Appel de Weld El 15 : le comité de soutien veut aller jusqu’au bout

Weld El 15 (photo - directmatin.fr)Demain, se tiendra le procès en appel du rappeur Weld El 15, précédemment condamné à deux ans de prison ferme pour un de ses clips «Boulisseya Kleb».
L’affaire avait mis en émoi tout le monde associatif tunisien, et principalement le milieu artistique qui s’est indigné d’une telle sanction et condamné sa sévérité, dans une période où le pays est censé instaurer une forme de liberté d’expression et non la réprimer.

Le procès en première instance de Weld El 15 avait donné lieu à des échauffourées entre des militants associatifs, venus soutenir le rappeur, et des policiers présents en masse dans la salle d’audience. Suite au verdict, les policiers ont pourchassés des rappeurs et des journalistes et les ont agressés avant de les embarquer au commissariat.

Injustice et impartialité

Thameur Mekki, journaliste indépendant et membre du comité de soutien à Weld El 15, que nous avons interrogé, s’étonne qu’au cours de ce procès, un dossier complet sur les menaces reçues par le rappeur ait été ignoré par les juges. «Ils n’ont même pas daigné ouvrir le dossier», nous déclarera-t-il. Pourtant, les éléments consignés dans le dossier sont très inquiétants et renseignent sur l’acharnement que subit Weld El 15.

Les avocats de la défense ont beau attirer l’attention des juges sur ce dossier, rien n’y fera. Ils n’y jetteront aucun coup d’œil ni en feront référence. «Nous avons même imprimé des captures d’écrans des profils de ceux qui ont émis des menaces. Ils se revendiquent de la police», nous indiquera Thameur Mekki.

Répression policière et acharnement

Cependant, la répression vis-à-vis des soutiens de Weld El 15 continue, comme le démontrent les évènements de la fête de la musique vendredi 21 juin dernier.
Thameur Mekki affirme que le jour de la fête de la musique, le collectif de soutien au rappeur avait décidé de mener une action sur l’avenue Habib Bourguiba et de dérouler une banderole sur le balcon de l’association Bawsla, que préside Amira Yahyaoui, «Sayyeb El 15 : Freedom of speech is not a crime» (relâchez Weld El 15 : la liberté d’expression n’est pas un crime).

Les manifestants se sont ensuite dirigés vers l’intersection de l’avenue Bourguiba avec l’avenue de Paris, en scandant «Sayyeb El 15» et «Free 15». La manifestation se déroulait normalement, jusqu’à ce que la police décide de disperser les manifestants. C’est à ce moment-là que les agressions des forces de l’ordre ont commencées.

Thameur Mekki nous relate les faits tels qu’il les a vécus. Les agents de police ont d’abord emmené Sofiene Belhadj, plus connu sous le nom Hamadi Kaloutcha, bloggeur dissident du temps de Ben Ali et ancien membre de la Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique, présidée par Yadh Ben Achour.

Aymen Rezgui, journaliste et chargé des libertés au SNJT (Syndicat National des Journalistes Tunisiens) se dirige vers la fourgonnette pour se renseigner sur ce qui se passe et est agressé à son tour. Vient le tour de Thameur Mekki, parti lui aussi s’informer sur les raisons de ces arrestations, d’être agressé et embarqué par la police, ainsi qu’Arwa Barakat, journaliste de Nawaat, qui filmait la scène avec sa caméra que la police cherchait à lui confisquer.

Ils seront tous embarqués dans la fourgonnette, direction le commissariat du 7ème. «Nous avons été agressés physiquement et verbalement par les forces de l’ordre dans la fourgonnette. Il n’a y a eu aucune provocation de notre part. C’est simplement la police tunisienne répressive de Ben Ali qui refait surface», déclarera Thameur Mekki.
Arrivés au commissariat, ils seront tous libérés au bout d’un quart d’heure. Ils s’équerreront des motifs de l’arrestation mais n’auront droit à aucune réponse. Selon Thameur Mekki, l’arrestation n’avait aucun motif légal.

Thameur Mekki, tout comme Amira Yahyaoui n’arrivent pas à expliquer le fait que la banderole «Sayyeb El 15» qui se trouvait sur le balcon du local de Bawsla ait été ramenée à l’intérieur, alors même que seule Amira Yahyaoui dispose des clés du bureau. Thameur Mekki nous affirme que «les locaux sont fermés pendant le week-end. Vendredi au soir, la banderole se trouvait encore sur le balcon».

Demain la délivrance ?

Thameur Mekki tient aussi à démentir les informations présentées sur Express FM, sur le fait que l’audience de demain ne concerne pas Weld El 15. Il affirme que le rappeur se présentera bel et bien à la cour demain. Il explique cette confusion par le fait que les avocats de la défense ainsi que le comité de soutien n’ont eu vent de la date d’audience du procès en appel que via Mosaïque FM, le vendredi soir. De ce fait, ils n’ont pu vérifier l’information auprès des autorités judiciaires qu’aujourd’hui matin.

Le verdict du procès en première instance du rappeur Weld El 15 a non seulement provoqué l’indignation de la société civile tunisienne, mais aussi celle des organisations internationales reconnues, tels que Human Right Watch qui y voit «une violation de la liberté d’expression en Tunisie».
Le procès en appel, qui aura lieu demain, dira si les magistrats ont été sensibles aux indignations du milieu associatif et même de la classe politique ou bien confirmeront-ils le verdict rendus en première instance par leurs collègues ?

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