Le billet de Hatem Bourial – « Voici la dépouille de l’État bourguibien »

Rien de nouveau sous le pâle soleil de ce début d’hiver. Alors que montent les surenchères, le petit peuple continue, meurtri et profondément déçu, à observer ceux qui désormais représentent la classe politique.

Faut-il se condamner à commenter, jusqu’à la nausée, les gesticulations des uns, les menaces de autres et la fuite en avant de ceux qui, en deux ans, sont en train de détruire l’édifice (social, culturel et politique) construit par trois générations de Tunisiens.

J’ai fait depuis quelques semaines le choix de ne pas entrer dans cette danse macabre sur le cadavre vif de la Tunisie telle que nous la croyions éternelle.
Depuis quelques semaines, je préfère me taire, parler d’autre chose, regarder ailleurs que dans la direction de ces politiciens qui n’hésitent plus à devenir criminels lorsqu’il s’agit de souiller le drapeau tunisien et l’honneur de notre pays.

Est-ce mon rôle de commenter une actualité politique qui envahit tout ? Est-ce mon devoir de dénoncer cette impéritie des politiciens, visible à l’œil nu ? Est-ce faire preuve de lâcheté que de ne pas participer au tohu-bohu médiatique qui creuse la tombe d’une Tunisie que j’ai au cœur ?

Je ne le crois pas. Au contraire, j’espère faire preuve de lucidité en ne transformant pas le dérisoire en spectaculaire et en tentant de comprendre avant de hurler. Même si l’heure est plutôt aux vociférations de toutes sortes…

Les islamistes apportent chaque jour la preuve que tout ce qui intéresse leur parti n’a rien à voir avec le développement du pays, ni même son indépendance.

Ce que cherchent névrotiquement les islamistes au pouvoir, c’est seulement à en finir avec l’héritage destourien et laïque de la Tunisie.

Tout ce qu’ils veulent, quitte à détruire le pays, c’est remettre à leurs militants la dépouille symbolique de l’État bourguibien qu’ils voient comme leur ennemi suprême.

Ce faisant, ils ont raté tous leurs rendez-vous avec l’histoire depuis leur élection en octobre 2011. Au lieu de combler les inégalités, ils se sont comportés en privilégiés. Au lieu de répondre aux attentes populaires, ils ont déployé leur agenda d’islamisation par la menace.

Considérant que la dissolution du RCD entrainait leur main-mise de fait sur le pays, ils se sont comportés en graines de dictateurs face à tout ce qui pouvait leur résister, mettant dans le même sac contre-révolutionnaire, presse libre, opposition radicale ou laïque, mouvements sociaux et syndicats.

Qu’on ne s’y trompe pas : le silence d’une majorité de Tunisiens ne signifie pas qu’ils laisseront faire. Le moment voulu, toutes les dérives seront sanctionnées par le verdict des urnes.

Cela, les tenants du parti islamiste le sentent confusément. Intégrant la perspective d’une prochaine défaite électorale , ils haussent le ton et entrainent le pays dans le cercle vicieux de toutes sortes de confrontations.

Ce faisant, ils renvoient aux calendes grecques les priorités politiques et les urgences économiques et sociales qu’ils étaient sensés résoudre après leur élection.

Au fond, les élections du 23 octobre 2011 n’auront pas servi à grand-chose. Le peuple en attendait beaucoup, mais les politiciens ont trahi les promesses faites aux électeurs, perdant leur légitimité et un temps précieux.

Devant la débandade qui nous guette, il est temps de remettre les pendules à l’heure. Fût-elle celle de Bourguiba, en attendant le retour à la dignité oubliée…

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