Affaire Sami Fehri : un email de Noureddine Bhiri dévoilé par Anonymous...

Affaire Sami Fehri : un email de Noureddine Bhiri dévoilé par Anonymous TN

Par M’hamed Ben Sassi -

Anonymous Tunisia annonce sur sa page Facebook avoir dévoilé un email du ministre de la Justice, qu’il a publié sur sa page officielle. Cette lettre électronique émanerait de Noureddine Bhiri au sujet de l’affaire Sami Fehri dont a évoqué l’existence Naoufel Ouertani dans son émission « Labass » d’hier soir. L’animateur « affirme que cet email est véridique, selon des experts ». (Voir la vidéo en bas de page)

Dans ce courriel destiné aux dirigeants du mouvement Ennnahdha, le ministre de la Justice fait part d’une campagne méthodique pour libérer Sami Fehri et influencer la décision de la justice à propos de son affaire.

Il a recommandé aux destinataires d’insister dans les médias et les débats consacrés à l’affaire sur les actes de corruption reprochés à Sami Fehri qui a détourné 20 millions de dinars et sur le fait qu’il est l’associé de Belhassen Trabelsi, gendre du président déchu.

Il a ajouté que la libération de Sami Fehri en ces « moments sensibles » pourrait avoir des répercussions fâcheuses et susciter le « tollé des bases populaires ». Il a conclu en réitérant la nécessité de poursuivre les corrompus quel qu’en soit le coût. Il a cité dans ce cadre la famille Trabelsi et leurs complices.

Ce courriel a été adressé à plusieurs cadres du mouvement Ennahdha, entre autres le président du mouvement, Rached Ghannouchi, et le ministre de l’Intérieur, Ali Laareydh.

La révélation n’a rien d’édifiant par rapport à la véritable raison pour laquelle Sami Fehri a été mis en détention. Pour la plupart de ceux qui sont dans l’opposition, les artistes, les journalistes et autres membres de la société civile, il s’agit d’un règlement de compte politique et d’une manœuvre pour mettre à genou Attounisia TV.

Pour le ministère de la Justice et les membres du parti au pouvoir, il s’agit d’une décision prise par l’autorité judiciaire dans le cadre de ses prérogatives. Mais à lire ce courrier en profondeur, le caractère politique de l’affaire ne fait l’ombre d’aucun doute.

Tout d’abord et en vertu du principe de la séparation des pouvoirs, un membre du gouvernement qui fait partie du pouvoir exécutif n’intervient jamais pour donner un avis ou commenter une affaire judiciaire ni à plus forte raison, suggérer des démarches à son propos.

Seulement, dans l’affaire Sami Fehri, le ministre de la Justice ne rate aucune occasion pour rappeler les chefs d’inculpation et ses relations avec Belhassen Trabelsi. Le fait de le rappeler n’est pas gratuit. Il vise à interpeller la sensibilité des Tunisiens qui réclament justice contre les figures de l’ancien régime et les corrompus qui étaient à leur service.

La même démarche, il la suggère à ses coéquipiers d’Ennahdha pour atteindre cet objectif. Ainsi, Noureddine Bhiri qui met en garde contre une campagne méthodique pour libérer Sami Fehri, s’adresse à son parti pour engager une campagne méthodique en sens inverse pour le maintenir en détention.

L’intérêt de cette campagne, d’après les révélations d’Anonymous, est de satisfaire les exigences « des bases populaires », en l’occurrence les adhérents et les sympathisants du mouvement, qui peuvent avoir des réactions de mécontentement en cas de libération de Sami Fehri « en ces moments sensibles ».

Il n’a pas expliqué en quoi consistent les réactions appréhendées ni en quoi le contexte actuel serait sensible. Il a tout simplement indiqué que la lutte contre la corruption devait se poursuivre quel qu’en soit le prix.

C’est probablement sous cet angle que le ministère public qui est rattaché au département de la Justice a refusé de libérer Samir Fehri malgré la décision de la cour de cassation.

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