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Affaire Weld El 15 – Convoquée devant la police judiciaire, la journaliste Hind Meddeb retourne en France

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Hind Meddeb (photo - Africanaute)La journaliste franco-tunisienne Hind Meddeb a décidé de ne pas répondre à la convocation qui lui a été adressée par la police judiciaire et par conséquent de ne pas se présenter devant celle-ci alors qu’une audience était fixée pour aujourd’hui, lundi 17 juin 2013.

C’est ce que vient d’annoncer la journaliste sur sa page Facebook, précisant en outre avoir quitté la Tunisie, hier. «J’ai quitté mon pays, car je n’ai plus confiance dans la Tunisie d’aujourd’hui où pour une chanson, on condamne un rappeur à deux ans de prison ferme et on relâche ceux qui ont attaqué l’ambassade des Etats-Unis au mois de septembre dernier», déclare-t-elle sur son statut.

La journaliste se déclare toujours sous le choc depuis le verdict qui a condamné le rappeur Weld El 15 à deux ans de prison ferme et apporte des précisions sur les instants qui ont suivi le procès.

«Nous avons aussitôt été violemment bousculés par les policiers très nombreux dans la salle d’audience. Ils m’ont saisie par le bras et m’ont poussée violemment vers la sortie. C’est là que j’ai manifesté ma colère en disant : « Maintenant je comprends mieux le sens de la chanson pour laquelle Weld el 15 vient d’être condamné ». J’ai appris par la suite qu’après mon arrestation, les policiers ont lancé du gaz et ont frappé sans discernement, n’épargnant personne, pas même les journalistes».

Hind Meddeb décrit la manière dont elle a été traitée : «Les policiers qui m’ont empoignée m’ont hurlé : « Puisque tu soutiens le rappeur Weld el 15, tu vas le rejoindre en prison ». Ils m’ont descendue dans une cellule qui jouxtait celle dans laquelle ils ont enfermé mon ami Alaa Eddine Yaacoubi, alias Weld el 15 ; il a été surpris et paniqué en me voyant fermement prise de chaque côté par deux policiers. Après avoir retrouvé mon calme, j’ai demandé aux policiers d’accepter mes excuses».

«J’étais terrorisée. J’essayais de les raisonner, mais ils refusaient de m’écouter ou de me parler. Par la suite, on m’a laissée pendant trois heures dans une cellule sans me donner aucune information». «J’entendais d’autres personnes interpellées arriver, les policiers les ont frappés, j’entendais les coups et les cris», rapporte-t-elle.

«J’ai été emmenée avec les 6 autres personnes arrêtées au commissariat en fourgonnette. Parmi les personnes arrêtées, il y avait des amis : le rappeur Mr Moustafa, le rappeur Aymen et Mohammed, un ancien rappeur devenu graphic designer. Quand ils ont vu que je connaissais Aymen et Moustafa, ils nous ont séparés», précise la journaliste.

Au commissariat, la journaliste refuse d’abord de signer le procès verbal parce qu’écrit en arabe classique. On lui lit le PV en l’adaptant au dialectal. «De ce que j’ai pu comprendre, j’ai contesté plusieurs points, ils ont refusé de les modifier», affirme-t-elle. Après une heure de «pression insoutenable» la journaliste décide de signer le PV.

«Etant donné les vices de procédure et l’absence d’information sur les chefs d’inculpation qui étaient retenus contre moi, vu les dernières décisions de la justice tunisienne, indulgente avec les salafistes, féroce avec les artistes, incarcérant un rappeur pour une chanson, laissant courir ceux qui saccagent les ambassades ou qui appellent au meurtre allant jusqu’à tuer les opposants (Chokri Belaïd), j’ai décidé de ne pas me présenter à l’audience du 17 juin et de continuer à partir de Paris ma lutte pour les libertés, toutes les libertés, de la liberté d’expression à la liberté de conscience», conclu Hind Meddeb.

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