Sites français d’information recherchent rédacteurs web tunisiens à 300€

Bordeaux.actu.fr

Bordeaux.actu.fr, un site d'info local dont la rédaction est basée à Tunis

Sous le titre «Des sites français d’info locale rédigés en Tunisie», le site «Arrêt sur images» révèle un nouveau genre de délocalisation, celui de l’information.
Qui dit délocalisation, comme c’est le cas pour de nombreux secteurs d’activités, dit main d’œuvre à moindre coût. Et d’après l’enquête d’«Arrêt sur images», le secteur de l’information a lui aussi emboîté le pas à d’autres secteurs comme le textile, l’assistance téléphonique ou la construction automobile.

Et il s’avère que les contenus rédactionnels de sites d’information locale en France sont «fabriqués» depuis la Tunisie et rédigés par des rédacteurs tunisiens. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ces rédacteurs ont pour principale tâche de relayer des infos locales, que ce soit à Lyon, Bordeaux ou Toulouse, pour reprendre les exemples d’«Arrêt sur images».
Alors comment font ces rédacteurs assimilés à des journalistes pour donner une information crédible à des lecteurs «locaux» ? Il y a d’abord les abonnements aux «newsletters institutionnelles : préfecture, mairie, communauté de communes», mais aussi beaucoup de «reprises» des sites d'actu locaux. Du copier/coller possible grâce à la multitude de titres et médias audiovisuels locaux que possède la France.

Annonce (photo - arrêtsur images.net)Jusqu’ici rien de surprenant et la présence de sites français basés en Tunisie n’est pas une nouveauté. Ils paient même très bien leurs salariés. Mais l’enquête donne un autre visage à cette délocalisation.
Ces rédacteurs web qui alimentent des sites comme Lyon.actu.fr, Bordeaux.actu.fr, Toulouse.actu.fr, actu.star.com ou Psychonet.fr n’ont aucun lien avec le journalisme. Ce sont surtout des «diplômés bac+5 ou +6, diplômés d'économie, de finance, de langues et aucun d'entre eux n'a jamais travaillé dans la presse. Ils doivent juste posséder une bonne connaissance de la langue et de la culture françaises. Ils n’ont d’ailleurs pas le statut de journalistes. Ces 25 rédacteurs ont répondu à une annonce et ont eu cette opportunité qu’ils ont saisie dans un contexte de chômage très important.

Le reste semble n’être que secondaire. En effet, «Arrêt sur images» a contacté certains salariés qui avouent être payés environ 300 euros par mois, et doivent produire entre 10 et 15 articles par jour. «C'est de l'esclavage moderne», explique l’un d’eux. «Nous sommes même soumis à des tests de rapidité, et devons écrire 50 mots par minute». Selon leurs témoignages, leur statut est très précaire : «pas de contrat de travail, payés en cash et immédiatement virés lorsqu’ils arrivent avec 10 minutes de retard».

«Arrêt sur images» met en exergue ces conditions de travail mais va plus loin dans son enquête en révélant que tout part d’une agence basée à Tunis qui travaille pour plusieurs médias français d’info locale. Cette agence ne serait en fait qu’une filiale d’une entreprise française de régie publicitaire Hi-Media (qui a pour objet l’édition, la production et la monétisation de contenus web), fondée par l'entrepreneur Cyril Zimmermann.

L'enquête relève également la présence d’une autre annonce signée Hi-Content sur le site de l'ambassade de France en Tunisie !

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