur une émission de TV, ce qui concorde mal avec la dangerosité de la question. De plus, il s’est retenu à livrer plus de détails qui donneraient davantage de crédit à son annonce.

Quand est-ce qu’ont eu lieu ces tentatives de putsch ? Qui en sont les commanditaires ? Qui en sont les exécutants ? Quelles mesures ont été prises contre ces putschistes ? Ont-ils été poursuivis en justice ? Vont-ils l’être ? Comment la présidence a-t-elle réussi à faire avorter ces tentatives de putschs ? Mansar n’éclairera pas notre lanterne. Et il n’aura pas à le faire du moment qu’une telle annonce, laquelle aurait du avoir l’effet d’une bombe, n’a guère suscité de réactions.

Dès lors, l’unique mérite de ce genre de sorties médiatiques n’est que de banaliser des questions extrêmement dangereuses touchant à l’intégrité même de l’Etat. Et leurs auteurs se permettent, encore, de discourir sur le prestige de l’Etat, prestige qu’ils sont, par une telle banalisation, les premiers à attenter.

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