Le baiser interdit

Le baiser interdit

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Il ne se passe plus un jour en Tunisie sans qu’un nouveau scandale n’éclate. Les rumeurs circulent à grande vitesse, souvent suivies de démentis officiels ou de polémiques qui creusent encore le fossé entre les deux Tunisie et divisent de plus belle l’opinion publique. L’affaire d’aujourd’hui peut paraître à certains anodine ou insignifiante, alors qu’elle cache une réelle volonté de modifier le mode sociétal tunisien et de contrôler les moeurs des citoyens.

Les faits

Dans un quartier populaire de la capitale, un couple de jeunes gens s’embrasse en public quand ils sont découverts par le frère de la jeune fille. « Normalement » dans ce genre de situation, le frère bat sa sœur et son amoureux et l’affaire est close. Or, le frère est allé alerter la police qui a rappliqué et a procédé à l’arrestation du couple. Traduits en justice, nos deux amoureux ont écopé chacun de deux mois de prison pour « outrage à la pudeur », rapporte aujourd’hui le quotidien Assarih.

Cette condamnation, si elle s’avère vraie, s’inscrirait dans la lignée des nombreuses affaires où la liberté individuelle des citoyens a été « limitée ». La notion de morale s’est immiscée dans les affaires judiciaires et les jugements moraux prennent de plus en plus le dessus dans les verdicts.

Les antécédents

Cette affaire n’est pas sans nous rappeler la tristement célèbre affaire de la jeune fille violée par deux agents de l’ordre public et transférée en justice pour atteinte à la pudeur sur la voie publique.

L’été dernier, des femmes légèrement vêtues ont été systématiquement harcelées par les policiers au centre-ville de Tunis, ce qui avait provoqué à l’époque un tollé des féministes et des associations des droits de l’homme.

Il ne va pas sans rappeler aussi, la création il y a quelques mois, d’une association tout à fait légale qui a pour but de promouvoir la vertu et de lutter contre la débauche. Son président, Mr Adel Almi, avait intensifié ses activités l’été dernier, allant jusqu’à prêcher la bonne parole chez les touristes dans les hôtels.

Aussi, nous avons assisté le mois dernier à l’arrestation d’un homme pour « détournement de femme mariée »

Les répercussions

Si la condamnation se confirme, cela aura une incidence grave. C’est la mise en place d’un appareil répressif basé sur des lois liberticides, qui portera atteinte aux libertés individuelles et modifiera le comportement des citoyens. Une interprétation stricte des lois existantes , lois « bateau » , sous la coupe desquelles peuvent facilement tomber les citoyens.

Diversion ?

Un fait divers qui surgit le lendemain de la publication de révélations très graves sur le site Nawwat, accablant le parti au pouvoir. Cette nouvelle affaire ne serait donc qu’une diversion pour étouffer le scandale.

Cette affaire fera aussi oublier pendant quelques jours et le temps qu’éclate un nouveau scandale, le remaniement ministériel attendu comme le messie et qui tarde à venir.

Deux poids, deux mesures

Deux jeunes gens sont embarqués par la police et jugés puis condamnés à deux mois de prison pour avoir échangé un baiser en public. Un conseiller auprès du ministre des Affaires étrangères déclare sur une chaîne télé qu’il vit avec une femme sans être marié n’est pas inquiété. Le mariage coutumier qui a « revu  » le jour après l’arrivée des islamistes au pouvoir est en plein essor. Un soupçon d’affaire de moeurs plane autour d’un ministre et le ministère public ne bouge pas le petit doigt …

Une chose est sûre: cette affaire n’a pas laissé indifférents les utilisateurs des réseaux sociaux, l’indignation a poussé certains d’entre eux à appeler à l’organisation d’un flashmob où les gens devraient s’embrasser en public pour afficher leur soutien au couple.

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