«14 JANVIER, L’ENQUETE», une interconnexion entre témoignages et faits

«14 JANVIER, L’ENQUETE», une interconnexion entre témoignages et faits

Par Mansour Amara -

photo«14 JANVIER, L’ENQUETE», ce livre-document, tel que présenté par les co-auteurs se veut être le résultat d’un travail d’investigation. Truffé, en outre, d’un nombre impressionnant de témoignages directs. Mais également de recoupements de certains faits rendant crédibles certaines informations demeurant jusque-là indéchiffrables. Des révélations éclairant certaines zones d’ombre. Ce qui explique, d’ailleurs, que les auteurs de ce document, Abdelaziz Belkhodja et Tarak Cheikhrouhou, intitulé tout simplement «14 JANVIER, L’ENQUETE», ont mis un peu plus de deux ans pour le finaliser.

Empressons-nous tout d’abord de souligner que bon nombre d’informations ont été colportées ça et là, souvent avec certaines précisions, mais souvent, également, en contradiction d’une version à l’autre. Comme on ne peut, non plus, occulter quelques autres faits rapportés par d’autres témoins, mais dont on ne trouve nulle trace dans cet ouvrage. Une autre remarque s’impose, et qu’on ne peut ignorer, celle relative aux co-auteurs, qui sont-ils, en fin de compte, et où étaient-ils pendant ces moments qui ont changé l’Histoire du pays ?

Enfin, on ne pourrait ne pas se demander s’il ne s’agit pas, tout compte fait, d’une apologie à la gloire d’un groupe d’hommes qui ont pris le risque, au prix de leur vie, de croire en leur bonne étoile, ayant eu la chance d’être assistés par une série d’événements fortuits pour réussir dans leur entreprise, celle de contribuer à la marche inexorable de l’Histoire et cet élan populaire, exécuté par tout un peuple descendu en masse dans la rue, donc déterminé à tourner une page sombre et oppressante, vécue pourtant sobrement pendant plus de deux décennies.

Le livre commence par révéler que la première victime du soulèvement, Bouazizi, dont l’immolation par le feu à Sidi Bouzid fut la première étincelle donnant lieu au départ de la Révolution, s’appelait en vérité Tarak et non Mohamed, comme il a été rapporté. La confusion est venue du fait que les blogueurs et autres facebookers ont découvert un certain Mohamed Bouazizi dont la page le présentait comme universitaire, mais paradoxalement chômeur.

Toujours sur les premières pages du livre, les deux auteurs mettent l’accent sur les tentatives de manipulation orchestrées par certains responsables ne croyant pas encore à la nouvelle ère qui s’annonçait pour un peuple recouvrant sa liberté et sa dignité. Aussi, les auteurs insistent-ils sur le fait que «Si le gouvernement en avait eu le courage politique, le peuple aurait fêté de façon somptueuse cet événement exceptionnel… Or, bizarrement, jusqu’à ce jour alors que le pays connait une liberté de ton jamais atteinte et que les médias s’enflamment sur les faits les plus anodins, beaucoup de vérités restent dissimulées. Plusieurs événements du 14 janvier 2011 restent volontairement non reconnus officiellement par les gouvernements qui se sont succédé. Et si les médias et les historiens ne s’en mêlent avec plus d’intensité, l’histoire va très probablement les occulter définitivement et épouser une version politisée, partiale et réductrice de la réalité». Allusion bien entendu aux prouesses réussies par Samir Tarhouni et ses compagnons. Comme il est question de «l’injustice» frappant Ali Seriati et ses snipers, dont on n’a jamais pu prouver l’existence !

D’autres révélations apparaissent au fil des écrits, à l’instar de la demande de Ridha Grira, alors ministre de la Défense, au général Rachid Ammar de donner l’ordre de se débarrasser de Samir Tarhouni et ses hommes, auteurs de la prise d’otage de la famille du président déchu. Autrement dit, de les tuer. Ou encore la tentative de l’ex-chef du gouvernement Mohamed Ghannouchi qui était sur le point de démentir la déclaration faite le soir du 14 janvier à la télévision, sur la base de l’article 56 de la constitution, à la suite d’un appel de Ben Ali.

Panique mortelle

Un bilan chiffré et détaillé, cas par cas, révèle en outre le nombre exact des morts tombés au cours du soulèvement (251, dont 180 par arme à feu), insistant surtout sur les causes engendrant ces morts, d’autant que le nombre des victimes tombées après le départ de Ben Ali est de loin supérieur à celui des victimes de la période postrévolutionnaire. C’est dû, selon l’ouvrage, à la panique et l’état de peur qui s’est emparée des forces de l’ordre, celles-ci tirant au moindre geste suspect, sans la moindre sommation. Un exemple édifiant de cet état est illustré par la mort de deux civils circulant à bord d’un véhicule de location. «Un passager et un conducteur s’arrêtent sous un tir fourni des soldats, ils débarquent de la bagnole les mains en l’air, mais le tir ne cesse pas pour autant, faisant crouler le chauffeur, ce qui pousse son compagnon à tenter de fuir pour ne pas subir le même sort». Or, il n’ira pas loin, puisque tombant sous les balles. Toujours selon les révélations du livre, «un officier aurait poussé l’infamie de vider son chargeur sur la seconde victime touchée par 25 balles ! Des bavures, il y en eues à foison», soutiennent les auteurs du document.

Une autre raison, non négligeable de l’importance du nombre des victimes, est certainement «l’inadaptation des armes dont disposent les forces de l’ordre qui sont équipées essentiellement de Steyr AUG A 1. Les agents n’ayant eu ni formation militaire ni initiation paramilitaire spécifique pour pouvoir maitriser ce genre d’arme (de guerre), avec son calibre de 5,56 cm-45 mm. La même arme qui a été utilisée au cours des événements, encore plus sanglants, de 1978 et 1984».

Plus grave encore, d’après ce livre : «En cas de nouveaux troubles à l’ordre public, aujourd’hui, ce sont les mêmes armes qui risquent d’être utilisées, avec les conséquences que nous connaissons»

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