Interview avec Serge Pennec, le Fançais qui a « créé » l’avion 100% tunisien...

Interview avec Serge Pennec, le Fançais qui a « créé » l’avion 100% tunisien !

Par -

Serge PennecUn avion 100% tunisien, c’était le rêve de tous les Tunisiens, or il s’avère que ce rêve n’est qu’un mirage si l’on se base sur les explications détaillées du concepteur original de ce petit appareil. Serge Pennec, puisque c’est de lui qu’il s’agit a vite réagi.
Hier à Sousse, l’avion présenté par une entreprise tunisienne Ogxygen Aeronautics, a été exposé au grand dam de Serge Pennec qui parle d’imposture. Webdo l’a contacté pour avoir plus de précisions en ce qui concerne cette polémique.

Que reprochez-vous justement à Oxygen Aeronautics ?
«C’est affaire est très simple, l’avion présenté est un appareil de construction amateur français. J’en suis le concepteur et je fais ça pour le plaisir sans but lucratif. Lorsque j’ai conçu mon appareil en 2005, il a plu à beaucoup de gens en raison de son caractère économique et de là, il a pris une grosse envolée. Face à ce succès inattendu, j’ai fondé une association (Gaz’aile) pour faciliter la construction de l’avion aux amateurs. Aujourd’hui, nous sommes plus de 300 constructeurs (tous des particuliers) regroupés dans cette même association dont le but est de produire certaines pièces difficiles à faire en amateur mais ceci dans un but non lucratif. Oxygen Aeronautics a utilisé ces pièces».

Que reprochez-vous aux ingénieurs tunisiens qui ont présenté leur avion ?
«Je les connais très bien pour leur avoir offert gratuitement les plans de l’avion et je peux vous assurer qu’ils n’ont pas le droit de construire cet appareil industriellement du moins pour le vendre. C’est une question de sécurité. Pour toute fabrication industrielle, il est nécessaire de réaliser tout un tas de tests et de calculs parce que produire un avion industriel est très compliqué et notamment sa certification.
D’abord, la version présentée n’est pas un avion mais un Ulm qui vole en France sous deux formes, selon des normes. En Tunisie, l’Aviation civile ne définit pas de normes pour la construction d’Ulm et au pire des cas peut se référer aux normes françaises. Or, selon celles-ci, un Ulm doit faire 450 kg de masse maximale au décollage (soit 270 kg à vide avec 2 personnes à bord et le carburant) et avoir une vitesse de décrochage de 65 km/h (vitesse minimale de vol, vitesse du posé des roues).
Selon ces caractéristiques, la vitesse de décrochage de 65 est fixée pour limiter le danger car un avion qui se pose à 90 ou 100 km/h devient un avion dangereux en cas de crash».

Oxygen Aeronautics
L’appareil présenté par Oxygen Aeronautics

Voulez-vous signifier que l’avion construit en Tunisie représente un danger ?
«Les assembleurs ont fait une version Ulm parce qu’ils n’ont pas de brevet de pilote avion. C’est moi qui leur ai donné gratuitement la liasse, le n° de liasse servant à l’homologation auprès des autorités aéronautiques, des plans parce qu’à la base, ces plans devaient servir à aider une association tunisienne un peu à l’instar de la notre pour développer l’aviation populaire. La liasse coûte 300 euros mais je l’ai offerte gratuitement tout comme j’ai offert mon assistance technique. Il n’y avait pas besoin d’une école d’ingénieurs parce qu’il n’y a rien à inventer, tout est parfaitement défini, mais sa construction industrielle est interdite. C’est la qu’est le problème et c’est confiné dans un contrat qu’ils ont signé lorsque je leur ai donné la liasse de plan. A l’origine, ces plans auraient du servir à une maison de jeunes dont M. Ferid Kamel, le gérant de la société Oxygen Aeronautics, s’occupait.
En effet, ils ne connaissent rien techniquement et je leur ai tout appris par téléphone et par internet. De plus, l’avion n’est pas en carbone comme indiqué pour le soi-disant avion tunisien mais en bois pour rester à la portée de l’amateur. Je leur avais même indiqué précisément quel bois utiliser et comment fabriquer le contreplaqué aéronautique dont ils avaient besoin et qui ne se trouve pas en Tunisie. Mon association leur a aussi fourni les pièces nécessaires à la motorisation qui provient d’une voiture Peugeot 106. Ces gens ne sont pas du milieu et leurs erreurs techniques sont possibles. L’avion conçu en Tunisie est donc potentiellement dangereux et le pilote manque aussi d’heures de vol pour pour faire un pilote d’essai».

Serge Pennec 2En vous manifestant de la sorte, que cherchez-vous au juste ?
Rien du tout. Je suis à la retraite et n’ai nullement besoin d’argent. Je réagis simplement parce que c’est moche. Je pourrais leur coller un procès mais ça ne m’intéresse pas. Mes seuls soucis sont, d’une part, la mauvaise foi des soi-disant concepteurs tunisiens et les questions relatives à la sécurité, d’autre part».

Votre mot de la fin ?
«Ce projet aurait pu devenir une belle réalisation s’il avait été présenté d’une manière associative et non lucrative comme ça aurait du être le cas. L’argent est venu encore une fois tout gâcher et c’est quand même sûrement un projet pédagogique enrichissant pour les élèves. Une belle coopération tuniso-française aurait pu naitre dans ce domaine et en restant à un niveau associatif et scolaire. C’est dommage que cela prenne cette tournure.
Je veux également signaler que je connais très bien M. Ferid Kamel, le gérant de la société Oxygen Aeronautics pour l’avoir accueilli, ici en France. Ce que je peux dire c’est qu’ils ont su bluffer tout le monde !»

Propos recueillis par M.C.

Commentaires: