Hamadi Jebali : il ne sera jamais un Erdogan tunisien

Erdogan-Jebali (photo - abc.es)Malheureusement pour Hamadi Jebali, sa trop grande fidélité à Ghanouchi ou peut être la crainte révérencieuse qu’il a vis-à-vis de son ainé lui a fait perdre l’occasion de devenir l’«Erdogan» tunisien. Certes, comparaison n’est pas raison, mais force est de reconnaitre que ni Ali Laârayedh, ni Hamadi Jebali n’ont eu l’audace de reconstituer en mode tunisien un tandem type Erdogan-Güll.

Rappelons-nous, le jeune et brillant maire d’Istanbul à l’époque, en l’occurrence Tayeb Reçep Erdogan avait compris avant tout le monde qu’il n’y avait point d’avenir pour une formation de sensibilité islamiste en l’absence d’une rupture totale avec une vision idéologique orthodoxe de l’Islam. Pour ce faire, il fallait impérativement faire partir à la retraite Necemetin Erbakan le leader historique de l’Islam politique en Turquie et faire un véritable «aggiornamento» politique.

Aussitôt pensé, aussitôt exécuté. Formant la paire, les Erdogan-Güll, compagnons de toujours menèrent une opération de «dé-Erbarkanisation», en opérant un sérieux virage dans la ligne de l’AKP, le transformant ainsi en un véritable parti de gouvernement. Certes, le parti a gardé son référentiel islamique mais s’est renforcé de nouvelles valeurs le rendant apte à se fondre dans le moule de la démocratie représentative et surtout d’intégrer le principe républicain de la laïcité.

Se définissant lui-même, depuis cet «aggiornamento» comme un musulman démocrate, Erdogan, n’en finit pas de gagner élections sur élections, menant son pays à plusieurs succès tant économiques que diplomatiques. En serait-il ainsi aujourd’hui pour lui et l’AKP, si le défunt Erbakan était resté aux commandes de l’Islam politique turc… Le doute est largement permis, surtout si l’on juge par la fin en queue de poisson du premier gouvernement turc conduit par un islamiste et les événements qui s’en sont suivi.

Sans le courage politique du duo Abdalah-Güll consistant à rompre avec l’archaïsme du père fondateur Erbakan, la mouvance islamiste devenue entretemps une sorte de parti plutôt conservateur n’aurait pas tenu sur la durée comme c’est le cas aujourd’hui.

Dommage pour les Jebali, Laârayedh, Dilou and co, «l’aggiornamento» qu’ils ont déclaré avoir réalisé et même paraphé dans le fameux document scellant le pacte du 18 octobre n’a pas résisté aux coups de boutoir de la ligne dure incarnée par Ghanouchi, Ellouze et Chourou et la pression de la frange salafiste de l’Islam politique en Tunisie. En effet, un immense boulevard leur était grand ouvert s’ils avaient su mettre hors d’état de nuire les caciques de la «Ghanouchie» et son indéboulonnable mentor, le cheikh lui même.

Toutefois, comme on peut le constater, ils en sont à s’escrimer en coulisses avec des seconds couteaux sur des enjeux de seconde zone et au final de rater une chance historique de concilier Islam politique et démocratie.
En résumé, une chose parait certaine, l’ère Jebali approche de sa fin, le mauvais feuilleton du remaniement nous aura au moins renseigné sur quelque chose, il y a quelque chose de pourri dans le royaume nahdhaoui et que l’unité de façade affichée jusque-là pourrait éclater en mille morceaux d’ici quelques temps voir quelques heures. Wait and see…

Commentaires:

Commentez...